When Women were Dragons de Kelly Barnhill

Les USA, 1950, Alexandra Green, Alex, est fille unique dans un couple où le père est souvent absent et la mère femme au foyer (bien qu’ayant fait des études de mathématique brillante). Sa tante, femme forte et atypique, est une ancienne pilote durant la guerre, est également une présence importante dans sa vie.

Lorsqu’en 1955 une proportion importante de femmes se transforme en dragon, dont sa tante, la vie d’Alex change car sa cousine vient vivre avec elle et devient sa sœur. La mort, quelques années plus tard, de sa mère et le remariage de son père vont la faire grandir vite car ce dernier les exile alors loin du foyer.

When Women were Dragons brosse un portrait sans concessions de la place de la femme dans le monde profondément misogyne des États-Unis des années 50 et 60. Au travers de l’histoire de Alex, racontée à la première personne dans un texte écrit au crépuscule de sa vie, dans un monde mâtiné de magie : les femmes peuvent devenir des dragons.

Au final, le roman utilise peut-être une métaphore très transparente (« la femme est un dragon ») pour parler du coming of age d’une jeune fille qui fait face au monde des hommes. Mais l’autrice le fait avec un certain brio qui fait de cet excelent roman une lecture très agréable .

Les flibustiers de la mer chimique de Marguerite Imbert

Futur plus ou moins proche, la nature s’est rebellée contre l’humanité et la civilisation tel que nous la connaissons aujourd’hui s’est effondré, avec au passage la mort de millions de gens.

Sur les ruines de ce que nous connaissions. les survivants tentent de survivre. En Europe ce sont des clans qui, après s’être combattus, sont unis sous la bannière de la métareine reignant depuis Rome. Dans les océans devenus toxiques, les mythiques flibustiers de la mer chimique règnent en maître. sous les ordre d’un mystérieux consortium, grâce à un sous-marin datant « d’avant ».

C’est dans ce contexte que le lecteur est invité à suivre deux narrations interconnectées : le récit d’Ismaël, naturaliste de Rome, en mission pour la métareine et recueilli, avec quelques compagnons, par les flibustiers, et le récit de de la graffeuse Alba qui contient dans son esprit un vaste savoir et qui est mené à Rome.

Les flibustiers de la mer chimique est un roman d’aventure post-apocalyptique bien écrit et truffé de bon mots et de mélange d’histoire et de culture geek. Le récit est mené jusqu’à sa conclusion et les révélations permettant de le comprendre son donnés.

Mais globalement il m’a laissé un peu froid. Sans doute que mon peu d’attrait pour les récits post-apo y est pour quelque chose, mais je ressors de ma lecture avec le sentiment que l’autrice produit un récit qui par moment se veut être malin mais tombe dans le m’as-tu-vu.

Bref, Les flibustiers de la mer chimique est un bon roman qui n’a pas fonctionné pour moi; cela arrive mais ce n’est pas grave.

Translation State de Ann Leckie

Translation State est le dernier roman en date de Ann Leckie, il se déroule dans le même univers que ses précédents romans et dans la continuité chronologique. Si l’histoire est indépendante et peut sans doute se lire sans connaissances préalables de l’univers, j’ai le sentiment qu’il s’apprécie d’avantage si le lecteur a lu les précédent.

En effet, l’intrigue de Translation State tourne autours d’une des factions les plus mystérieuses de l’univers créé par Leckie : les traducteurs Presgr (qui représente une mystérieuse espèce qui pourrait être une menace pour tous s’il n’y avait un traité qui les modère).

Le roman suit trois personnages dont les destins se croisent. Il y a tous d’abord Enae qui, après avoir servi sa grand-mère toute sa vie, se retrouve, à la mort de cette dernière, propulsé à un poste d’enquêtrice sur une disparition vielle de 200 ans. Contre tout atteinte, elle retrouve un descendant du disparu et lance une procédure inatendue.

Le second est Reet, adopté enfant il vit sur une station spatiale et s’interroge sur ses origines. Lorsqu’Enae le découvre, il apprend qu’il n’est en fait pas biologiquement humain mais un traducteur Presgr. Finalement, il y a Qven, une jeune femme créé et élevé pour devenir traducteur Presgr.

Le récit mène le lecteur au cœur de l’administration gérant le Traité et permet de découvrir une partie des coulisse de celui-ci.

Si le roman ne fera pas forcément sens pour ceux qui n’ont pas lu les autres romans de Leckie, il est un lecture très intéressante pour ceux qui l’ont fait en développant un univers riche et varié.

Babel de R. F. Kuang

Babel: An Arcane History de R. K. Kuang, pirx Nebula du meilleur roman 2022, est un impressionnant roman qui revisite le passé colonial britannique en y ajoutant une touche de fantastique/magie.

En effet, le roman se déroule dans la première moitié du XIXé siècle. Les traducteurs sont des personnes très demandée car en gravant un mot et sa traduction sur plaque d’argent il est possible de plier la réalité (un matériau sera plus résistant, des plantes pousseront mieux, un véhicule sera plus rapide, etc.). Mais encore faut-il trouver la bonne traduction et que le traducteur soit réellement bilingue. Et cela sans même tenir compte que, avec le temps qui passe, les traductions perdent de leur puissance, obligeant à chercher des paires dans des langues de plus en plus « exotique » (du point de vu de Londres).

C’est dans ce contexte que Robin Swift, orphelin du choléra, est amené de Canton à Londres par un sévère tuteur (en réalité son père biologique) qui le prépare à entrer au prestigieux institue de traduction royale d’Oxford, surnommé Babel par tous le campus.

Le lecteur est amené à suivre la vie de Swift, et des quelques autres étudiants de sa volée, découvrant Oxford mais aussi le monde de la traduction et ses enjeux pour l’Empire britannique.

Kuang propose une histoire intéressante qui maintien le lecteur en haleine tout en proposant une réflexion sur le colonialisme en faisant d’un élément intime, la langue, une ressource convoitée.

Babel: An Arcane History est au final un roman très intéressant et agréable à lire, pour une réussite.

Unity de Elly Bangs

Audio-lu en version original (anglais donc) Unity de Elly Bangs est un roman d’anticipation se déroulant dans un futur où la Terre a souffert des changements climatiques et où des habitats sous-marins son monnaies courante.

Danaë vit depuis plusieurs années dans un de ses habitats, qui appartient au puissant clan Méduse qui contrôle une bonne portion des océans. Danaé est en fuite et se cache, mais elle décide d’échapper au clan afin de rejoindre un mystérieux point de rendez vous à Redhill sur la terre ferme. Dans sa fuite elle est accompagné par son amant qui connait une partie du secret de Danaë.

En effet Danaë est porteuse d’un implant cérébrale unique en son genre qui lui permet d’unifier sa pensée avec d’autres personnes. Elle fait, faisait, partie d’un collectif d’unifiés formant un seul individu compilant l’expérience de plusieurs pour forme une conscience se partageant plusieurs corps. Suite à un traumatisme, elle n’est plus relié au collectif et souhaite comme craint la réunion.

Unity narre le voyage de Danaë alors que la Terre est à l’aube d’une guerre mondiale meurtrière. Le lecteur découvrira où elle va mais aussi d’où elle vient dans ce roman d’anticipation bien mené et fort sympathique.

Akata Woman de Nnedi Okorafor

Débutant peu de temps après le tome précédent, Akata Woman suit toujours Sunny Nwazue, une membre des léopards, des gens qui maitrise la magie en Afrique (ici le Nigeria).

Sunny continue son apprentissage magique en devant naviguer entre sa vie profane (ses parents ne savent pas, ou ne veulent pas voir, sa vie magique) et ses amis et mentor dans le monde des léopards. Lorsque la grande araignée Anansi vient exiger de Sunny qu’elle lui rende un artefact de sa création qui lui a été volé par ses ancêtres, Sunny et ses amis embarquent dans un voyage dangereux qui va les mener dans un village de femmes guerrières et magiciennes et sur la grande route où les esprits (et les voyageurs intrépides) peuvent voyager de monde en monde.

Akata Woman continue de belle manière une série toujours aussi agréable à lire. Je suis maintenant curieux de savoir ce que sera le tome suivant.

Lords of Uncreation de Adrian Tchaikovsky

Suite, et fin, de la trilogie The Final Architecture, débutée avec Shards of Earth et se poursuivant avec Eyes of the Void, Lords of Uncreation répond aux questions de l’origine des architectes (titanesques vaisseaux vivants qui transforment des planètes habitées en étranges œuvres d’art) et de qui sont leurs maîtres.

Au début de ce dernier tome. une coalition réunissant différentes représentants des différentes espèces sentientes semblent sur la bonne voie de trouver un moyen de combattre et d’éliminer efficacement les architectes. La coalition a en effet accès à de vastes ressources, à un artefact ancien qui semble détenir la clef pour se rendre en unspace et détruite les architectes là où ils naissent et sont le plus vulnérables.

Alors quand une alliance contre nature vient priver la coalition de ses ressources tous semble s’effondrer. Mais c’est sans compter la volonté de l’équipage du Vulture God, séparé mais toujours volontaire, qui vont peu à peu trouver des solutions et permettre de mener le combat en unspace et peut-être découvrir la vérité sur les ennemis des espèces sentientes.

Lords of Uncreation conclut la trilogie comme elle l’a commencé avec un roman de space-opéra où l’aventure et l’action se taillent la part du lion. Les enjeux sont plus importants ainsi que les risques et les récompenses. Au final une trilogie qui, si elle n’a pas forcément les ambitions d’autres écrits de Adrian Tchaikovsky, est un space opéra haletant et bien mené.

Eversion de Alastair Reynolds

Audio-lu en VO, Eversion de Alastair Reynolds est sorti en français au Belial en février dernier. Eversion est un roman d’aventure et de science-fiction, bâtit autour d’un mystère qui se dévoile peu à peu; difficile donc d’en parler tout en ne révélant rien : vous voila donc prévenu !

Silas Coade est médecin sur la navire Demeter en expédition dans les eaux glacées de la Norvège. Membre d’une expédition qui cherche à atteindre un mystérieux édifice qui semble ne pas être de nature terrestre. A moins qu’il ne soit médecin sur un navire à vapeur voguant vers l’Antartique, ou un dirigeable à la recherche de l’entrée de la Terre creuse, ou bien un vaisseau s’approchant d’une des lunes glacées de Saturne, à moins que….

C’est donc au travers de récursion d’une expédition à divers moment dans le temps que le lecteur découvre peu à peu qui est Silas Coade et quelle à la vérité derrière l’expédition dont il est membre et ce mystérieux édifice…

Je n’en dirais pas plus, mais que le lecteur sache que Eversion est un vrai roman de science-fiction dont la construction est maitrisée de bout en bout et où tout finira pas être révélé. J’ai addoré.

Le Pays sans Lune de Simon Jimenez

Second roman de Simon Jimenez, Le Pays sans Lune dépend du domaine de la Fantasy, Récemment sortit en français dans la collection Nouveaux Milénaires, c’est en anglais et en audio que j’ai découvert ce roman.

L’histoire principal narrée dans Le Pays sans Lune est celle de la chute du Trône de la Lune, l’Empereur et les « trois Terreurs », fils de la Lune qui n’est plus dans le ciel mais prisonnière et de l’Empereur. Narrant le parcoure de Jun, petit-fils de l’Empereur qui s’enfuit avec la Lune incarnée, vieillissante et proche de sa fiche, libérée de sa prison et Keema, un guerrier manchot rencontré au début de la fuite, le roman décrit comment la dynastie régnante va être éliminée alors qu’elle tente de retrouver et recapturer la Lune.

Mais dans le même temps cette histoire est jouée sur la scène d’un théâtre hors du temps où sont réunis une audience venue de divers époques. Et c’est l’histoire d’une des membres de l’audience qui est aussi narrée dans les interstices de la chute du Trône de la Lune.

Mais Le Pays sans Lune c’est aussi une narration qui s’adresse au lecteur, identifiée comme l’une des membres du public de la pièce historique jouée; une narration qui fait parler les personnages secondaires, comme des esprits qui ferraient entendre leurs voix pour éclaire l’Histoire de leurs histoires.

Mais c’est aussi un texte emprunt d’un onirisme qui teinte le récit et le monde décrit. Un texte parfaitement maîtrisés où même ce qui semblent ne pas avoir de sens en a, en fait, un.

Un magnifique roman au final que je ne peux que vous conseiller de lire.

Les Embrasés de Stefan Platteau

Les Embrasés est un recueil de trois textes se déroulant dans l’univers du Sentier des Astres et qui peuvent être lus indépendamment du cycle de romans.

Mille et une torches est une nouvelle, parue à la fin 2022 dans le cadre d’une opération de promotion de la lecture en Belgique et disponible en ligne, qui est un prologue au cycle des romans. Elle décrit le début de la guerre civile qui embrase l’Héritage alors que l’Héritier-Roi pense avoir vaincu les Luari et célèbre son triomphe dans leur capital, Narrakhin. C’est une nouvelle qui narre la rébellion d’un peuple derrière sa duchesse qui, en puissante magicienne, à plus du tour dans son sac.

Dévoreur est une novella déjà publiée par le passé qui suit le mage Peyr Romo, au retour de l’une de ses nombreuses pérégrinations, et qui retrouve ses enfants enlevé par un de ses voisins qui est devenu un ogre.

Les eaux de sous le monde est un roman totalement inédit qui se déroule, chronologiquement parlant, après Dévoreur et qui met à nouveau en se le mage Peyr Romo.

L’intrigue se déroule dans la cité de Feddrantier au proie à une crue exceptionnel de l’Angmuir, le grand fleuve sacré de l’héritage. Alors que la ville est sous les flots un couvent est au proie à des apparitions. Peyr Romo accepte d’enquêter pour faire la lumière sur ses apparitions surnaturelles.

Débute alors une enquête avec au centre de l’intrigue la rivalité entre deux communautés religieuses venant en aide aux plus démunis et des secrets venus du passés de chaque communauté.

Comme toujours avec Stefan Platteau la langue est fluide et le récit passionnant. Même pour ceux ayant déjà pu lire Dévoreur et Mille et une torches, l’acquisition du recueil vaut la peine pour l’excellent roman Les eaux de sous le monde qui montre que Platteau n’est pas seulement à l’aise dans les récits se déroulant en pleine nature mais également dans un cadre urbain.