Le roman de Jeanne

En s’inspirant de figures historique, Lidia Yuknavitch propose un récit futuriste apocalyptique en trois actes qui suivent la fin de l’humanité et sa possible renaissance.

Alors que la Terre n’est plus qu’un espace stérile et mourant, dans le ciel le reste de l’humanité, sous les ordres de Jean de Men, réduite à des albinos stériles et asexués survit en pompant ce qui reste de ressource de notre planète. Christine Pizan est une artiste, elle est passée maître dans l’art de scarifier les tissus. Dans un acte de défiance face au pouvoir de Jean de Men, qui a fait condamné à mort l’homme qu’elle aime, elle décide de mettre en place une grande fresque retraçant l’épopée de Jeanne, la mystérieuse jeune femme qui semble être au centre de ce qui a détruit la Terre.

Parallèlement à cela, le lecteur découvre peu à peu la vie de Jeanne, une petite fille qui se retrouve habitée par une étrange lumière bleu qui lui permet de communier avec la planète. En plus de lui donner de grands pouvoirs, cette lumière est la clef de la fin de la vie et peut-être de son renouveau.

Habillement écrit en trois actes, Le roman de Jeanne aborde bon nombre de thématiques “à la mode” : écologie, culture, genre, etc. Le tout formant un roman que je qualifierai de sous-Bordage (les thématiques de Bordage, l’improbabilité de certains ressorts narratifs mais sans la magie de l’écriture de ce dernier) qui est passablement indigeste.

The True Queen

Se déroulant dans le même univers, et avec l’apparition de la  plupart des personnages principaux du premier roman, The true queen est un sequel au roman Sorcerer to the crown de Zen Cho. Se déroulant dans un royaume-unis victorien où la magie est une réalité et la place de sorcier de la couronne est tenu, pour la première fois, par une femme, noire en plus, The true queen  suit les mésaventures de deux jeunes femmes malaises Muna et Sakti retrouvées amnésiques sur une plage de Janda Baik.

Lorsqu’il apparait qu’elle ont été magiquement maudite et que le lancer de cette malédiction est anglais, la sorcière qui les a prise sous son aile les envoies, via les territoires de fairy, aux Royaumes Unis. Mais seule Muna termine le voyage et se retrouve sous la protection du sorcier royale et de son école pour jeunes sorcières.

Débute alors une aventure pour comprendre qui les a maudit, retrouvé sa sœur et, en chemin, se retrouver au cœur de la politique des royaumes de fairy alors que la Reine des fays remue ciel et terre pour retrouver un pendentif qui lui a été volé.

Supérieur, ais-je trouvé, à Sorcerer to the crown, The true queen propose une histoire agréable et bien tournée.

House of Assassins

Second tome de la trilogie du Guerrier oublié, House of Assassins débute là où le premier tome s’était arrêté.

Angruvadal l’épée ancestrale s’est brisée, Thera la prophétesse, bien involontaire, de la rébellion et des anciens dieux a été enlevé par les magiciens de la maison perdue, Ashok Vidal l’ancien protecteur de la Loi devenu chef rebelle a donc fort à faire.

House of Assassins suit donc la traque des assassins mages qui ont enlevés Thera, en parallèle le lecteur peut voir comment le complot pour prendre le contrôle du pouvoir se déroule. Sans dévoiler toute l’intrigue, le roman est toujours aussi bien écrit et développe une histoire et un monde sombre et bien écrit.

J’attends de pied ferme le troisième et dernier tome (fin 2020 normalement).

Shadows of the Short Days

Reykjavi, Islande dans un monde qui pourrait être le notre durant la révolution industrielle, sauf que les créatures du folklore vivent dans la ville côte à côte avec les hommes, la magie runique codifiée existe et fonctionne, un centrale magique fournit en énergie une forteresse volante , la cité est protégé du monde sauvage où la magie rend la nature dangereuse par un mur, les soldats de la Couronne (The Crown) qui a pris le contrôle de l’Islande il y a une cinquantaine d’année parcours les rues….

C’est dans ce contexte que le lecteur est invité à suivre les histoires de Garún et Sæmundur, d’anciens amants qui lutte à leur manière contre le système. Sæmundur était doctorant à l’université de la ville, mais ses vues sur la magie (il veut expérimenter en dehors des formes ritualisées) l’on fait virer de la faculté, Garún est un métisse humaine / huldufólk (“fays”), peintre elle veut faire la révolution et tague régulièrement les murs de la ville avec de la peinture magique pour “réveiller” les habitants.

Leurs trajectoires vont se croiser pour les mener sur des chemins périlleux : Sæmundur pour cambrioler la partie interdite de la bibliothèque de l’université afin de se lier avec un démon pour mieux comprendre la magie, Garún pour préparer et mener une révolution contre la Couronne.

Shadows of the Short Days est divisé en trois parties : la première d’exposition montre aux lecteurs la ville de Reykjavi et les deux personnages principales dans leurs vies et luttes quotidiennes;  la second partie les voit agir et précipiter leurs chemins dans une direction inéluctable (Sæmundur sur la voie de la connaissance et de la perdition, Garún sur celui de la révolution et de la violence); et finalement la troisième et dernière partie sur la conclusion inévitable, tragique et dur le leurs choix.

Shadows of the Short Days est une Fantasy Urbaine sombre et magique qui m’a beaucoup plus dans un univers au croisement du folklore islandais, de la Fantasy et du Weird.

Journal d’un marchand de rêves

Roman ayant gagné le prix Imaginales 2017, auteur dont j’ai découvert le texte dans une des anthos des Imaginales, il m’a fallu étonnement assez longtemps avant de me pencher sur ce roman (en version audio en plus).

Et je dois dire que ma lecture a été très bonne. Présenté comme un journal intime/confession (et donc à la première personne, mode qui se prête bien au passage à l’audio), Journal d’un marchand de rêves narre une partie de la vie de Walter Krowley. Ce jeune homme, américain, fils d’un acteur d’Hollywood, avait tous pour avoir une jeunesse dorée. Mais un accident de voiture, duquel il sort indemne, lui ouvre les portes du monde du rêve. Ainsi durant la journée il vit une vie “normale” et la nuit il vit une seconde vie comme rêveur, découvrant un monde sauvage où des rêveurs hors là loi tente de vivre leur vie face au gouverneur et à son envie de mettre le monde des rêves en coupe réglée. Le tout alors que plane l’ombre d’une civilisation de rêveurs dont les ruines et les automates peuplent le monde des rêves.

Journal d’un marchand de rêves  est bien écrit et propose une histoire riche en rebondissements et révélations. Krowley est souvent victime de sa naiveté et de son inexpérience et se retrouve balader d’un bout à l’autre de l’échiquier politique du monde des rêves. Mais il finit par prendre, un peu, son destin en main.

J’ai maintenant clairement envie d’en lire d’avantage du même auteur.

Seven Blades in Black

Seven blades in black est le premier tome d’une nouvelle série (The Grave of Empires) qui se situe au croisement du Steampunk, de la Fantasy (devrais-je dire Gun-powder Fantasy ?) et du Western.

Se déroulant dans un monde où un Empire dont les castes les plus hautes sont composés de mages (pouvant affecter un aspect de la réalité : se transformer, être très résistant, le feu, ouvrir des portails, soigner, etc.) et une Révolution formé de non-mages et utilisant une technologie pour lutter (armures de combat, tanks, armes “à feux”, etc), le roman se déroule dans une zone tampon entre les deux belligérants formée de cités franches que se disputent les deux puissances.

Présenté sous la forme d’une confession devant une officier de la Révolution chargée de l’exécuter, Seven blades in black narre le chemin de Sal “the Cacophony“. Sal est une ancienne mage de l’Empire devenue “Vagrant” (c’est-à-dire ayant abandonné l’Empire). Armé d’une pistolet magique, elle traque une liste d’anciens mages de l’Empire (ayant participé à une cabale afin de détrôner l’Empereur) afin de se venger.

Affublée d’une alchimiste amoureuse et d’un sous-officier de la Révolution idéaliste (et moyennement consentant), Sal narre sa quête de revanche qui la mène, sur un chemin de morts et de destructions, aux quatre coins de la zone tampon entre Révolution et Empire.

Seven blades in black est un gros roman (près de 700 pages) construit comme un western (une femme seule cherchant vengeance dans une zone de non-droit). Si le début démarre un peu lentement et que le récit prend bien son temps pour avancer (le chemin de Sal est remplis de tours et de détours plus violents les uns que les autres ), il prend aussi avec l’avancée de la lecture de l’ampleur.

Pourquoi Sal cherche à se venger ? Qui est-elle ? Qui sont les mages qu’elle traque et que lui ont-il fait ? Toute ses questions trouvent peu à peu réponses au fils des pages pour finalement donner un récit dont les enjeux, bien que dans la marge, sont en fait au cœur de l’Histoire.

A la fin du roman, certaines réponses ne sont qu’esquissées (l’origine de l’arme de Sal par exemple), mais en même temps un sentiment de complétude du récit existe. On sent le potentiel pour la suite, mais sans ressentir la frustration de trames laissées en suspend.

Last tango in cyberspace

Situé dans un futur proche, Last tango in cyberspace est une enquête menée par Lion Zorn, un “traqueur d’empathie”. Nouvelle profession, ces personnes à l’empathie ultra développée sont engagée afin de découvrir les nouvelles tendances culturelles, les nouvelles “tribus” émergeantes.

Lorsque Lion, le premier à avoir rejoint cette nouvelle profession, est engagé par une multinationale afin de découvrir si plusieurs faits divers liés à des individus développant une empathie forte avec les animaux forment une nouvelle tendance. Son travail va se transformer en enquête afin de traquer les créateurs d’une nouvelle drogue augmentant l’empathie.

Last tango in cyberspace est un sympathique roman qui mêle cyberpunk, enquête, complots et réflexions sur l’empathie humaine. Une lecture pas indispensable mais plaisante.

Masshiro ni

Premier opus (dans l’ordre de numérotation de la série) des histoires japonaises de la trame silholienne, Masshiro ni propose six nouvelles, dont deux inédits, qui éclairent l’histoire de la famille Izôkage, famille de samouraïs japonaise qui a été maudite par un esprit de l’hiver. Les membres de la famille sont non seulement traqués par un esprit de l’hiver, mais ont aussi leurs âmes divisées en deux. Ils recherchent ainsi leur âme sœur. De plus, un pacte passé avec la cours de Seuil les lies aux Fays.

Les nouvelles ici présente raconte comme le premier Izôkage s’est retrouvé traqué par un esprit de l’hiver, un épisode mettant en scène un ceramiste en Europe au début du XXe siècle et la manière dont le pacte avec Seuil a été passé.

Quelques nouvelles donnent ensuite des aperçus de moments “contemporains” de la vie (et mort) des Izôkage.

Les nouvelles ici présentées donnent de la profondeur à l’histoire des Izôkage, et, pour ceux qui tente de rassembler les fils de la trame, un aperçu des derniers jours de Seuil qui  mèneront ensuite à Frontière.

Waste Tide

Premier roman de Chen Qiufan, traduit par Ken Liu en anglais, Waste Tide se déroule dans un futur proche à Silicon Island, une zone imaginaire en Chine continentale, qui est la plus grande zone de recyclage du monde.

Le recyclage à Silicon Island est contrôlé par plusieurs familles et la zone a son accès au réseau fortement réduit par ordre du gouvernement chinois.

C’est dans ce contexte que le lecteur est invité à suivre la trajectoire de plusieurs personnages qui se croisent à Silicon Island : une “waste girl” immigrée interne qui est exploitée dans les chaines de récupérations de matériaux et qui va être infectée par un virus qui va la modifier et attiser la convoitise de tous, un américain qui est là pour proposer un “merveilleux” deal au noms d’une entreprise de recyclage pour améliorer le futur de la région, son interprète, un chinois né aux États-Unis mais dont la famille est originaire de Silicon Island.

Les trajectoires de ces personnages vont se croiser à plusieurs reprises pour former une trame montrant le destin de des habitants de Silicon Island.

Waste Tide est un roman interessant qui propose une réflexion sur le futur de la poubelle du monde. L’histoire est interessante mais souffre peut-être d’une écriture (en tous cas dans sa version traduite anglaise) un peu plate et d’un rythme pas toujours maitrisé. Dans la version audio, le passage d’un personnage à l’autre est peu marqué et il m’a fallu parfois un petit moment pour réaliser que le point de vue avait changé.

Au final Waste Tide n’est pas un roman exempt de défauts, mais reste une lecture interessante.

L’avis de Gromovar.

Exhalation

Un nouveau recueil de nouvelles de Ted Chiang ne peut être qu’une bonne chose. Pour ceux qui ne le connaisse pas Ted Chiang est un nouvelliste américain qui publie peu (une vingtaine de nouvelles en près de trente ans) mais d’une très haute qualité. Exhalation est son second recueil et réunis ce qu’il a publié depuis 2007 avec deux inédits.

Le lecteur trouvera donc ici des récits de sciences fictions très bien menés, dont notamment une histoire de voyage dans le temps et une novella sur les intelligences artificielles que j’ai déjà chroniqués.

Les autres textes du recueil reviennent souvent sur des thèmes qui sont récurent chez Ted Chiang : le libre arbitre, le fait religieux, la science et la technologie.

C’est simple il y a, à mon avis, rien à jeter. Si vous lisez l’anglais précipitez vous sur ce recueil  tant les textes qu’il renferme valent le détour.