Waste Tide

Premier roman de Chen Qiufan, traduit par Ken Liu en anglais, Waste Tide se déroule dans un futur proche à Silicon Island, une zone imaginaire en Chine continentale, qui est la plus grande zone de recyclage du monde.

Le recyclage à Silicon Island est contrôlé par plusieurs familles et la zone a son accès au réseau fortement réduit par ordre du gouvernement chinois.

C’est dans ce contexte que le lecteur est invité à suivre la trajectoire de plusieurs personnages qui se croisent à Silicon Island : une “waste girl” immigrée interne qui est exploitée dans les chaines de récupérations de matériaux et qui va être infectée par un virus qui va la modifier et attiser la convoitise de tous, un américain qui est là pour proposer un “merveilleux” deal au noms d’une entreprise de recyclage pour améliorer le futur de la région, son interprète, un chinois né aux États-Unis mais dont la famille est originaire de Silicon Island.

Les trajectoires de ces personnages vont se croiser à plusieurs reprises pour former une trame montrant le destin de des habitants de Silicon Island.

Waste Tide est un roman interessant qui propose une réflexion sur le futur de la poubelle du monde. L’histoire est interessante mais souffre peut-être d’une écriture (en tous cas dans sa version traduite anglaise) un peu plate et d’un rythme pas toujours maitrisé. Dans la version audio, le passage d’un personnage à l’autre est peu marqué et il m’a fallu parfois un petit moment pour réaliser que le point de vue avait changé.

Au final Waste Tide n’est pas un roman exempt de défauts, mais reste une lecture interessante.

L’avis de Gromovar.

Exhalation

Un nouveau recueil de nouvelles de Ted Chiang ne peut être qu’une bonne chose. Pour ceux qui ne le connaisse pas Ted Chiang est un nouvelliste américain qui publie peu (une vingtaine de nouvelles en près de trente ans) mais d’une très haute qualité. Exhalation est son second recueil et réunis ce qu’il a publié depuis 2007 avec deux inédits.

Le lecteur trouvera donc ici des récits de sciences fictions très bien menés, dont notamment une histoire de voyage dans le temps et une novella sur les intelligences artificielles que j’ai déjà chroniqués.

Les autres textes du recueil reviennent souvent sur des thèmes qui sont récurent chez Ted Chiang : le libre arbitre, le fait religieux, la science et la technologie.

C’est simple il y a, à mon avis, rien à jeter. Si vous lisez l’anglais précipitez vous sur ce recueil  tant les textes qu’il renferme valent le détour.

Children of ruin

Lorsque j’ai appris que Tchaikovsky allait sortir une suite à l’excellente Children of time, je dois admettre que j’étais un peu sceptique. Le roman était en effet excellent et se tenait en lui même. C’est donc avec curiosité, et un peu d’appréhension, que j’ai débuté mon écoute de la version audio de Children of ruin. Arrivé à la fin de ma lecture, force est de constaté que ce deuxième opus est tout aussi bon que le premier.

S’intéressant à l’expédition humaine-araignée qui part à la recherche d’autres intelligences dont les faibles signaux ont été capté dans notre galaxie, le roman se concentre sur le premier atteint par l’expédition; là, un petit groupe d’explorateurs / ambassadeurs s’avance dans le système pendant que le vaisseau principal reste à l’extérieur celui-ci.

Ils découvriront un système ou deux planètes habitent la vie : une vie totalement alien et parasitaire sur l’une et des poulpes rendus intelligents par un membre d’une équipe de terraformation humaine de l’ancien Empire (celui qui s’est effondré). La rencontre entre ces différentes entités intelligentes se ferra dans la douleur risquant de déraper en guerre à tout moment.

Children of ruin alterne la narration de l’expédition découvrant le système et des flashbacks sur le passé de celui-ci, donnant ainsi un aperçu de l’évolution des formes d’intelligences qui s’y trouvent.

Children of ruin est une vrai réussite proposant à la fois une intelligence autre et une société de céphalopodes hautement avancées en étant dans un état d’anarchie quasi permanent.

Gromovar, Anudar, Feyd Rautha en parlent aussi.

Pierre-de-vie

Pierre-de-vie est un roman de Fantasy de Jo Walton qui pourrait se décrire comme de la Fantasy domestique. Se déroulant dans un monde où l’écoulement du temps n’est pas le même selon que l’on aille vers l’ouest (où le temps passe très rapidement et la magie ne fonctionne pas) ou vers l’est (où la magie est très puissante et où résident les dieux et déesses).

Toute l’histoire se déroule dans le village d’Applekirk et concerne la famille du seigneur du village. Applekirk  est un village situé dans les Marches, la région centrale du monde là ou le temps passe relativement normalement et où la magie fonctionne de manière “modérée”.

La famille du seigneur vit paisiblement avec un ménage polyamoureux qui fonctionne bien. Cette tranquillité apparente est mise à mal à l’arrivée d’un historient/archéologue de l’ouest et de l’arrière-grand mère du seigneur qui revient de l’est en fuyant la vindicte de la déesse du mariage.

C’est donc le récit des événements qui ont bouleversé Applekirk, avec derrière des enjeux plus importants, qui se trouve ici narré. Pierre-de-vie bénéficie d’une narration qui joue sur les temps avec des allers-retours présent-passé-future qui au premier abord  sont déconcertant mais qui au final donne du charme à l’histoire.

Les thématiques des relations amoureuses fluides, de la religion et de l’harmonie du foyer sont au cœur de cet excellent roman, Walton montre ici qu’une bonne autrice est capable de tirer un récit riche et passionnant d’un pitch qui peu sembler assez banal.

The Rosewater insurrection

Second tome, après Rosewater qui se tenait bien tous seul, The Rosewater insurrection se déroule peut de temps après le premier tome. Il invite le lecteur, au travers du points de vue de plusieurs personnage (Jack-Jack le maire de la ville, Aminat une agente du gouvernement, Kaaro le personnage principal du premier tome, Anthony l’avatar de l’extraterrestre terré sous la ville, une femme remplacé par un alien,…) a vivre un moment crucial pour la ville et pour le devenir de l’humanité.

Rosewater donc, une cité au Nigéria qui s’est construit autour d’un dome biologique qui abrite une entité venu d’une autre planète afin de préparer la colonisation douce de la Terre. L’aire saturé de micro-organismes extraterrestres ont modifié l’humanité : des sensitifs (exterminés dans le tome précédent) peuvent lire les esprits, des morts marchent dans les rues, des gens sont physiquement transformés, etc…. Et dans cette ville chaotique plusieurs changements majeures sont sur le point d’advenir.

Ces changements sont le moteur de l’histoire et le fait qu’il arrive au même moment ne va pas arranger la situation de la ville. Concrètement : un alien voit sa conscience téléporté dans une humaine, premier pas de la future invasion, mais celle-ci perd la mémoire, une plante se développe et attaque l’organisme extraterrestre qui vit sous la ville et le maire de la ville déclare l’indépendance de sa cité, déclenchant de fait une guerre civile avec le gouvernement nigérien.

The Rosewater insurrection est un roman foisonnant que j’ai pris plaisir à lire et dont j’attend le prochain tome avec curiosité. Néanmoins il est peut-être un peu trop foisonnant par moment ajoutant des éléments disparates dans un mélange qui, bien que fonctionnant ensemble, est peut-être par fois un peu “too much”.  Les circonvolutions de l’histoire, bien que plaisantes, accouchent également peut-être d’une souris.

600 jours d’Apocalypse

600 jours d’Apocalypse de Rozenn Illiano est un recueil de nouvelles & de novella (une concluant le recueil et qui est ici le seul texte qui ne peut pas se lire en ligne) qui est une sorte de compagnon / directors cut de la série Town.

En tant que tel il n’a que peu d’intérêt pour les lecteurs qui n’ont pas lu la série, par contre pour ceux qui ont lu la série, les différentes nouvelles du recueil remplissent quelques “trous” dans l’histoire des divers personnages éclairant des bouts de leur parcourt durant la fin du monde. Il y a même une nouvelle qui donne des pistes sur ce qui arrivent aux vampires durant cette période (c’est la grande inconnue de la série Town pour le moment).

Finalement la novella “Mille Chutes” est le journal / la confession de Lucifer en personne, en tant que telle c’est une lecture presque obligatoire pour celui qui veut comprendre les tenants et aboutissant d’un des architectes ayant œuvré dans l’ombre à sauver le monde.

600 jours d’Apocalypse est une très bonne lecture pour ceux qui apprécie le monde développé par Rozenn Illiano, ce n’est pas contre clairement pas la bonne porte d’entrée pour ceux qui voudrait découvrir ses écrits.

Deux heures-lumières

J’ai lu, il y a peu, les dernières novellas publiées dans l’excellente collection “une heure lumière” du Belial.

Helstrid de de Christian Léourier se déroule dans un futur lointain; l’homme a établi des colonies sur d’autres planètes dont notamment Helstrid un monde froid, toxique et dangereux où une petite colonie minière est établie. Malgré les IA et les différents systèmes automatisés, des hommes et femmes occupent la colonie. C’est le cas de Vic qui a quitté la Terre pour échapper à une rupture amoureuse. Lors d’un voyage de routine où il supervise un convoie de ravitaillement composé de trois véhicules totalement automaties, la planète va lui réserver une, mauvaise, surprise. Une novella sur les relations hommes/machines bien écrite et prenante.

Les meurtres de Molly Southbourne de Tade Thompson se situe elle dans le registre de l’horreur/fantastique. Le lecteur est invité à suivre l’histoire de Molly Southbourne, de sa jeunesse recluse dans une ferme avec ses parents à sa vie de jeune femme débutante, en passant pas son adolescence rebelle. Mais c’est surtout que Molly a un secret et une malediction : son sang, une fois versé, produit des doubles d’elle même qui finissent toujours par essayer de la tuer. Une novella violente et dérangeante qui prend aux tripes.

Atlas Alone

Quatrième roman se déroulant dans le même univers (avec Planetfall, After Atlas et Before Mars), et pouvant se lire de manière indépendante (bien pour Atlas Alone, je recommande fortement la lecture de After Atlas avant), Atlas Alone se déroule six mois après les événements qui termines After Altas. Si vous ne voulez pas vous spoielez ce dernier, contentez vous de savoir qu’il est excellent, que vous devriez de ce pas lire les quatre romans, en gardant en tête que chacun à une ambiance différente, et arrêtez ici la lecture de cette chronique.

Après avoir quitté la terre à bord d’un vaisseau-arche et d’avoir assister aux conflits nucléaires provoquer par les commanditaires du vaisseau,  Carlos et son amie Dee s’adaptent avec difficulté à la vie dans un vaisseau. Suivant Dee, Atlas Alone débute par la vie quotidienne de cette dernière lors du long voyage sur les traces du Pathfinder. N’ayant pas de contacte avec les autres occupants du vaisseau en dehors du Cercle, un groupe de brillants individus qui ont été essentiel dans la construction du vaisseau, elle s’ennuie et lutte en même temps contre ses démons (la mort de ses parents et une vie de service forcé pour une grande corporation).

Lorsque, coup sur coup, on lui propose de travailler comme analyste pour la production de jeux en réalité virtuel, on l’invite sur un serveur de jeu où les capacités des avatars sont ceux du joueur, et on lui fait tester un nouveau jeu qui se termine par, chose normalement impossible, par la mort IRL d’un individu, Dee se retrouve au centre d’une intrigue qui la dépasse et pourrait changer le destin de la future colonie.

Difficile d’en dire plus sans dévoiler une intrigue passionante. Emme Newman sait comme personne développer des personnages aux névroses marquées auxquels le lecteur s’attache tout en produisant des intrigues prenantes. La série “Planetfall” devient, pour moi, au fil des publications une série majeure.

The Municipalists

The Municipalists est un sympathique roman se déroulant dans un futur proche et qui suit un agent d’une agence de planification urbaine américaine et une IA (qui peut projeter son image et sa voix grace à un pins porté par l’agent) devant lutter contre des agents rebels de l’organisation qui se sont lancés dans des opérations terroristes.

Résumé comme cela, le roman peut paraître un peu étrange, c’est en fait un roman d’enquête mâtiné de planifications urbaines et de comiques de situations. En effet, le héro du roman, l’agent Henry Thompson, est un agent compétent mais qui vit pour son travail. Alors qu’il enquête dans la ville de Metropolis, avec comme seul compagnon une IA expérimentale à tendance paranoïaque et alcoolique (oui oui alcoolique), il va mettre à jour un complot terroriste motivé par une idéologie urbaine….

The Municipalists n’est sans doute par un futur classique, mais c’est un roman plaisant, agréable à lire et très très sympathique.

Passing Strange

Novella (court roman) de Ellen Klages, Passing Strange propose une plongée dans le San Francisco des années 1940. Le court roman débute de nos jours alors qu’une vielle femme met en ordre ses affaires sentant la mort arrivé. Elle vend notamment une vielle illustration de pulp, par une autrice maintenant très bien cotée, gardée cachés durant des décennies….

Le lecteur plonge ensuite en 1940 pour connaitre l’histoire de cette vielle femme, de l’artiste et de l’illustration. C’est alors le San Francisco des minorités qui s’ouvre au lecteur. Entre Chinatown et le Magic City de la World’s Fair, c’est l’histoire de plusieurs femmes, lesbiennes, qui vivent leurs vies dans une époque qui considèrent encore cela comme déviances.

Des petites touches de magies sont soupoudrés ici et là dans le roman pour lui donner une petite touche à part.

L’écriture est belle, l’histoire aussi : Passing Strange vaut la lecture. Il devrait être traduit prochainement en français chez ActuSF.