La cinquième saison, de NK Jemisin, Prix Planète-SF 2018

Comme certains le savent peut-être je suis membre du jury du Prix Planète-SF des blogueurs.

Et le prix 2018 vient d’être attribué. Avec une short liste alléchante, le choix de cette année a été cornélien.

Mais aussi difficile que le choix ait pu être, il a bien fallu choisir; et c’est N. K. Jemisin, déjà auréolée de nombreux prix (dont trois Hugos, une première) qui a eu notre faveur en gagnant le prix 2018 avec La cinquième saison.

Voici le communiqué officiel :

Le jury PSF a délibéré le lundi 10 septembre. Il a décidé d’attribuer le Prix Planète-SF 2018 à La cinquième saison, de NK Jemisin.

Choisir est de tous les actes l’un des plus douloureux, car choisir c’est renoncer. Renoncer à cette autre chose qu’on voulait pourtant aussi, chasser cette autre chose hors de la lumière de l’intérêt manifesté et la renvoyer dans l’obscurité des potentialités non réalisées.

De ce point de vue, la délibération 2018 a sans doute été la plus douloureuse de toute l’histoire du Prix Planète-SF.

Quatre livres étaient en lice ; quatre livres qui tous, chacun pour une raison différente, méritaient de gagner. Méritaient de gagner, ce qui signifie, d’abord « méritaient de ne pas être éliminés lors de la délibération ».

Mais il ne peut en rester qu’un, et, phase de vote après phase de vote, la shortlist fut réduite par le jury jusqu’à son essence primordiale. A la fin ne restait plus que La cinquième saison, premier tome de la trilogie de La Terre fracturée de N.K. Jemisin.

La cinquième saison, de N. K. Jemisin. Un livre mémorable. Prix Hugo 2016, Prix Sputnik 2016, nominé Nebula et World Fantasy. Un palmarès impressionnant, confirmé par les Hugo 2017 et 2018 obtenus par les tomes 2 et 3 de la trilogie. Trois Hugo consécutifs pour les trois tomes d’une trilogie, c’est une première historique.

Les jurés du Prix Planète-SF auraient pu vouloir se démarquer de la clameur générale. Ils auraient pu considérer que Mme Jemisin avait une notoriété à laquelle ils ne pouvaient plus rien ajouter. Ils auraient pu vouloir se distinguer d’un Hugo que son caractère grand public rend parfois sensible aux emportements du moment.

Mais, Rousseau l’écrivait lui-même il y a deux siècles : « la volonté générale est toujours droite & tend toujours à l’utilité publique…Si, quand le peuple suffisamment informé délibère, les Citoyens « n’avaient » aucune communication entre eux, du grand nombre de petites différences « résulterait » toujours la volonté générale, et la délibération « serait » toujours bonne. »

Elle le fut pour le Hugo 2016. Elle l’a été aussi pour le PSF 2018. La cinquième saison gagne le prix PSF 2018 car c’est un excellent roman. Worldbuilding, construction, personnages, traitement thématique, écriture, rien ne peut être reproché à ce texte, bien au contraire, tout peut y être loué. Cette histoire de cataclysme, de préjudice, de désespoir et de vengeance est un sans faute intégral. Elle mérite à ce titre d’être une fois encore mise à l’honneur, maintenant en France et dans la version traduite par Michelle Charrier.

Bravo à N. K. Jemisin pour ce livre, bravo à Michelle Charrier pour la traduction, et bravo à Nouveaux Millénaires et singulièrement à Thibault Eliroff pour le choix de publier en France ce roman majeur qui entre dans l’Histoire du genre et y restera comme un tournant.

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The Fated Sky

Second tome du diptyque débuté avec The Calculating Stars, The Fated Sky débute quelques années après la fin du premier tome.

Le programme spatiale a maintenant une base lunaire permanente et des équipes d’astronautes font régulièrement les trajets Terre-Lune. Une mission pour se rendre sur Mars est en préparation et malgré les menaces croissantes de coupe budgétaire (une partie de la population souhaite que les fonds soient dirigés vers la population de la Terre et non pas vers l’espace) le programme progresse à bon pas.

Elma York, “the lady astronaut” se trouve sélectionnée, tardivement, pour la mission martienne constitué de deux vaisseaux et leurs équipages. La plus grande partie du roman se concentre sur l’expérience de vie durant le vol entre la Terre et Mars; les conflits entre membre de l’équipage, les aléas du dangereux voyage dans l’espace et la nostalgie de la Terre.

Globalement The Fated Sky est un roman plus intimiste, en huis clos, que The Calculating Stars; je le trouve même supérieur au premier tome. Mais il se trouve en fait exactement dans la lancée du diptyque : une uchronie qui se concentre avant tous sur la vie d’une femme, Elma York, narrée à la première personne. L’histoire de l’humanité qui lutte pour conquière les étoiles et se sauver du changement climatique provoqué par la chute d’une météorite en 1952 n’est au final que le prétexte pour l’histoire d’une vie.

A noter que le futur de l’humanité en lui même est d’avantage visible dans la nouvelle The Lady Astronaut of Mars qui se déroule bien après les romans.

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The Hyena and the Hawk

Dernier tome de la trilogie de Echo of the Fall (les chroniques du tome 1 et du tome 2 sont déjà sur le blog) The Hyena and the Hawk narre la confrontation entre deux mondes : celui des “hommes” qui ont plusieurs âmes et peuvent prendre une forme animal et ceux des “plague people” qui ont forme humaine mais sont creux et détruisent tous sur leur passage.

Pour les différents protagonistes des deux premiers tomes débutent une course contre la montre pour tenter d’empêcher la fin de leur monde. Marqué par la rencontre des deux armées du Nord et du Sud sur des plaines ravagées le roman narre une guerre qui semble perdu alors que d’anciens secrets refont surface….

Difficile d’en dire plus; le lecteur ayant apprécié les deux premiers romans ne pourront qu’apprécier la conclusion bien mené de cette trilogie. Une mention particulière pour les descriptions des “plague people” qui semblent tous le long au lecteur familier tout en étant profondément étrange.

The Calculating Stars

Premier tome d’une uchronie en deux volumes (et une nouvelle), The Calculating Stars de Mary Robinette Kowal diverge de notre histoire lorsque, en 1952, une météorite s’écrase au large de la côte Est des Etats-Unis.

L’effet immédiat est la destruction de toutes les villes de la côte Est, suivi d’un long hiver qui dure plusieurs années. Mais les calcules des météorologistes montres qu’à terme les chances que l’effet de serre provoqué par cette catastrophe rende la Terre invivable pour l’humanité est très élevée. Débute donc une course aux étoiles afin de permettre à l’humanité d’essaimiez dans le système solaire.

Cette catastrophe et la course aux étoiles est présentée à travers les yeux de Elma York, femme juive, mathématicienne et physicienne, ancienne wasp durant la seconde guerre mondiale (pilote), survivante de la catastrophe (elle était avec son mari à la montage) qui, en survivant à la catastrophe, va se retrouver au cœur de la conquête spatiale. Son maris est l’ingénieur en chef de cette dernière et elle fait partie de l’équipe féminine qui effectue les calcules mathématiques nécessaires aux lancements de fusées; elle rêve, de plus, de devenir astronaute.

The Calculating Stars est un roman extrêmement bien écrit et aux thématiques très actuelles (changement climatique, place des minorités (juives, femmes, noirs, etc…), développement techniques, etc.). Sa narration sous forme de mémoire, avec une narratrice et protagoniste loins d’être parfaite, en fait plus un roman sensible et humain qu’un récit de Hard Science arride; en plus SF, son approche est similaire à Mes vraies enfants de Jo Walton en cela.

Hanami sonata

Hanami sonata propose un roman de Léa Silhol (publié ici pour la première fois) en deux parties qui se répondent. Hanami sonata se déroule à notre époque et fait se rejoindre des arcs narratifs concernant les Fays et la famille Izôkage au Japon.

La première partie du roman, Le maître de Kõdõ, est la version longue de la novella éponyme parue dans  le second volume du recueil  Sacra .  Le lecteur y suit le voyage de plusieurs Fays au Japon afin de venir en aide à une jeune Fay prisonnière de la GRID, un monde virtuel comme on peut en voir dans le genre cyberpunk. La famille en question, les Izôkage, ont une longue histoire faite de malédiction et de relations compliquées avec l’hiver. Cette première partie relate un moment important dans l’histoire des Fays puisqu’il représente l’éveil complet de Crescent (pour ceux qui connaisse le reste du Dit de Frontier). Il s’agit également du début (enfin du second début) d’une histoire d’amour qui a traversé le temps.

La seconde partie, La maîtresse d’échos,  fait un bond dans le temps à l’époque où la ville de Frontier a été (re)trouvée et où les Fays tentent de stabiliser leurs relations avec le reste du monde. Il propose à la fois un aperçu de ce qui arrive aux Izôkage et aux Fays, mais aussi, et surtout, une conclusion (provisoire) de l’histoire d’amour qui s’est nouée entre le “chef” de famille des Izôkage et Crescent, la prophétesse du peuple Fay.

Hanami sonata est à la fois une histoire d’amour, à l’image de celle proposée dans Possession Point, mais aussi un jalon important qui éclaire à la fois l’origine des Fays et d’une famille japonaise très liée au surnaturelle. Une agréable lecture dans tous les cas; un indispensable (comme souvent) pour ceux qui tenter de deviner l’intégralité de la Trame.

Prix: Consulter sur Amazon.fr

Les mondes-miroirs

Roman de la rentrée littéraire 2018 chez Mnémos, Les mondes-miroirs, si j’ai bien compris, est une réécriture approfondie d’un roman à quatre mains paru en 2011 (Teliam Vore). Je ne connaissais pas la “première” version publiée, c’est donc avec curiosité que je me suis lancé dans cette lecture….

Les mondes-miroirs est donc un roman de Fantasy, mâtiné d’un soupçon de techno-science et d’une dose de fantastique / horreur façon Lovecraft & Co.

Situé dans un monde marqué par l’existence de gigantesques arches à l’origine peu claire, avec des cités à leurs pieds. La cité de Mirinèce étant située à l’endroit où les arches se croisent et se rejoignent (au niveau du sol). Des arches, selon la théorie en vigueur, une peste s’est échappée il y a de cela une génération qui modifie en profondeur les êtres vivants en faisant des monstres. Suite à une guerre et à la magie, le mal est contenu dans les campagnes. Les héros de la guerre sont devenu les dirigeants d’aujourd’hui.

C’est dans ce contexte que le lecteur est invité à suivre deux jeunes femmes : Elsy et Élodianne. Deux sœurs, l’une adoptive, ayant grandi dans les bas-quartiers de Mirinèce, Elsy est mercenaire, à mauvais caractère et ambitionne de devenir riche, Élodianne est mage, est sortie de sa basse condition et maitrise la magie des mondes-miroirs, une branche mineur de la magie.

Lorsque des horreurs, rapidement nommées blasphèmes, menacent la ville de Mirinèce les deux jeunes femmes vont se retrouver à mener l’enquête et découvrir une menace dont l’origine semble lié à l’histoire des héros de la guerre et dont les implications pourraient révolutionner la magie.

Les mondes-miroirs est un roman plaisant qui propose un monde original et une histoire aux nombreux interrogations et révélations qui sont bien dosées dans le roman. J’espère qu’il y aura d’autres textes dans le même univers car certaines questions périphérique au récit n’ont pas eu de réponses; et je suis quelqu’un des très très curieux.

Prix: EUR 23,00

The Bear and the Serpent

Second tome de la trilogie débuté par The Tiger and the Wolf, The Bear and the Serpent débute peu de temps après la fin du premier tome.

Il suit deux arcs narratifs, l’un se déroulant dans le Nord, l’autre dans le Sud.

Dans le Nord, l’arrivée des “pale shadows” sur les côtes représentent un danger qui demande l’unification, même temporaire, des divers tribus. C’est donc les ours qui s’y colle, et principalement un ours solitaire et puissant (déjà croisé dans le premier tome). Le lecteur suit donc ses tentatives d’unification et la découverte de la menace venus d’au delà les mers…

Dans le Sud, Maniye Many Tracks, ayant réconcilié ses deux âmes et devenue championne, se retrouve plonger dans une guerre de succession entre un frère et une sœur. Le clan du serpent étant lui même divisé sur qui doit acceder au trone. Fuyant des assassins, ses pérégrinations vont la mener dans plusieurs endroit du royaume du sud, pendant que, dans l’ombre, des révélations impliquant le serpent et le futur du monde lui même se trame.

The Bear and the Serpent est une Fantasy toujours aussi agréable à lire, qui a les même défauts et forces que le premier tome : une écriture interessante, un monde orignal et bien construit, et quelques longueurs.

Meijo

Troisième tome de la saga du Sentiers des astres, Meijo debute ou le tome précédent s’est terminé.

L’expédition dans le Nord vers le Roi-diseur est en difficulté : traquée par une force hostile, ayant perdu son chef éliminé par un traitre en leur sein. Dirigé maintenant par le Barde de l’expédition, le groupe profite de l’aide de la peuplade locale des Teules qui les mènent via le sentier des astres, un raccourci situé à la frontière du monde des mortels et du monde des esprits à la recherche d’un chemin par delà les dangers de la forêt et vers la voie qui mène à leur quête.

En parallèle la courtisane Shakti se dévoile d’avantage contant son exilé et sa déchéance. Un récit âpre où la pauvreté et la necesité pousse shakti et son compagnon d’infortune aux pires bassesses pour survivre.

Meijo est un troisième tome à l’écriture toujours aussi belle. Un tome aux deux récits enchâssés de manière équilibrée qui dévoile par petite touche les enjeux de la guerre qui se livre au loin dans l’Heritage et qui fait la part belle aux mondes des esprits et à la magie.

Maintenant le plus difficile est d’attendre la sortie de la suite.

Nous qui n’existons pas

Nouveau texte de Mélanie Fazi, Nous qui n’existons pas est particulier sur plusieurs points.

Il s’agit, tous d’abord, non pas d’un texte de fiction mais d’un essai autobiographique; à la fois une chose rare pour une écrivaine peu prolixe et un hors collection pour l’association Dystopia.

Ensuite, c’est un texte qui est né d’un article de blog, publié en juin 2017 et repris dans le livre : “Vivre sans étiquette“. Dans ce texte, à la fois confession, coming out et libération de la parole, Mélanie Fazi explique sa différence : l’abscence de pulsion de couple. Elle ne ressent en effet aucun besoin de vivre en couple, aucune pulsion de rechercher l’âme soeur ou le coup d’un soir. Et ceci dans un monde où ce “besoin de couple”, de traversser l’existence à deux est un acquis pour (presque) tous le monde,

De ce post de blog est né l’idée d’écrire un texte plus large afin de se confier et de parler à la fois de son expérience et de ce que cela de vivre un pas de côté de la majorité, mais aussi dans le but de montrer à d’autres qui se sentiraient ainsi qu’ils ne sont pas seul.

C’est donc un texte (deux en fait, un premier écrit durant l’été 2017 et un second sous forme de “suivi” écrit durant le premier trimestre 2018) très personnel que propose Nous qui n’existons pas.

Dans celui-ci Mélanie Fazi se livre. Elle parle de la manière dont elle s’est construire, comme autrice bien sur, mais aussi, et surtout, comme être humain; de la difficulté de vivre dans un monde où la recherche d’un partenaire, de vie ou pour un court moment, est un donné, une évidence; de la manière de se construire, dans la douleur, avec le sentiment d’être différente de tous; de la manière de tenter de rentrer dans le moule et de faire illusion…

Difficile pour moi qui peine à aligner des mots de manière claire de rendre justice à Nous qui n’existons pas. Mélanie Fazi a le verbe claire, l’écriture agréable et fluide qui sait rendre intelligible et agréable à lire son parcours de vie et sa différence.

Nous qui n’existons pas est une lecture qui éclaire le parcours d’une autrice (ses textes prennent une autre dimension suite à cette lecture), mais aussi et surtout qui peut apporter confort pour ceux qui se sente décalé par rapport à la norme et, pour ceux dans la norme (c’est mon cas), une ouverture sur une autre manière d’être humain et de voir le monde.

Une lecture qui me semble importante dans le monde d’aujourd’hui.

Nous qui n’existons pas sort fin septembre / début octobre 2018 chez Dystopia.

The tiger and the wolf

Premier tome d’une trilogie de fantasy du prolifique Adrian Tchaikovsky, The tiger and the wolf propose un univers où chaque personne possède un totem animal, une seconde âme, qui lui permet de changer de forme.  Les différentes tribus / royaumes sont basés sur les animaux totems, divinités à part entière, des peuples de ce monde.

Le roman suit deux personnages principaux : Maniye, la fille du chef d’un clan de loup du Nord et le fils d’un seigneur d’un royaume crocodile du sud, champion de son peuple, partit en quête, dans le Nord, des mythiques guerriers de fer loups.

Maniye a une particularité, elle est également la fille de la reine du peuple tigre que les loups ont vaincu il y a une grosse quinzaine d’année dans une guerre pour le contrôle du Nord. Se mère a été ensuite assassinée, par ordre de son père, par le loup solitaire Borken Axe.

Alors qu’elle arrive à l’âge adulte, elle doit choisir entre son âme de loup et son âme de tigre. Découvrant que son père, distant, veut l’utiliser pour assoir sa domination sur l’ensemble des peuples loups, elle prend la fuite, prenant avec elle un prêtre serpent du Sud tombé dans les griffes de sa tribu.

Débute alors une fuite dans tous le Nord qui mènera Maniye au près des nombreux peuples du Nord à la recherche à la fois de son passé mais aussi de son futur.

Parallèlement, le champion crocodile  mène sa propre quête dans le Nord qui lui ferra croiser et recroiser les traces de Maniye.

The tiger and the wolf est un bon roman de Fantasy, il souffre peut-être (cela me semble assez courant chez Tchaikovsky) parfois de quelques longueurs, mais il est frais et propose des personnages entre humains et bêtes fort sympathiques.