Utopiales 2018

Comme chaque année avec l’automne, un des grands raouts du monde de l’imaginaire revient : les Utopiales.

Ayant lieu à la cité des congrès à Nantes du mercredi 31 octobre au dimanche 4 novembre (avec une journée réservée aux étudiants le lundi 5 novembre), l’événement propose moult conférences, des expositions, des projections de films, du jeux de rôle et de sociétés, une librairie d’imaginaire montée pour l’occasion ( la plus grande de France sur le genre)…

C’est à la fois l’occasion de s’instruire mais aussi celui de croiser plein de gens et de passer pas mal de temps au bar (cela tombe bien cette année il y en aura un de plus).

Bref j’y serais du jeudi au dimanche matin et j’espère passer un bon moment.

Le thème de cette année est Le Corps dans toutes ses dimensions (physiques, virtuels, sociales, psychologiques, etc.). De quoi donner lieux à des conférences et tables rondes interessantes.

Des invités en pagailles, dont des auteurs “internationaux” tel que Steven Erikson, Andreas Eschbach, Kij Johnson, Christopher Priest, John Scalzi, Karin Tidbeck, etc.. Et de nombreux auteurs francophones. La liste complète se trouve sur le site des Utopiales.

Venez si vous pouvez, sinon guetter le site de ActuSF qui mettra sans aucuns doute en ligne les enregistrements des conférences.

In the the vanisher’s palace

Court roman (145 pages) de Aliette de Bodard sortant en numérique à la mi-octobre prochaine, In the vanisher’s palace peut se résumer en une réécriture post-apocalyptique magique de la Belle et la Bête.

Mais cela serait sans doute un peu réducteur, The vanisher’s palace se déroule dans un futur (ou une version alternative de notre monde) pos-apocalyptique.  La Terre a servi de grand terrain de jeu pour les “vanishers” qui l’on laissé irrémédiablement souillée avec des technologies dangereuses et des virus mortelles en souvenir avant de partir. Les survivants vivent du mieux qu’ils peuvent dans un monde dure où c’est l’utilité de chacun pour la communauté qui prime.

C’est dans ce contexte que Yen, la fille de la guérisseuse du village, est donnée à une dragonne (version asiatique : un puissant esprit des fleuves et rivières) en échange de soin pour la fille d’une notable du village. Emmenée dans son palais (en fait une ancienne demeure des “vanishers”) afin de servir de préceptrice pour ses deux enfants, elle va découvrir un monde encore plus étrange et dangereux que le sien, découvrir la magie et des secrets et peut-être trouvé une forme d’amour avec cette dragonne qui la trouble temps.

En créant un univers post-apocalyptique d’inspiration asiatique (probablement vietnamien mais  j’admets ne pas connaître assez les différences dans les folklores asiatiques pour faire la part de ce qui est partagé et ce qui est spécifique) entre magie et technologie, l’autrice propose un court roman très intéressant qui va plus loin que la simple relecture d’un conte classique.

La peste et la vigne

Second tome du cycle de Syffe (après L’enfant de poussière), La peste et la vigne continue l’histoire là où le premier tome l’a laissé.

On retrouve donc Syffe dans la situation qui était la sienne à la fin de L’enfant de poussière; celle-ci va durer plusieurs années et le roman à le bon goût de la traiter de manière assez rapide avant de lancer à nouveau le personnage sur les chemins.

Suit alors un roman en plusieurs temps qui fait passer Syffe des montages aux forêts verdoyantes, d’un peuple qui se cache à la guerre contre un autre peuple qui se cache.

Difficile d’en dire plus sans dévoiler toutes l’intrigues. Je me contenterai de dire que le roman lève timidement le voile sur certains mystères, sans apporter de réponses complètes et définitives. Le roman est toujours aussi bien écrit, le personnage principale a toujours la fâcheuse tendance à se laisser emporter par son destin sans réagir et le tout semble parfois un prétexte pour présenter les différentes régions d’un vaste monde.

Qu’importe, l’écriture est belle, le rythme lent convient bien à l’histoire, Le cycle de Syffe est bien partit pour devenir un cycle important et de qualité de la Fantasy francophone.

The moons of Barsk

Se déroulant dans le même univers, et avec les mêmes personnages, que Barsk: The Elephants’ Graveyard, The moons of Barsk débute plusieurs années après le premier tome et propose une histoire qui n’est liée au premier tome que par le lieux et les protagonistes principaux.

N’ayant plus besoins de présenter son univers (une confédération spatiale composée des animaux améliorés par les hommes, qui eux ont disparu, une histoire centré sur la planète de Barsk où résident l’intégralité de la “race” des éléphants, et où certains individus ont des capacités pré-cognitives, et/ou peuvent appeler à eux des particules qui constitue l’essence d’un individu, pouvant ainsi, par exemple, parler aux morts), Shoen livre un roman à l’intrigue plus interessante et plus fouillée que le premier tome; à mon goût du moins.

Le lecteur retrouve Jorl, sénateur et puissant “speaker of the death” et Pizlo “l’aberration” devenu ado. Ils vont découvrir, par hasard, une conspiration, le Codex, dont l’objectif est la protection de l’ensemble de la race éléphant et qui travaille depuis des siècles au développement de technologies innovantes. Si les intérêts de Jorl et du Codex semblent alignés, la tradition de méfiance de l’organisation et les vues très libérales de Jorl vont provoquer une confrontation tendue.

Shoen fait grandir son univers en le complexifiant proposant un roman abouti qui m’a beaucoup plus. Vu la fin de celui-ci une suite semble inévitable.

Prix: EUR 10,96

La cinquième saison, de NK Jemisin, Prix Planète-SF 2018

Comme certains le savent peut-être je suis membre du jury du Prix Planète-SF des blogueurs.

Et le prix 2018 vient d’être attribué. Avec une short liste alléchante, le choix de cette année a été cornélien.

Mais aussi difficile que le choix ait pu être, il a bien fallu choisir; et c’est N. K. Jemisin, déjà auréolée de nombreux prix (dont trois Hugos, une première) qui a eu notre faveur en gagnant le prix 2018 avec La cinquième saison.

Voici le communiqué officiel :

Le jury PSF a délibéré le lundi 10 septembre. Il a décidé d’attribuer le Prix Planète-SF 2018 à La cinquième saison, de NK Jemisin.

Choisir est de tous les actes l’un des plus douloureux, car choisir c’est renoncer. Renoncer à cette autre chose qu’on voulait pourtant aussi, chasser cette autre chose hors de la lumière de l’intérêt manifesté et la renvoyer dans l’obscurité des potentialités non réalisées.

De ce point de vue, la délibération 2018 a sans doute été la plus douloureuse de toute l’histoire du Prix Planète-SF.

Quatre livres étaient en lice ; quatre livres qui tous, chacun pour une raison différente, méritaient de gagner. Méritaient de gagner, ce qui signifie, d’abord « méritaient de ne pas être éliminés lors de la délibération ».

Mais il ne peut en rester qu’un, et, phase de vote après phase de vote, la shortlist fut réduite par le jury jusqu’à son essence primordiale. A la fin ne restait plus que La cinquième saison, premier tome de la trilogie de La Terre fracturée de N.K. Jemisin.

La cinquième saison, de N. K. Jemisin. Un livre mémorable. Prix Hugo 2016, Prix Sputnik 2016, nominé Nebula et World Fantasy. Un palmarès impressionnant, confirmé par les Hugo 2017 et 2018 obtenus par les tomes 2 et 3 de la trilogie. Trois Hugo consécutifs pour les trois tomes d’une trilogie, c’est une première historique.

Les jurés du Prix Planète-SF auraient pu vouloir se démarquer de la clameur générale. Ils auraient pu considérer que Mme Jemisin avait une notoriété à laquelle ils ne pouvaient plus rien ajouter. Ils auraient pu vouloir se distinguer d’un Hugo que son caractère grand public rend parfois sensible aux emportements du moment.

Mais, Rousseau l’écrivait lui-même il y a deux siècles : « la volonté générale est toujours droite & tend toujours à l’utilité publique…Si, quand le peuple suffisamment informé délibère, les Citoyens « n’avaient » aucune communication entre eux, du grand nombre de petites différences « résulterait » toujours la volonté générale, et la délibération « serait » toujours bonne. »

Elle le fut pour le Hugo 2016. Elle l’a été aussi pour le PSF 2018. La cinquième saison gagne le prix PSF 2018 car c’est un excellent roman. Worldbuilding, construction, personnages, traitement thématique, écriture, rien ne peut être reproché à ce texte, bien au contraire, tout peut y être loué. Cette histoire de cataclysme, de préjudice, de désespoir et de vengeance est un sans faute intégral. Elle mérite à ce titre d’être une fois encore mise à l’honneur, maintenant en France et dans la version traduite par Michelle Charrier.

Bravo à N. K. Jemisin pour ce livre, bravo à Michelle Charrier pour la traduction, et bravo à Nouveaux Millénaires et singulièrement à Thibault Eliroff pour le choix de publier en France ce roman majeur qui entre dans l’Histoire du genre et y restera comme un tournant.

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The Fated Sky

Second tome du diptyque débuté avec The Calculating Stars, The Fated Sky débute quelques années après la fin du premier tome.

Le programme spatiale a maintenant une base lunaire permanente et des équipes d’astronautes font régulièrement les trajets Terre-Lune. Une mission pour se rendre sur Mars est en préparation et malgré les menaces croissantes de coupe budgétaire (une partie de la population souhaite que les fonds soient dirigés vers la population de la Terre et non pas vers l’espace) le programme progresse à bon pas.

Elma York, “the lady astronaut” se trouve sélectionnée, tardivement, pour la mission martienne constitué de deux vaisseaux et leurs équipages. La plus grande partie du roman se concentre sur l’expérience de vie durant le vol entre la Terre et Mars; les conflits entre membre de l’équipage, les aléas du dangereux voyage dans l’espace et la nostalgie de la Terre.

Globalement The Fated Sky est un roman plus intimiste, en huis clos, que The Calculating Stars; je le trouve même supérieur au premier tome. Mais il se trouve en fait exactement dans la lancée du diptyque : une uchronie qui se concentre avant tous sur la vie d’une femme, Elma York, narrée à la première personne. L’histoire de l’humanité qui lutte pour conquière les étoiles et se sauver du changement climatique provoqué par la chute d’une météorite en 1952 n’est au final que le prétexte pour l’histoire d’une vie.

A noter que le futur de l’humanité en lui même est d’avantage visible dans la nouvelle The Lady Astronaut of Mars qui se déroule bien après les romans.

The Hyena and the Hawk

Dernier tome de la trilogie de Echo of the Fall (les chroniques du tome 1 et du tome 2 sont déjà sur le blog) The Hyena and the Hawk narre la confrontation entre deux mondes : celui des “hommes” qui ont plusieurs âmes et peuvent prendre une forme animal et ceux des “plague people” qui ont forme humaine mais sont creux et détruisent tous sur leur passage.

Pour les différents protagonistes des deux premiers tomes débutent une course contre la montre pour tenter d’empêcher la fin de leur monde. Marqué par la rencontre des deux armées du Nord et du Sud sur des plaines ravagées le roman narre une guerre qui semble perdu alors que d’anciens secrets refont surface….

Difficile d’en dire plus; le lecteur ayant apprécié les deux premiers romans ne pourront qu’apprécier la conclusion bien mené de cette trilogie. Une mention particulière pour les descriptions des “plague people” qui semblent tous le long au lecteur familier tout en étant profondément étrange.

The Calculating Stars

Premier tome d’une uchronie en deux volumes (et une nouvelle), The Calculating Stars de Mary Robinette Kowal diverge de notre histoire lorsque, en 1952, une météorite s’écrase au large de la côte Est des Etats-Unis.

L’effet immédiat est la destruction de toutes les villes de la côte Est, suivi d’un long hiver qui dure plusieurs années. Mais les calcules des météorologistes montres qu’à terme les chances que l’effet de serre provoqué par cette catastrophe rende la Terre invivable pour l’humanité est très élevée. Débute donc une course aux étoiles afin de permettre à l’humanité d’essaimiez dans le système solaire.

Cette catastrophe et la course aux étoiles est présentée à travers les yeux de Elma York, femme juive, mathématicienne et physicienne, ancienne wasp durant la seconde guerre mondiale (pilote), survivante de la catastrophe (elle était avec son mari à la montage) qui, en survivant à la catastrophe, va se retrouver au cœur de la conquête spatiale. Son maris est l’ingénieur en chef de cette dernière et elle fait partie de l’équipe féminine qui effectue les calcules mathématiques nécessaires aux lancements de fusées; elle rêve, de plus, de devenir astronaute.

The Calculating Stars est un roman extrêmement bien écrit et aux thématiques très actuelles (changement climatique, place des minorités (juives, femmes, noirs, etc…), développement techniques, etc.). Sa narration sous forme de mémoire, avec une narratrice et protagoniste loins d’être parfaite, en fait plus un roman sensible et humain qu’un récit de Hard Science arride; en plus SF, son approche est similaire à Mes vraies enfants de Jo Walton en cela.

Hanami sonata

Hanami sonata propose un roman de Léa Silhol (publié ici pour la première fois) en deux parties qui se répondent. Hanami sonata se déroule à notre époque et fait se rejoindre des arcs narratifs concernant les Fays et la famille Izôkage au Japon.

La première partie du roman, Le maître de Kõdõ, est la version longue de la novella éponyme parue dans  le second volume du recueil  Sacra .  Le lecteur y suit le voyage de plusieurs Fays au Japon afin de venir en aide à une jeune Fay prisonnière de la GRID, un monde virtuel comme on peut en voir dans le genre cyberpunk. La famille en question, les Izôkage, ont une longue histoire faite de malédiction et de relations compliquées avec l’hiver. Cette première partie relate un moment important dans l’histoire des Fays puisqu’il représente l’éveil complet de Crescent (pour ceux qui connaisse le reste du Dit de Frontier). Il s’agit également du début (enfin du second début) d’une histoire d’amour qui a traversé le temps.

La seconde partie, La maîtresse d’échos,  fait un bond dans le temps à l’époque où la ville de Frontier a été (re)trouvée et où les Fays tentent de stabiliser leurs relations avec le reste du monde. Il propose à la fois un aperçu de ce qui arrive aux Izôkage et aux Fays, mais aussi, et surtout, une conclusion (provisoire) de l’histoire d’amour qui s’est nouée entre le “chef” de famille des Izôkage et Crescent, la prophétesse du peuple Fay.

Hanami sonata est à la fois une histoire d’amour, à l’image de celle proposée dans Possession Point, mais aussi un jalon important qui éclaire à la fois l’origine des Fays et d’une famille japonaise très liée au surnaturelle. Une agréable lecture dans tous les cas; un indispensable (comme souvent) pour ceux qui tenter de deviner l’intégralité de la Trame.

Prix: EUR 29,99

Les mondes-miroirs

Roman de la rentrée littéraire 2018 chez Mnémos, Les mondes-miroirs, si j’ai bien compris, est une réécriture approfondie d’un roman à quatre mains paru en 2011 (Teliam Vore). Je ne connaissais pas la “première” version publiée, c’est donc avec curiosité que je me suis lancé dans cette lecture….

Les mondes-miroirs est donc un roman de Fantasy, mâtiné d’un soupçon de techno-science et d’une dose de fantastique / horreur façon Lovecraft & Co.

Situé dans un monde marqué par l’existence de gigantesques arches à l’origine peu claire, avec des cités à leurs pieds. La cité de Mirinèce étant située à l’endroit où les arches se croisent et se rejoignent (au niveau du sol). Des arches, selon la théorie en vigueur, une peste s’est échappée il y a de cela une génération qui modifie en profondeur les êtres vivants en faisant des monstres. Suite à une guerre et à la magie, le mal est contenu dans les campagnes. Les héros de la guerre sont devenu les dirigeants d’aujourd’hui.

C’est dans ce contexte que le lecteur est invité à suivre deux jeunes femmes : Elsy et Élodianne. Deux sœurs, l’une adoptive, ayant grandi dans les bas-quartiers de Mirinèce, Elsy est mercenaire, à mauvais caractère et ambitionne de devenir riche, Élodianne est mage, est sortie de sa basse condition et maitrise la magie des mondes-miroirs, une branche mineur de la magie.

Lorsque des horreurs, rapidement nommées blasphèmes, menacent la ville de Mirinèce les deux jeunes femmes vont se retrouver à mener l’enquête et découvrir une menace dont l’origine semble lié à l’histoire des héros de la guerre et dont les implications pourraient révolutionner la magie.

Les mondes-miroirs est un roman plaisant qui propose un monde original et une histoire aux nombreux interrogations et révélations qui sont bien dosées dans le roman. J’espère qu’il y aura d’autres textes dans le même univers car certaines questions périphérique au récit n’ont pas eu de réponses; et je suis quelqu’un des très très curieux.

Prix: EUR 23,00