Le maître des djinns de P. Djèlí Clark

Lu en version audio en VO, Le maître des djinns de P. Djèlí Clark est publié en français par les éditions de l’Atalante. Il s’agit d’un roman d’une enquête d’Urban Fantasy se déroulant dans une version alternative du Caire en 1912. L’Egypte est devenu une grande puissance suit à l’apparition, dans le monde entier au XIXe siècle, de créatures surnaturels et magiques des légendes. Dans les rues du Caire se croise donc humains, mages et mystiques mais aussi Djinns et automates.

Fatma el Sha’arawi est enquêtrice au ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles; elle se retrouve à devoir géré une nouvelle partenaire et une enquête sensible : une fraternité britannique voit tous ses membres assassinés magiquement. Le principal suspect prétend être le mythique Al-Jahiz en personne, le mystique qui a ramener la magie, et multiplie les provocations et crimes au Caire.

Le maître des djinns est un roman très agréable à lire qui propose une Fantasy fraiche et noir (dans le sens « enquête) dans un Caire uchronique flamboyant.

L’architecte de la vengeance de Tochi Onyebuchi

Court roman, en anglais il s’agit d’une novella, l’architecte de la vengeance (Riot Baby en VO) de Tochi Onyebuchi est publié en français avec une introduction de Gilles Dumay et la traduction de deux essaies de l’auteur qui éclaire une partie des problématiques afro-américaines développées dans le roman.

J’ai audio-lu le roman en anglais, lu les deux essaies en anglais et lu en français l’introduction de Dumay. Les essaies sont une lecture intéressantes. Le roman lui même est un uppercut à la lecture. Le roman dégage une rage qui ne demande qu’à éclater qui convient bien à son sujet. l’architecte de la vengeance se déroule dans un futur proche aux États-Unis et suit un frère et une sœur afro-américains. Elle, l’ainée, à un don, elle voit une partie du futur des gens et avec le temps peut faire plus, bien plus, lui est « destiné » à la prison et ensuite à des moyens de contrôle technologiques plus insidieux; le tout forme l’image d’une Amérique divisées et où la révolution gronde.

A titre personnel je n’ai pas accroché plus que cela à ce texte, mais sa dimension politique et son écriture tout en rage contenue en fait sans aucun un doute un texte à lire.

Notre part de nuit de Mariana Enriquez

Roman fantastique argentin récemment traduit en français, j’ai audio-lu Notre part de nuit de Mariana Enriquez en VO. Dans ce roman, Enriquez construit un récit qui mêle l’histoire récente de l’Argentine (de la dictature des années 70 à 80, le retour à la démocratie et les soubresauts qui l’ont accompagnés, avec des événements sociaux importantes, comme l’épidémie du Sida par exemple) et les vies d’un père et de son fils, Juan et Gaspar.

Notre part de nuit débute par un road trip à travers l’Argentine, au début de l’année 1981, qui voit Juan, qui vient de perdre son épouse Rosario dans un accident de bus, se rendre chez sa belle famille avec son fils. Dans ce prologue, le lecteur découvre un père aimant mais malade, parfois violent avec son fils et surtout capable de prouesses surnaturels; car Juan est un médium la santé fragille.

A partir de là le lecteur plonge dans la vie du père et du fils en faisant des allers et retours entre le « présent » de la vie de Gaspar et le passé de la vie de ses parents. Juan est en effet un médium qui a été, très jeune, pris sous l’aile d’une famille riche d’Argentine membre de l’Ordre, un culte cherchant l’immortalité en communiquant avec des puissances surnaturels.

Difficile d’en dire d’avantage sans déflorer les secrets du roman qui se révèlent peu à peu. Je dirais juste que le roman tape juste; Enriquez construit une atmosphère de dangers et de violences contenues où le surnaturel est le miroir de l’histoire agitée de l’Argentine. L’enjeux de l’avenir de Gaspar menacé par sa famille maternelle et l’Ordre est menée crescendo jusqu’à un final très satisfantt tout en restant dans le ton du reste du récit.

Bref, Notre part de nuit est un très bon roman fantastique.

Noir est le sceau de l’enfer de Jean-Laurent Del Socorro

Noir est le sceau de l’enfer de Jean-Laurent Del Socorro est une novella se déroulant dans l’univers du roman Royaume de vent et de colères qui suit Axelle, alors capitaine de sa troupe de mercenaire, lors du vol d’un miroir magique près de Londres.

La novella convoque plusieurs personnages historiques, Francis Drake, Marlowe, John Dee, pour une histoire mêlant politique, magie et histoire. Le tout donne une novella sympathique peut-être un peu desservie par son style d’écriture « moderne » qui a mis à mal ma suspension d’incrédutilé.

La novella est suivi par sa mise en scénario de jeu de rôle avec un système simple et rapide, une initiative que je trouve fort sympathique.

The River of Silver de S. A. Chakraborty

The River of Silver est à la trilogie de Daevabad (dont The Empire of Gold est la conclusion) ce que sont les scènes coupées à un film. En effet ce ne sont ici pas tant des nouvelles que propose S. A. Chakraborty que des scènes écrites et imaginées pour donner du corps aux différents personnages de la trilogie mais qui ont été « coupées » ou qui n’étaient pas prévu d’être insérées dans les romans de la trilogie.

Le recueil forme ainsi un complément qui présente, sous forme chronologique, d’explorer des moments de la vie des protagonistes, avant, pendant et un tout petit peu après, les romans.

Le tout est agréable à lire et si ce retour à Daevabad  est sans doute à réserver à ceux qui ont lu les autres livres il est très plaisant.

How High We Go in the Dark de Sequoia Nagamatsu

How High We Go in the Dark est le premier roman de Sequoia Nagamatsu. Le roman, se déroulant dans un futur proche, suit le déroulement d’une épidémie qui provoque des mutations incontrôlés des organes du corps humains.

Changeant de point de vu à chaque chapitre, avec des personnages qui réapparaissent dans la narration, et avançant dans le temps, How High We Go in the Dark débute par la libération d’un virus pris au piège du permafrost et se poursuit par les différents stade d’une épidémie extrêmement virulente.

Montrant à la fois le devenir d’individus et les réponses, et changement, des sociétés à cette menace, le roman s’attarde aussi sur les évolutions technologiques que l’épidémie provoque (du développement d’animaux pour la greffe humaine, et ce qui se passe lorsque des mutations se produisent dans leurs cerveaux, jusqu’au voyage spatiale).

Le roman propulse le lecteur loin dans le futur et se termine avec la révélation de l’origine du virus, loin dans le passé, et sur une note métaphysique.

How High We Go in the Dark est un roman agréable à lire mais qui ne restera pas dans ma mémoire comme un grand, voir un bon roman.

Perhaps the stars de Ada Palmer

Dernier tome de la tétralogie Terra Ignota de Ada Palmer, Perhaps the stars est la suite / second moitié de The will to battle. L’ouvrage conclut de manière magistrale une tétralogie qui ne l’est pas moins.

Au niveau de l’histoire, nous sommes toujours en 2454 et des poussières et le monde qui a connu une période de paix et de progrès inédits sombre dans la guerre. Une guerre un peu particulière car nouvelle pour la plupart des habitants de la planète, mais aussi car les deux piliers de la civilisation (le système de transport via voiture volante et le réseau de communication mondiale) sont hors services. C’est donc une guerre mondiale mais marqués par pleins de petits événements et incidents à échelle locale qui sont en jeux.

La narration est, comme le tome précédent, assuré par l’Anonyme, une personnalité du monde de 2454, et surtout un narrateur non fiable. Elle suit le (ou plutôt les) conflit(s) du début de la guerre jusqu’à sa résolution.

Difficile d’en dire d’avantage tant le roman est riche et complexe. Mais les thématiques abordés font de la série entière une pièce majeur, à mon avis, de la science-fiction : religion, devenir de l’humanité, premier contact avec une entité extra-terrestre / autre (divine ?), sens de l’existence, philosophie, etc. Bref Perhaps the stars clôt de manière brillante une série qui l’est tout autant.

Ring Shout de P. Djèlí Clark

Débutant comme un roman d’Urban Fantasy « à la Buffy » Ring Shout suite trois femmes noires qui, en 1922, chassent des Ku Kluxes. Les Klu Kluxes sont des créatures monstrueuses qui se cachent, en prenant leur place, sous une apparence humaine parmi les membre du Klu Klux Klan.

Sous ce prémisse sommes toutes assez classiques, se cache en fait un court roman magistrale. P. Djèli Clark  convoque en effet dans son roman des pans entiers de l’histoire américaine et des luttes raciales ayant secoués le pays. Par exemple le film Naissance d’une nation tient une place centrale dans l’intrigue, mais aussi bien sur le Clan ou encore la premier guerre mondial. Il convoque aussi des éléments réeels de la (les) cultures afro-américaine (les Gullah, les Ring shout, des légendes et mythes, etc.),

Le tout forme une tapisserie d’une extrême richesse qui vient soutenir un récit maitrisé de bout en bout aussi passionnant pour ses scènes d’actions et d’émottions que pour la réflexion sur le rôle de la haine et de la violence dans l’histoire humaine.

Franchement Ring Shout est une gemme qui réussit le tour de force de proposer une histoire palpitante d’Urban Fantasy, bien écrite et d’une richesse et profondeur rare.

We are satellites de Sarah Pinsker

Se déroulant aux États-Unis dans un futur proche, We are satellites de Sarah Pinsker suit, sur plusieurs années, une famille (Val, enseignante, Julie assistante d’un sénateur, David et Sophie leur deux enfants) qui fait face à l’apparition de Pilot. Pilot est un appareil qui se connecte au cerveau et permet d’atteindre, en le stimulant, une capacité de multitâche fonctionnelle; une faible lumière bleu sur la tempe marquant les gens qui ont un Pilot d’installé.

Val est plutôt contre, Julie plus tôt pour, David en veut un pour pouvoir suivre à l’école et Sophie ne peut pas en avoir un car elle a une maladie qui la rend sujette à des crises d’absence. Julie et David finissent pas avoir un pilote, David rejoint même l’armée après ses études secondaires, alors que Val et Sophie n’en ont pas. Sophie arrivée à l’âge adulte milite dans une association contre les Pilots.

We are satellites brosse la manière dont une évolution technologique va modifier une société en profondeur en créant parfois un gouffre entre les individus au sein même des familles. C’est aussi une ode au pouvoir qu’on les individus de peser sur le destin des sociétés. Ceci dit le roman n’est pas exempt de défaut : il tend parfois un peu trop vers le drama à mon goût et sa fin est un peu trop vite et facilement expédié par rapport au reste du roman.

Il n’est en reste pas moins que We are satellites est un texte bien écrit et très humain sur sa manière d’aborder les changements technologiques qui affectent les sociétés.

La nuit du faune de Romain Lucazeau

La nuit du faune est plus un conte philosophique de science-fiction qu’un roman. Se basant sur les connaissances astronomiques de notre univers il lance ses protagonistes, et avec eux le lecteur, dans un fol voyage vers le centre de notre galaxie…

Tous débute sur notre Terre dans un futur lointain qui a vu toutes traces de notre civilisation effacées par l’activé géo-physique de la planète, de même pour la civilisation suivante. Un membre de la race sentiente peuplant alors la Terre, un faune, se rend au sommet d’une montagne où se terre Astrée. Astrée est survivante de la race humaine qui, depuis des éons, vit ici sous la forme d’une petite fille. L’arrivée du faune va la tiré de sa routine et elle se lance dans un voyage au cœur de notre galaxie afin  de lui montrer le destin des races pensantes….

Débute alors un voyage qui interprète les observations astronomiques à travers le prisme d’un univers où la vie est partout présente, prenant des formes diverses et évoluant selon le degré d’avancement des civilisations.

La nuit du faune est un récit puissant et bien écrit qui propose une réponse vertigineuse à la question de l’origine et du devenir de la vie dans l’univers.