Le prieuré de l’oranger de Samantha Shannon

Gros roman de Fantasy en un seul tome (chose assez rare pour être noté), Le prieuré de l’oranger se situe dans un monde divisé en deux par un océan, l’Abysse.

D’un côté le reinaume d’Inys où la maison Berethnet règne de mère en fille depuis près de mille ans. Garante du sommeil d’un puissant dragon, la dynastie des Berethnet voue un culte à la fondatrice de la ligné et les chevaliers qui ont défait la Bête. Le reinaume regarde les royaumes de l’autre coté de l’Abysse avec suspicion car ils vénèrent des dragons.

De l’autre côté se trouve des royaumes qui vénèrent donc les dragons qui sont leurs protecteurs. Il y a en effet deux types de dragons : ceux du feux voué à la destruction de tous et ceux de l’eau plus sages et protecteurs.

C’est dans ce contexte que le destin de plusieurs femmes vont se croiser et recroiser alors que la menace d’une nouvelle guerre de destruction mené par les dragons de feu se profile à l’horizon.

Le prieuré de l’oranger est un très gros roman qui mène ses héroïnes, et ses lecteurs avec, sur le chemin d’un conflit majeure et de la (re)découverte de secrets anciens. La Fantasy qu’il propose est interessante et le roman bien écrit m’a beaucoup plus.

Légendes des Nephilim

Né d’une levée de fond pour la nouvelle édition du jeu de rôle Nephilim, Légendes des Nephilim est un recueil de cinq nouvelles mettant en scène ces esprits élémentaires venus du fond des âges condamnés à occuper des corps humains et qui sont à la recherche de connaissances ésotériques pour retrouver leur forme originel.

La perspective de ce recueil de nouvelles me réjouissait et je dois dire qu’au final je suis très mitigés du résultat.

Cinq nouvelles donc qui sont profondément inégal aussi bien en style qu’en qualité. Bien au dessus de toutes les autres ont retrouve Fabien Clavel avec une nouvelle reprenant les personnages de son cycle de l’hepta parus il y a quelques années chez Mnémos, personnages qui combattent à nouveau les R+C, leur ennemis de toujours.

La nouvelle de Tristan Lhomme mettant en scène une Selenim est également très sympathique et fleure bon le terroir. Ensuite Nicolas Le Breton propose une balade mystique, un peu onirique à Lyon; une nouvelle bien écrite mais que j’ai trouvé par moment un peu confuse, ésotérique même (ce qui d’une certaine manière est dans le thème….).

Finalement deux nouvelle anecdotiques : une sur la transformation d’un Nephilim en Selenim de Yoann Berjaud et le retour de personnage d’une ancienne trilogie, Le chant de la Terre, parue au début des éditions Mnémos, pour une petite nouvelle.

Au final donc, Légendes des Nephilim est un recueil globalement dispensable, qui plaira aux connaisseurs du jeu de rôle et dont la nouvelle de Clavel prolonge ses romans sur les Nephilm de fort belle manière.

Rosewater rédemption

Troisième, et dernier, tome de la trilogie Rosewater, The Rosewater redemption (publié il y a peu en français mais que j’ai audio-lu en anglais) débute alors que la cité de Rosewater est en difficulté.

Ayant pris son indépendance du Nigéria grâce au soutient de l’entité extra-terrestre qui “vit” en son centre, elle doit faire face à une invasion “interne”, les extraterrestres occupent le corps des citoyens morts et une menace externe, le Nigéria qui refuse de laisser la ville lui échappé.

Débute alors un chassé-croisé pour à la fois sauvé notre planète d’une invasion lente mais qui semble inéluctable et la ville de Rosewater de plus en plus menacée.

La trilogie se conclut d’une manière très intéressante. Ce qui est rare dans les séries c’est que la qualité des romans s’améliorent de tome en tome, c’est clairement le cas avec Rosewater. Le récit et le monde créé prennent de l’ampleur et de la substance à chaque tome.

Forward une anthologie

Forward est une anthologie de six nouvelles, parues en numérique et en version audio (mon choix de lecture pour cette anthologie), qui propose des visions du futurs. Globalement les différentes nouvelles vont du sympathique au brillante.

“Ark” de Veronica Roth suit une scientifique qui catalogue des plantes pour les vaisseaux arches qui évacuent la population terrienne alors qu’un astéroïde s’approche inexorablement de la Terre. Parmi le dernier contingent humain sur la planète elle va découvrir une nouvelle espèce de fleur et en apprendre plus sur elle même. Une histoire prenante sur ce que cela veut dire d’être humain et l’importance des petites choses.

“Summer Frost” de Blake Crouch suit l’évolution d’un PNJ dans un jeu informatique qui devient conscient, et d’un développeur qui suit ses progrès. Là aussi une nouvelle sur ce que cela signifie d’être “humain”.

“Emergency Skin” est encore une brillante nouvelle de N. K. Jemisin. Elle suit une mission d’un descendant d’humain ayant fuit la Terre qui doit y retourner afin d’y récupérer un composant vital pour la survie de sa planète. Protéger par une combinaison équipée d’une IA, l’explorateur va découvrir que la Terre n’est pas si morte que cela et ceux qui l’on fuit ne sont pas les héros qu’il pensait. Une nouvelle qui propose une jolie réflexion avec humour.

“You have arrived at your destination” de Amor Towles suit un homme se rendant dans une clinique d’aide à la conception d’enfant qui propose une expérience en immersion de ce que pourrait être la vie du futur enfant basé sur la génétique et ses parents : un futur tous tracé ou bien une manipulation ?

“The last conversation” de Paul Tremblay suit un homme qui se réveille sans mémoire dans une pièce d’hôpital (?) et qui peut à peut va, avec l’aide de sa thérapeute, retrouver la mémoire. Mais est-ce que c’est bien la vérité et qu’est-ce que l’identité d’un individu. Une nouvelle glaçante.

“Randomize” de Andy Weird se déroule à Las Vegas dans le monde des machine à sous et sur un ordinateur quantique qui protège par son algorithme la sécurité des tirages. Le système est inviolable, mais l’est-il vraiment. Une sympathique nouvelle qui va moins sur la réflexion de ce qu’être humain mais plus sur l’impact des développements de l’informatique sur une activité humaine : les jeux d’argent.

A song for a new day de Sarah Pinsker

Roman divisé en trois partie, A song for a new day suit une partie de la vie de deux personnages féminins, les chapitre sont du point de vue de l’une ou de l’autre, dans une Amérique qui subit une vague de terreur sans précédent et qui se réorganise ensuite en une société où les rassemblements sont interdits.

Luce est musicienne, autrice-compositrice, elle aime plus que tous les sensations que procure le fait de jouer fasse à une audience. Rosemary elle est une jeune femme brillante qui a grandit avec des parents qui se sont isolés afin de se protéger. Elle vit sa vie, comme beaucoup, de manière virtuelle, profitant des avancées des technologies d’immersion.

Dans la première partie du roman le destin de Lucie se joue lors de sa tournée lorsque les premiers attentats et attaques ont lieu et que l’Amérique change, celui de Rosemary se déroule une décennie plus tard faisant découvrir au lecteur le monde qui est sortit.

Les deux parties suivante se déroule à la même époque alors que Rosemary accepte un travail de scout pour l’entreprise numéro 1 de concert virtuel. Elle sort de son monde fermée et découvre les salles de concerts cachées et la vie de gens de ville. Elle va croiser le destin de Luce qui gère une de ces petites salles de concert. Leur rencontre vont les lancés sur des trajectoires qui vont les amener à découvrir la part sombre du monde et chercher, chacune à leur manière, un moyen de faire dépasser la peur qui paralyse la société.

Chroniques du pays des mères de E. Vonarburg

Profitant de la sortie en grand format, chez Mnémos, d’une réédition de Chroniques du pays des mères de Elizabeth Vonarburg, et sur le conseil de plusieurs amis, j’ai décidé de m’attaquer à ce classique de la littérature de l’imaginaire.

Bien m’en a pris car j’ai découvert un texte non seulement bien écrit et interessant mais également aux multiples thématiques qui font encore sens aujourd’hui près de trente ans après sa parution.

L’histoire se déroule dans un futur post apocalyptique où après des conflits et catastrophes une partie de la Terre est irradiée et dangereuses. Pour l’humanité le défis est non seulement écologiques mais aussi démographique car il naît beaucoup plus de femmes que d’hommes. Après une période dite des harems où les hommes dominaient complètement les femmes, une révolution, en partie religieuse, mena à l’époque des ruches puis aux pays des mères où les femmes occupent la position dominante dans la société.

C’est dans ce contexte que naît Lisbeï. Élevée comme les autres enfantes du pays des mères en nurserie (une mystérieuse maladie provoque une forte mortalité infantile) elle est doté d’un don d’empathie fort et d’un tempérament rebelle qui la mène a questionner le quotidien et le passé.

En grandissant elle voyagera dans le pays des mères, lèvera une partie du voile sur le passé de celui-ci et mènera une réflexion personnelle qui la verra questionner sa place dans le monde et la place des hommes et des femmes.

Roman écologique, roman social et roman féministe, Chroniques du pays des mères propose un questionnement sur des aspects qui semblent aller de soi dans nos sociétés et qui sont pourtant des constructions sociales que l’on ne perçoit pas. Le tout en proposant une intrigue interessante. Un tour de force qui font de ce roman un classique et une lecture salutaire.

Lumières noires de N.K. Jemisin

Recueil d’une vingtaine de nouvelles de N.K. Jemisin, How long ‘til black futur month, dont la version française sort ce mois sous le titre Lumières noires, réussi le tour de force de ne proposer que de bons textes.

Je les ai picoré au fil de mes envies ces derniers mois avec bonheur. Le lecteur curieux pourra consulter la chronique de Gromovar qui détaille un peu chaque nouvelle. Pour ma part je me contenterai de dire que la plume de Jemisin tombe juste. Mettant en scène souvent des femmes, généralement des « minorités » et régulièrement le milieux urbains, les nouvelles mélangeant fantasy, SF, post-apo, Urban Fantasy, etc. sont un plaisir à lire.

Bref je ne peux que vous encourager à vous faire votre idée vous même en allant lire de ce pas ce recueil.

Everything inside : Stories de Edwige Danticat

Nouveau recueil de nouvelles de Edwige Danticat, Everything inside : Stories propose huit nouvelles se déroulant entre Haïti et États-Unis et qui mettent en scène des Haïtiens vivants ou ayant vécu aux États-Unis.

Le point commun entre les différentes nouvelles du recueil est la mort qui rode, que cela soit sous la forme d’un enlèvement d’une femme, d’une jeune fille malade du Sida, d’un ouvrier tombant d’un échafaudage, etc.

Les nouvelles mettent aussi au centre les liens compliqués entre les deux cultures dans lesquelles vivent les protagonistes : premier monde et tiers monde, chez soi et chez l’autre, ceux qui sont partis, ceux qui sont restés et ceux qui sont revenus, etc.

L’écriture de Danticat fait mouche et son talent pour mettre en avant la singularité et l’universalité de l’expérience des migrants font de ce recueil une réussite. A titre personnelle les deux nouvelles clôturant le recueil, tirant d’avantage vers l’Imaginaire et qui mettent en scène un voyage dans une île des Caraïbes typique pour la première et la chute d’un ouvrier migrant d’un échafaudage de chantier, sont mes préférées.

Une cosmologie de monstres de Shaun Hamill

Audio-lu en anglais, Une cosmologie de monstres de Shaun Hamill est un roman qui est sortit il y a peu dans la langue de Stephen King dans celle de Bordage. Il ‘s’agit d’une saga familial matinée de fantastique sur laquelle plane l’ombre de Lovecraft.

Le lecteur suit des morceaux de l’histoire de la famille Turner : Un père fan de littérature fantastique et de comics mort d’une tumeur au cerveau, une mère d’une famille aisée ayant tourné le dos à sa famille pour épousé l’homme qu’elle aime, une grand-mère internée car parfois victimes de délires psychotiques, une sœur ainée a l’adolescence difficile qui idole son père décédé, une seconde sœur très bonne élève, enfant modèle en proie à la dépression et Noah, le plus jeune, le narrateur qui n’a pas connus son père et qui voit une créature fantastique dès le plus jeune âge qui devient son ami….

La famille vit de l’exploitation d’une maison hantée et semble trainé un lourd secret, un monstre qui tourmente tour à tour chaque membre de la famille mais dont personne ne parle et que seul Noah semble vouloir/pouvoir approcher sans risques.

Une cosmologie de monstres est certes un roman fantastique, mais c’est avant tous l’histoire d’une famille frappée par le deuil, les non-dits, la dépression … Le tout vu par les yeux du cadets qui, au départ du moins, n’a pas les mots pour comprendre ce que sa famille vit.

En version audio du moins, le livre est saisissant et m’a beaucoup plus. Il n’y a pas de moment où l’émotion m’a pris à la gorge, par contre Une cosmologie de monstres fait honneur à la tradition de la littérature fantastique d’utiliser le mystérieux, le monstrueux, l’inconnue, le dangereux pour aborder des problèmes de la vie en les sublimant.

Chiens de guerre

Le futur proche, après avoir tenter d’utiliser des robots et IA pour faire la guerre, les états ont choisis les bioformes, animaux modifiés pour combattre.

Au Yucatan Rex est un bon chien, à la tête d’un escadron expérimental, car composé de plusieurs animaux (un ours, un essaim d’abeilles et un crocodile), il combat pour son maitre les ennemis. Rex est un bon combatant, un bon leader, un bon chien, il sait comment rendre son maître heureux.

Alors quand il se retrouve coupé de son maître, à même de prendre ses propres décisions et que son maître tente de cacher des crimes de guerre tous change pour lui…

Chiens de guerre débute comme un roman de guerre narré par Rex, avec certains passages donnant voix à d’autres protagonistes, pour évoluer vers un roman qui décrit une singularité possible : l’émergence et l’acceptation ou le rejet par l’humanité d’intelligences autres.

Dans ce sens Chiens de guerre est un roman très malin, bien construit et qui sur une proposition “simple” développe une réflexion sur l’intelligence. Il a en plus le mérite de ne pas s’étendre sur des pages et des pages. Audio lu en VO, la version française sort ces jours chez Lunes d’encre.