Juniper Wiles de Charles De Lint

Avec Juniper Wiles,  Charles De Lint revient après plusieurs année (près d’une grosse décennie si je ne m’abuse) à Newford avec un roman qui fait intervenir des personnages connus et de nouveaux.

Juniper est revenue à Newford après plusieurs années où elle a travaillé à Los Angeles comme actrice en jouant le personnage de Nora Constantine, une détective au croisement entre Buffy et Veronica Mars. Elle passe une partie de son temps maintenant a travaillée comme assistante pour l’artiste Jilly Copercorn.

Quand une personne veut l’engager comme détective, la prenant pour Nora Constantine, la réalité de Juniper se retrouve chamboulé : fantômes et personnages de fictions deviennent réel. Juniper, avec l’aide de Jilly,  se lance dans une enquête afin de découvrir un assassin et se faisant lever le voile sur le monde des esprits et des histoires…

Objectivement Juniper Wiles n’est pas le meilleur roman de Charles de Lint, mais c’est un retour agréable à Newford et surtout l’entrée d’une Urban Fantasy à la Buffy dans l’univers développé par De Lint. Une lecture agréable si ce n’est indispensable donc.

La troisième griffe de Dieu de Adam-Troy Castro

La troisième griffe de Dieu est un roman qui se déroule quelque temps après Émissaires des morts. Le livre est formé du roman éponyme et d’une nouvelle dispensable, Un coup de poignard.

Andrea Cort est maintenant procureur spécial du Corps diplomatique, son travail n’a pas changé fondamentalement mais elle est maintenant totalement libre de choisir les cas qu’elle prend et n’a plus vraiment de supérieur. Elle a également un nouveau but (les lecteurs du premier roman verront de quoi je parle) et un nouvelle amant et « associé ».

Invitée par la riche famille de marchand d’armes Bettelhine sur leur planète, Xana, Adrea est victime d’une tentative d’assassinat dès son arrivée sur la station orbitale de la planète. Prenant place dans un luxueux l’ascenseur  spatial avec des membres de la famille et quelqu’un de leurs proches conseillés et invités, Andréa doit gérer le sabotage de l’ascenseur et découvrir le(s)quel(s) des présents est un assassin et un saboteur.

Devant naviguer entre petits et gros secrets, l’enquête d’Andrea lui en apprendra d’avantage sur la famille  Bettelhine , sur la raison de son invitation et sur son propre passé.

La troisième griffe de Dieu est un roman très sympathique à lire (enfin audio-lire dans mon cas, avec la même excellente lectrice que le tome précédant: le tout en VF) et qui propose à la fois un crime en huis-clos et des révélations faisant évoluer Andrea Cort. Quelques répétions d’informations dans le texte semblent parfois un peu superflues, voir lourdes, mais globalement elle ne gâche rien au plaisir de la lecture de ce roman.

Edit : chronique modifiée le 04.09.21 suite à une erreur de compréhension de ma part sur la chronologie des textes.

Jaunes Yeux de Stefan Platteau

Quatrième tome du Sentiers des astres, Jaunes Yeux fait suite à Meijo. Audible ayant publié la version audio de la saga, j’ai profité que ce quatrième tome soit sorti dans ce format une semaine avant sa sortie papier pour m’y lancer avec bonheur; Matthieu Dahan, le lecteur de la saga, est excellent et donne vie avec brio au texte de Platteau.

Les survivants de l’expédition vers le Roi diseur ont maintenant trouvé une face sage (une face gravée dans le bois d’un arbre) qui leur ouvre le chemin vers le trône où siège l’oracle. Ils s’y engagent donc avec toujours à leur trousse des forces néfastes. Le chemin les prépare à la rencontre avec le géant et recèle des surprises (les anciens peuples ne sont jamais bien loin).

Parallèlement le lecteur en apprend d’avantage sur le passé de la courtisane et de sa fille. Il y a des révélations sur leurs relations avec le monde des brumes (des esprits) mais aussi sur la manière dont la courtisane est devenue la Nacre du Nord. Platteau en profite d’ailleurs pour donner à voir la vie dans une ville de l’Héritage  et contextualiser comment la guerre civile en cours a débuté.

Finalement un troisième récit, plus discret, vient s’entremêler aux deux précédents : la famille de Manesh qui prend part à ce qui pourrait bien être la bataille décisive de la guerre civile.

Difficile d’en dire plus sans déflorer les différentes intrigues. Il me reste juste à dire que la plume de Platteau est toujours aussi agréable, que la construction de son récit toujours passionnant à lire. Les lecteurs qui n’ont que peu gouté le tempo des précédents textes resteront sur leur faim ici également. Personnellement je trouve ce tempo juste et j’apprécie de prendre le temps du récit.  Jaunes Yeux a aussi quelques révélations et les différents fils de l’intrigue font de plus en plus sens, la fin du roman me laisse par contre avec un cris : « la suite, vite la suite, je veux savoir..:: »

Émissaires des morts de Adam-Troy Castro

Bien que je préfère en général lire les ouvrages écrits en anglais dans leur langue d’origine, j’ai profité ici de la sortie, en version audio, de la traduction française de Émissaires des morts de Adam-Troy Castro pour l’audio-lire. Le fait que, de plus, cette édition contient quatre nouvelles en plus par rapport à l’édition anglaise du roman a aussi, je l’avoue, joué.

Les quatre nouvelles et le roman (présenté sous forme chronologique de l’histoire) forment la première partie de la vie de Andrea Cort, une femme qui travaille pour le procureur général du Corps diplomatiques du Système Mercantile, le bras diplomatique de l’ensemble des systèmes humains chargé de traité avec les espèces non-humaine.

Dans ce lointain futur où l’humanité vit dans les étoiles, Andrea Cort est une petite célébrité; en effet alors qu’elle avait huit ans elle a survécu à un mini-génocide où des familles de deux races qui cohabitaient pacifiquement se sont entre-tués dans une folie aussi meurtrière que passagère. Considérée comme une criminel par certains, Andra Cort s’est construite une carapace de froideur et de détachement qui lui sert à résoudre les enquêtes les plus complexe.

Ce sont ces enquêtes qui sont présentée ici. Quatre nouvelles pour débuter qui présentent quatre enquêtes dans quatre contextes différents. Elles permettent de poser le personnage et l’univers avant Émissaires des morts, le roman qui donne son titre au livre.

Là, Andrea Cort est envoyée sur une station spatiale appartenant aux IA source, une race ancienne d’intelligences artificiels, qui y’on créé la vie sous la forme d’une race sentiente. Là un contingent humain du corps diplomatique étudie cette race sentiente. Mais voila, un membre du corps a été assassiné et si tous pointe dans la direction d’un meurtre exécuté par les IA, celles-ci ne doivent pas être impliquée et Andrea doit comprendre ce qui se passe dans la station tout en trouvant un coupable « passable »…

Cette enquête va avoir un impact majeure sur la vie de Andrea Cort et éclairé son passé d’un jour nouveau…

Émissaires des morts est un excellent bouquin qui mêle science-fiction et roman noir avec brio.

Aucune terre n’est promise de Lavie Tidhar

Aucune terre n’est promise de Lavie Tidhar, que j’ai audio-lu dans sa version en VO (Unholy Land) se situe au croisement du roman uchronique et du roman d’univers parallèles.

Débutant comme une uchronie, dont le point de divergence est la création d’un état juif, Palestina, sur les hauts plateaux de l’Afrique de l’est au début du XXe siècle, Aucune terre n’est promise suit le retour au pays de Tirosh, un écrivain de romans noirs, qui a vécu plusieurs années à Berlin. Fils d’un général héros de la nation, Tirosh reconnecte avec son pays d’origine où la surveillance de la population est importante car les africains posent un risque terroriste important;  un mur est en construction entre Palestina et son voisin.

Partant à la recherche de sa nièce disparue dans un camp de réfuigé africain, Tirosh se retrouve au centre d’une intrigue où les murs même de la réalité pourrait se fissurer…

Entre uchronie et univers parallèles, Aucune terre n’est promise  est un roman qui propose une réflexion sur Israël et ses relations à ses voisins au travers de la fiction. Mais c’est un aussi un roman à l’ambiance sombre marquée. Une réussite indéniable.

Hummingbird Salamander de Jeff Vandermeer

Hummingbird Salamander est un éco-thriller d’anticipation de Jeff Vandermeer. Il se déroule dans un futur proche où nos sociétés n’ont que peut changer sauf que les effets du réchauffement climatique et plusieurs pandémies ont amené le monde encore plus proche du gouffre qu’aujourd’hui.

Écrit à la première personne par « Jane Smith », une consultant en sécurité (informatique) qui un jour reçoit un jour une enveloppe avec une clef de la part de Silvina, une mystérieuse, et morte, fille d’un puissant industriel argentin et écoterroriste. Cette clef mène Jane à un un boxe contenant un colibri empaillé…

Tentant de comprendre le sens du message qui lui est envoyé, Jane se lance dans une course éperdue sur les traces de Silvina et du colibri. Son enquête, virant à l’obsession la met rapidement en danger, non seulement elle mais aussi sa famille. Jane voulant comprendre va s’enfoncer de plus en plus dans une quête qui semble sans fin et sans sens…

Avec Hummingbird Salamander Jeff Vandermeer construit une enquête en forme de fuite en avant dans un monde ravagé par les conséquences de nos inactions présentes. Bien que les répondes aux interrogations de Jane, et du lecteur, soient finalement obtenues, le tout semble un peu vain. Au final donc un thriller haletant mais dont la conclusion  me semble presque trop faible au vu du reste.

Shards of Earth de Adrian Tchaikovsky

Premier tome d’une trilogie de space opera (The final Architects), Shards of Earth se déroule dans un futur où l’humanité a essaimé dans l’espace et pris contact avec d’autres races / civilisations extraterrestres. Le voyage plus vite que la lumière est possible en passant dans un espace n’appartenant plus à la réalité. Ses voyages se font le long de « route » laissée par une civilisation disparue depuis des éons et dont des ruines se trouvent sur certaines planètes.

Il y a cinquante ans de gigantesques vaisseaux sont apparus et ont transformé des planètes habités, dont la Terre, en œuvres d’art modifiés au niveau atomique. Ainsi a débuté la guerre avec les Architectes. La guerre s’est terminée lorsque des humains modifiés, qui peuvent naviguer le non-espace, ont réussi à communiquer avec les Architectes en leur envoyant un message : « Nous sommes là et vous nous faites mal ». Les Architectes sont partis et des tensions existent entre deux entités humaines, dont l’une est un groupe de femmes nées de manipulations génétiques et qui ont servis de soldat lors de la guerre.

L’une d’entre elle a passé une partie importante du temps depuis la fin de la guerre en suspension et est chargée maintenant de retrouver Idris, un des hommes ayant permis la fin de la guerre et dont les capacités hors normes sont convoités par sa faction. Il travaille maintenant sur vaisseau de récupération et est l’une des rares personnes ayant la capacité de voyager entre les étoiles hors des « routes » qui est libre. Rejoignant son équipage, elle se retrouve prise dans une tourmente politique et militaire lorsque le vaisseau de récupération et son équipage découvre un vaisseau qui a visiblement croisé récemment le chemin d’un Architecte…

Entre factions militaires, pègres et empire extraterrestre la découverte des récupérateurs intéresse beaucoup de monde et pourrait éclairer le passé et le futur…

Adrian Tchaikovsky propose ici un space-opéra plein de bruits et de fureurs, dont les personnages vont de rebondissement en rebondissement et qui ouvre un univers et de mystères à résoudre dans le reste de la trilogie.

All the Murmuring Bones de A.G. Slatter

Se déroulant dans un monde de Fantasy de type « victorien » (enfin c’est le feeling à la lecture) All the Murmuring Bones de A.G. Slatter propose une histoire de famille convoquant les différents contes et légendes de la mer.

Miren O’Malley est la dernière descendante de la famille O’Malley qui a passé un marché avec des créatures de la mer : fortune contre un de leur descendant à chaque génération. Mais elle est la dernière de sa lignée et la fortune a peu à peu abandonné sa famille. Afin de fuir un mariage dont elle ne veut pas, elle quitte la ville qui l’a vu naitre et part à la recherche de sa mère qu’elle croyait morte…

Débute alors un voyage marque par les créatures aquatiques, les légendes de l’océan, jusqu’au moment où les différents secret de famille seront révélés.

Je sors de la lecture de All the Murmuring Bones  avec un sentiment mitigé. D’un côté l’écriture est belle et fluide, l’histoire bien construite et l’utilisation des différentes légendes maritimes amenés avec soin; mais de l’autre arrivé à la fin je reste avec le sentiment d’une « jolie balade » un peu futile.

Mon envie est surtout de découvrir d’avantage de texte de l’autrice en espérant trouver un peu plus de sens dans d’autres histoires.

Cantique pour les étoiles de Simon Jimenez

L’humanité a quitté la Terre devenu inhabitable et vit maintenant entre des planètes colonisées et des stations spatiales. Lien entre les mondes des vaisseaux voyagent dans une contraction de l’espace et du temps, La Poche, où un voyage de quelques semaines/mois se traduit par plusieurs années passées dans le monde « réel ».

Nia Imani est capitaine de vaisseau, sur une planète agricole on lui confie un enfant muet tombé du ciel. Elle s’attache à lui lors du voyage de retour vers une station spatiale appartenant au consortium qui a permis à l’humanité de migrer vers les étoiles.

Chargée par une personnalité de l’ancienne terre, vielle de plusieurs millénaire), de veiller sur l’enfant elle s’exile au delà de l’espace sous contrôle du consortium. L’enfant en effet pourrait être la clef du voyage instantané entre les mondes…

Construit en plusieurs partie qui accélère le récit, Cantique pour les étoiles trace un portrait sombre du futur de l’humanité. Traversé par des fulgurances poétiques (le premier chapitre du roman par exemple, presque une nouvelle se tenant seul, est de toute beauté) le roman souffre d’un rythme inégale avec quelques longueurs. La fin d’une triste noirceur si justifiée pourra sans doute rebuté un peu le lecteur avide de fin heureuse.

Au final, Cantique pour les étoiles est un beau voyage un peu poussif qui aurait mérité un travail sur son rythme pour atteindre sa plénitude.

Numérique de Marina & Sergueï Diatchenko

Deuxième tome du triptyque inspiré par Les Métamorphoses d’Ovide, mais se lisant de manière totalement indépendante,  Numérique de Marina & Sergueï Diatchenko est un excellent roman, d’un niveau égale à Vita Nostra, le premier tome.

Numérique suit Arsène, un gamer de 14 ans qui passe plus de temps à jouer en ligne qu’à aller en classe. Lorsque ses parents le prive de son ordinateur, il se rend dans un cybercafé pour jouer à un MMORPG où il participe à une guerre politique de haut vole. Il y fait la rencontre de Maxime, un homme qui se présente comme le patron d’une entreprise de jeux révolutionnaires. Il propose à Arsène de devenir testeur et le fait participer à une compétition pour obtenir la place.

A partir de là les choses vont évoluer rapidement : jeux étranges et manipulations vont s’enchainer et Arsène (attention spoilers) va découvrir l’existence d’une entité entre numérique et chaire qui manipule le destin de l’humanité. Elle lui propose de le rejoindre et lui donne accès à des « pouvoirs » important, mais à quel prix pour lui et pour l’humanité… (fin de spoilers)

Pour le lecteur qui a déjà lu Vita Nostra, certains éléments de Numérique ne seront pas totalement une surprise, mais l’intrigue diverge et interroge d’autres éléments. Sans doute plus accessible, Numérique interroge avant tous notre rapport au monde numérique (TV, smartphone, Internet, etc.) et la manière dont ce dernier nous change, nous manipule et nous enchaine.

Mais le roman est plus que cela et est une vrai réussite aussi bien en terme d’intrigues, d’écriture que d’interrogations. La barre est placée très haute pour le dernier tome.