Les Filles du Fauche-Dragon de Ferric & McNeill

Pour la sortie du jeu de rôle Gods, l’éditeur Arkhane Asylum Publishing a envoyé aux souscripteurs du jeu (je ne sais même pas s’ils sont disponibles autrement) un roman de Franck Ferric & Graham McNeill et un recueil de courtes nouvelles (quelques pages chaques) des mêmes plumes avec la participation en plus de Justine Niogret et Bastien Lecouffe Deharme. Si les deux ouvrages ne sont pas indispensables, ils sont néanmoins d’une lecture fort agréable.

Ce qui caractérise l’univers de Gods, du Sword Fantasy âpre, c’est l’existence d’objets (souvent des armes) qui contiennent une fraction d’une des nombreuses divinités disparues depuis longtemps. L’autre caractéristique du monde, c’est la présence d’un empire (inspiré de la Rome antique) qui entend son emprise et propage le culte du Soleil noir, le dieu unique.

Le recueil de nouvelles propose de très courts textes (quelques pages seulement) qui sont autant de fenêtres sur un monde de Sword Fantasy. C’est, logiquement, court et bien écrit.

Les Filles du Fauche-Dragon est un roman qui suit la fuite vers l’ouest, dans une région sauvage, d’une jeune fille et de son frère, patricien de l’Empire, de leur garde du corps et d’un trio de femmes guerrières protectrices du royaume qu’ils traversent. La jeune fille transportant avec elle une épée rouillée à qui elle parle et qui lui répond. Le voyage sera mouvementé et pas tous les voyageurs en verront le bout.

Le Talent est une Fiction de Samah Karaki

Samah Karaki est une scientifique en neuroscience, elle utilise donc les différentes publications et découvertes issues de la recherche scientifique pour interroger un objet d’étude : le talent.

Et dans son ouvrage, Le Talent est une Fiction, Karaki cherche à comprendre ce qu’est le talent et comment un individu devient « talentueux ». Elle s’attaque donc également à un ensemble de construction social forte contenu dans ce que nous tous comme société considérons comme le talent (un gymnaste d’exception, un auteur prolifique, un musicien de génie, un peintre, un cuisinier, etc.).

Pour ce faire, elle s’appuie sur les différentes représentations du talent pour montrer que c’est avant tout une construction sociale et que, si les conditions sociales sont réunies, n’importe qui peut être talentueux.

En effet, les différentes études existantes montrent que les différences individuelles (biologiques) ont un effet négligeable sur le développement d’un talent particulier. Dans les bonnes circonstances (bonnes formations, aisance matérielle, connections, opportunités, états d’esprits, culture, structures sociales, etc.) n’importe qui peut développer un talent particulier, que cela soit en musique, peinture, sport, etc.

L’ouvrage explique en détail comment les différents éléments qui forment nos trajectoires de vie peuvent expliquer qu’une personne devienne talentueuse ou pas.

Au final, Le Talent est une Fiction est un ouvrage extrêmement intéressant qui mériterait, peut-être, une suite pour discuter des solutions, individuelles ou sociétales. pouvant favoriser la possibilité pour le plus grand nombre de se développer comme il le souhaite.

En attendant cela, je vais tenter une expérience propre et me mettre à la guitare, souhaitez-moi bonne chance.

Venomous Lumpsucker de Ned Beauman

Une petite décennie dans le futur, l’humanité est toujours occupée à détruire l’environnement et à réaliser du profit. C’est dans ce contexte que c’est développé une industrie de l’extinction des espèces avec un principe similaire aux crédits carbones : les crédits d’extinction. Toute entreprise qui élimine une espèce doit payer pour le faire, avec un coût en crédits plus important si l’espèce est déclarée « intelligente ».

Bien évidement tout cela sert surtout les intérêts des entreprises et à donner un vernis de bonne conscience à une opération minière, à la construction d’un centre de loisir ou à la réalisation d’une infrastructure de transport. C’est dans ce contexte que se déroule Venomous Lumpsucker, le roman suit Karin Resaint une biologiste qui étudie des espèces en danger afin de déterminer si elles sont « intelligentes » et Mark Halyard un cadre dans une entreprise minière qui revend les crédits de son employeur par dernière dans le but de réaliser un profit.

Resaint étudie une espèce de poisson, le Venomous Lumpsucker du titre, qu’elle va déclarer intelligente lorsqu’une gigantesque opération de piratage informatique va détruire l’ensemble des centres de préservations des espèces en danger. La région où le poisson se trouve a été minée par erreur, le prix des crédits s’envole et Halyard risque la prison pour avoir vendu des crédits qu’il n’a plus les moyens de racheter.

Tous deux, pour des motifs différents, vont alors se lancer dans une recherche désespérée d’un éventuel venomous lumpsucker qui aurait survécu. La traque de ce MacGuffin va être prétexte à se balader dans le nord de l’Europe et montrer ce qu’est le monde de 2030 avec à la clef la révélation des raisons du piratage.

Venomous Lumpsucker est un roman sympathique d’anticipation, mais qui ne révolutionne ni la réflexion sur les thématiques écologiques ni la littérature (de genre ou autre). Bref, au final, un roman qui « fait le boulot » et qui est agréable à lire mais sans plus.

Votre cerveau vous joue des tours de Albert Moukheiber

Dans ce court et intéressant livre, Albert Moukheiber décortique le fonctionnement du cerveau et met en évidence, avec l’aide des résultats de la recherche en pyschologie et neuroscience, les différents biais qui nous animent tous.

Dans Votre cerveau vous joue des tours le lecteur découvrira ainsi les nombreux biais qui nous animent et divers astuces et conseils pour réussir à mitiger leurs effets dans notre vie quotidienne de citoyen et d’individu. Une lecture très intéressante et accessible.

Abeni’s Song de P. Djèlí Clark

Abeni’s Song est le premier tome d’une série de Fantasy d’inspiration africaine de P. Djèlí Clark.

Abeni est une jeune fille d’une douzaine d’années lorsque son village est attaqué par les troupes de roi-sorcier et détruit. Les adultes survivants sont capturés et emmenés pour être vendus aux « bateaux-fantômes », les enfants sont ensorcelé par une envoutante mélodie jouée par un homme au masque de bouc…

Abeni ne doit la vie sauve que grâce à la vielle « sorcière » qui protège depuis toujours son village. Débute alors pour elle une vie étrange dans une maison magique aux multiples portes et pièces. Mais dans son cœur, Abeni conserve l’envie de retrouver ses amis et sa famille et de comprendre pourquoi son village a été détruit.

Alors, lorsque la « sorcière » est attaquée par un suppôt du roi-sorcier, Abeni part en quête de sa famille avec pour allier des esprits rencontrés en chemin…

Abeni’s Song propose une histoire de Fantasy assez classique avec une enfant qui grandit dans les épreuves et les amitiés rencontrés en chemin. Mais le texte est bien écrit et l’inspiration africaine donne au tout une teinte un peu différente des habituels Fantasy inspirées des mythes européens.

Slayers: A Buffyverse Story

Cette pièce radiophonique de huit heures raconte une histoire se déroulant dans l’univers de Buffy (une décennie près les séries TV, lorsqu’il y a de multiples tueuses) avec une partie des acteurs de la série original.

Le pitch : la tueuse d’un univers parallèle (Cordelia Chase) vient dans notre univers afin de trouver de l’aide pour lutter contre Drussila qui, avec l’aide de la sorcière Tara corrompue, cherche un moyen magique de protéger les vampires contre la lumière du soleil.

Arrivée dans « notre » monde grâce à la magie de Anya, la tueuse Cordelia retourne dans « son » Sunnydale avec Spike, le démon Clem, la jeune tueuse Indira et Giles. Là, séparé, le groupe tente de sauver la situation alors que les allégeances de Spike semblent devenir fluctuantes.

Slayers: A Buffyverse Story propose à la fois une nouvelle histoire et un nouveau contexte en déplaçant l’histoire dans un univers parallèle (et accessoirement cela permet d’expliquer l’absence de personnages clefs dont les acteurs ne sont pas impliqués dans l’histoire proposée). La pièce m’a plus et est fort sympathique. La fin laisse entrevoir la possibilité d’une suite qui pourrait s’annoncer très interessante.

Protectorats de Ray Nayler

Recueil de quatorze nouvelles, dont la majorité inédites en français, Protectorats de Ray Nayler a été concu pour cette édition française sans équivalent en anglais. De fait, le choix des nouvelles et leurs agencements a été réalisé d’une main de maître par Elle Herzfeld et Dominique Martel ce qui donne une très forte cohérence au recueil et au cheminement de lecture qu’il provoque.

Les nouvelles en elle-même se déroule presque toute (probablement toute mais pour certaines un doute est possible) dans la chronologie uchronique des Protectorats. La découverte, en 1938 par les Américains, d’une soucoupe volante écrasée sur Terre va transformer radicalement le destin de l’humanité avec le développement rapide de nouvelles technologies et l’émergence, à terme, de Protectorats, dont celui d’Istanbul est le cadre de plusieurs nouvelles.

De là, Ray Nayler propose des nouvelles se déroulant proche de notre présent ou dans un futur lointain où l’humanité explore les étoiles (en projetant la conscience des explorateurs dans l’espace qui occupe ensuite un corps envoyé en avance pour eux à destination).

Les différentes nouvelles, qui vont de bonne à magistrale, explorent souvent des questionnements liés à la conscience, la mémoire, l’extension de la durée de vie, ce qui fait l’humain.

Bref, au final, Protectorats est un excellent recueil ; de ceux qui vous font dire « mais pourquoi n’ai-je pas découvert cet auteur avant.

La Mer de la Tranquillité de Emily St. John Mandel

La Mer de la Tranquillité, que j’ai audio-lu en VO, est un roman de voyage dans le temps.

Un homme, né dans une des colonies lunaires, enquête à plusieurs époques sur une anomalie temporelle qui semble, pour un bref moment, se faire rencontrer plusieurs époques. Pour ce faire il se rend, depuis son 2401 natal, à différent point dans le temps afin de rencontrer les différents protagonistes qui sont lié à cette anomalie.

Le roman multiplie ainsi les points de vu entre personnages (le voyageur temporel, un violoniste, une écrivaine, un noble exilé, une jeune femme) et époques (la lune en 2401, la terre du XXIIé  siècle, l’an 2020 et le début du XXé siècle. 

Le tout formant un classique, mais sympathique et bien écrit roman qui explorent les thématiques de boucles temporelles, de la nature de la réalité (hypothèse de la simulation) et des pandémies (thème qui revient plusieurs fois dans le roman). Au final donc, La Mer de la Tranquillité ne renouvelle peut-être pas le thème du voyage dans le temps (comme l’annonce le quatrième de couverture francophone) mais propose une solide variation sur un thème classique.

Le Conte de l’Assassin de Jean-Philippe Jaworski

Second tome, après Le Tournoi des Preux, de la trilogie Le Chevalier aux Épines, Le Conte de l’Assassin place le récit du côté de l’ambassade de Ciudalia auprès du duc de Bromael. Plus précisément, le narrateur du récit est l’assassin Benvenuto (déjà narrateur de Gagner la Guerre) qui est chargé d’accompagner l’ambassade et de se mettre au service de la seconde épouse du duc, fille de son patron le dirigeant de Ciudalia.

L’histoire narrée rejoint, au milieu du récit, la fin du roman Le Tournoi des Preux. Le Conte de l’Assassin permet donc au lecteur de savoir si que ce passe dans le « camp » du duc durant le premier roman. Puis, dans la seconde partie, Benvenuto traverse les anciennes terres de Léomance afin d’éliminer l’ancienne duchesse fraichement délivrée du couvent où elle était prisonnière.

Le roman, toujours écrit avec brio et érudition, pourrait se résumer en deux assassinats ratés, contre toute attente, par un des meilleurs assassins de son époque. C’est aussi une balade, peut-être parfois un peu longuette, et un second acte qui annonce un final tendu et violent.

A Day of Fallen Night de Samantha Shannon

Préquel au Prieuré de l’Oranger, Un Jour de Nuit tombée (titre de la traduction française du livre que j’ai audio lu en VO) se déroule plusieurs centaines d’années avant le Prieuré alors que la puissance du feu (une des deux forces, avec l’eau, du monde) prend le dessus et que des dragons menacent le monde.

Le lecteur est invité à suivre les parcours de plusieurs protagonistes : Tunuva Melin, un soeur du Prieuré de l’Oranger qui garde le monde contre la menace des dragons et qui, à l’aube de ses cinquante ans, va devoir faire fasse à l’arrivée de dragons (ce qui n’était plus arrivé depuis des siècles) et d’une mystérieuse femme qui sait où est son fils disparu depuis vingt ans.

Glorian est l’héritière du reinaume d’Inys. Ayant grandit à l’ombre de sa mère, reine puissante et respectée, elle va devoir faire face à de grands défis alors que le reinaume est sur le point de faire face à une menace inédite.

Wolf est un jeune homme du reinaume d’Inys, orphelin recueilli et élevé par un noble, et donc noble lui aussi, il va devoir faire également face a des défis de taille et devenir, peut-être un pont, entre deux mondes très différents.

Finalement, Dumai a été élevé dans un temple lorsque, à vingt-six ans, elle se découvre fille de l’empereur et héritière d’un trône qui vacille sous les assauts d’une famille noble puissante. Alors qu’une menace de feu s’approche, elle réveille les dragons d’eau et se lance dans une course contre la montre pour sauver son royaume.

Ces quatre fils narratifs, qui parfois se croisent, forment une trame riche dans laquelle se développe une histoire épique d’un chapitre tragique de l’histoire du monde du Prieuré.

J’ai apprécié ce gros roman de Fantasy, même si je lui ai trouvé quelques longueurs et, à la fin de ma lecture, un sentiment de « tous cela pour ça ».