Everything inside : Stories de Edwige Danticat

Nouveau recueil de nouvelles de Edwige Danticat, Everything inside : Stories propose huit nouvelles se déroulant entre Haïti et États-Unis et qui mettent en scène des Haïtiens vivants ou ayant vécu aux États-Unis.

Le point commun entre les différentes nouvelles du recueil est la mort qui rode, que cela soit sous la forme d’un enlèvement d’une femme, d’une jeune fille malade du Sida, d’un ouvrier tombant d’un échafaudage, etc.

Les nouvelles mettent aussi au centre les liens compliqués entre les deux cultures dans lesquelles vivent les protagonistes : premier monde et tiers monde, chez soi et chez l’autre, ceux qui sont partis, ceux qui sont restés et ceux qui sont revenus, etc.

L’écriture de Danticat fait mouche et son talent pour mettre en avant la singularité et l’universalité de l’expérience des migrants font de ce recueil une réussite. A titre personnelle les deux nouvelles clôturant le recueil, tirant d’avantage vers l’Imaginaire et qui mettent en scène un voyage dans une île des Caraïbes typique pour la première et la chute d’un ouvrier migrant d’un échafaudage de chantier, sont mes préférées.

Une cosmologie de monstres de Shaun Hamill

Audio-lu en anglais, Une cosmologie de monstres de Shaun Hamill est un roman qui est sortit il y a peu dans la langue de Stephen King dans celle de Bordage. Il ‘s’agit d’une saga familial matinée de fantastique sur laquelle plane l’ombre de Lovecraft.

Le lecteur suit des morceaux de l’histoire de la famille Turner : Un père fan de littérature fantastique et de comics mort d’une tumeur au cerveau, une mère d’une famille aisée ayant tourné le dos à sa famille pour épousé l’homme qu’elle aime, une grand-mère internée car parfois victimes de délires psychotiques, une sœur ainée a l’adolescence difficile qui idole son père décédé, une seconde sœur très bonne élève, enfant modèle en proie à la dépression et Noah, le plus jeune, le narrateur qui n’a pas connus son père et qui voit une créature fantastique dès le plus jeune âge qui devient son ami….

La famille vit de l’exploitation d’une maison hantée et semble trainé un lourd secret, un monstre qui tourmente tour à tour chaque membre de la famille mais dont personne ne parle et que seul Noah semble vouloir/pouvoir approcher sans risques.

Une cosmologie de monstres est certes un roman fantastique, mais c’est avant tous l’histoire d’une famille frappée par le deuil, les non-dits, la dépression … Le tout vu par les yeux du cadets qui, au départ du moins, n’a pas les mots pour comprendre ce que sa famille vit.

En version audio du moins, le livre est saisissant et m’a beaucoup plus. Il n’y a pas de moment où l’émotion m’a pris à la gorge, par contre Une cosmologie de monstres fait honneur à la tradition de la littérature fantastique d’utiliser le mystérieux, le monstrueux, l’inconnue, le dangereux pour aborder des problèmes de la vie en les sublimant.

Chiens de guerre

Le futur proche, après avoir tenter d’utiliser des robots et IA pour faire la guerre, les états ont choisis les bioformes, animaux modifiés pour combattre.

Au Yucatan Rex est un bon chien, à la tête d’un escadron expérimental, car composé de plusieurs animaux (un ours, un essaim d’abeilles et un crocodile), il combat pour son maitre les ennemis. Rex est un bon combatant, un bon leader, un bon chien, il sait comment rendre son maître heureux.

Alors quand il se retrouve coupé de son maître, à même de prendre ses propres décisions et que son maître tente de cacher des crimes de guerre tous change pour lui…

Chiens de guerre débute comme un roman de guerre narré par Rex, avec certains passages donnant voix à d’autres protagonistes, pour évoluer vers un roman qui décrit une singularité possible : l’émergence et l’acceptation ou le rejet par l’humanité d’intelligences autres.

Dans ce sens Chiens de guerre est un roman très malin, bien construit et qui sur une proposition “simple” développe une réflexion sur l’intelligence. Il a en plus le mérite de ne pas s’étendre sur des pages et des pages. Audio lu en VO, la version française sort ces jours chez Lunes d’encre.

Turning darkness into light

Se déroulant plusieurs décennies après la série des mémoires de Lady Trent (une suite de romans de Marie Brennan présentant les aventures d’une naturaliste étudiant les dragons dans un monde de low Fantasy faisant penser à notre monde de l’époque victorienne), Turning darkness into light suit une des deux petits filles de Lady Trent, Isabella Camherst, linguiste spécialisée dans le draconique ancien dans son travail de traduction d’un ensemble de tablettes anciennes présentant un mythe de création du monde de la civilisation disparue des draconiens.

Isabella est engagée pour réaliser cette traduction par un riche collectionneur, mais pas amateur d’histoire, Lord Gleinheigh. Il a trouvé les tablettes lors d’une expédition dans une zone peu réputée pour ses vestiges. Alors qu’Isabella débute sa traduction elle ne se doute pas qu’elle devra naviguer en terrain miné. En effet, une conférence sur l’avenir des derniers draconiens doit se tenir dans peu de temps et des tensions de plus en plus vive émergent entre amis des draconiens et groupuscule prônant l’humanité d’abord.

Le roman est formé d’extrait de journaux intimes, d’échange de lettres, d’extraits de presse et, au fur et à mesure que la traduction avance, des tablettes elles même. Le tout forme un roman très bien construit et haletant qui n’appelle pas à une suite.

A titre personnel j’ai beaucoup aimé Turning darkness into light que j’ai audio-lu. Je trouve que de l’ensemble des romans de Brennan se passant de le “monde de Lady Trent” c’est de loin le meilleur en terme d’ambiance et de rythme.

Anatèm

Publié en un tome en anglais (langue dans laquelle je l’ai audio-lu), et deux tomes en français, Anatèm est un épais roman de Neal Stephenson.

Il suit, dans un monde qui pourrait être le notre dans un futur indistinct mais qui ne l’est pas, les pérégrination de Fraa Erasmas un “moine” vivant dans la congrégation de Saunt-Edhar qui va être confronté a un événement à même de changer la conception du monde et les structures de pouvoir de son époque.

Difficile d’en dire plus sur l’intrigue sans gager ensuite tous plaisir de la lecture tant la question de la compréhension de ce qui se passe est centrale à l’intrigue. Par contre, je peux dire sans risque que ce roman, malgré parfois des passages de discussion philosophique un peu long, est un vrai bijou.

Stephenson créé une civilisation divisée entre un monde profane qui vit et évolue continuellement et un monde monastique basé sur la philosophie et les mathématiques (et donc non sur la vénération d’une divinité) qui vit avec ses propres règles et coutumes. L’utilisation d’un vocabulaire inventé, un peu déroutant au début mais qui devient de plus en plus naturel au fil de la lecture, est un vrai plus qui donne de la profondeur au roman.

Bref Anatèm est un excellent roman qui allie réflexion philosophique, création de monde et aventure de manière heureuse.

Terminus

Nous sommes en 1997 aux Etats-Unis, le gouvernement a, depuis les années 80, des missions en espace profond. Ce qui est moins connus du public c’est que le même procédé qui permet d’explorer les étoiles est aussi utilisé pour explorer des futurs possibles. De nouvelles technologies ont pu ainsi être développé plus tôt, mais, secret d’état, il a été aussi découvert que la fin de l’humanité est sur l’horizon, le Terminus, et qu’elle se rapproche.

Dans ce contexte, Shannon Moss du NCIS, ancienne marine ayant voyagé dans l’espace et le temps, et contemplé Terminus, est appelé pour enquêter sur un meurtre sordide d’une famille américaine. Seul problème, le suspect principal, le père de famille, est un ancien marine ayant voyagé dans le temps et supposément perdu en mission comme le reste de l’équipage du vaisseau d’exploration dans lequel il servait….

Commence alors une enquête entre présent, 1997, et futurs possibles dont les ramifications sont bien plus importantes que ce que Shannon peut imaginer.

Terminus est ainsi un thriller de science-fiction mâtiné de fantastique/horreur brillant. Entre les implications vertigineuses de l’enquête et des retours entre présents et futurs possibles qui posent des mises en abimes de l’intrigue, Terminus est un petit bijou.

Bonheur TM

Bonheur TM est un roman d’anticipation tirant vers le Cyberpunk et la dystopie. Il suit les enquêtes de deux inspecteurs de police de la section “crime à la consommation”.

Dans le futur de Bonheur TM les technologies permettes à l’humain de s’améliorer physiquement (par des implants cybernétiques, des produits chimiques, des opérations, etc), il peut aussi avoir des androïdes à son service ou s’offrire des programmes d’assistant virtuel très performants. Mais le plus important il peut être heureux, car le bonheur est un droit. Et le bonheur passe par la consommation, après tous tout est monétisable et monétiser. Ne pas consommer est d’ailleurs un crime grave et avec l’aide de sponsor personnel, dont on prend le nom, il est très aisé de consommer afin d’être heureux…

Jean Baret propose ici un roman percutant où la quête insatiable du bonheur passe par un monde où consommer est le mot d’ordre et où le doute n’est pas permis, voir pas légale….

Mêlant une histoire glauque, des personnages malsains et des répétions dans le texte bien maitrisée, Bonheur TM plonge dans le côté le plus sombre de la psyché humaine et son culte du soi et du bonheur personnel.

Un roman très réussi mais qui met mal à l’aise tant il tape juste dans ce que l’humaine à de plus mauvais.

Gideon the Ninth

Un empire spatial dirigé par l’Empereur Dieu immortel et divisé en neuf maisons de nécromanciens mènent une guerre millénaire. L’empereur a besoin de nouveau généraux immortels, les lyctors, il demande donc à chaque maison d’envoyer un nécromancien et son garde du corps, son cavalier, dans le complexe de la planète morte appartenant à la première maison; là où l’Empereur et ses lyctors sont devenus immortels il y a de cela de nombreux millénaires.

Là, la règle est simple : interdiction d’entrer dans une pièce fermée à clef sans avoir trouvé la clef. C’est dans cet ambiance étouffante et pleine de dangers potentiels que les représentants des maisons vont devoir affronter des épreuves nécromantiques pour tenter de devenir lyctors.

Évidement rien n’est simple et la plupart des représentants cachent leurs motivations et de dangereux secrets. C’est dans ce contexte que Harrowhark Nonagesimus l’héritière de la neuvième maison, celle qui garde le tombeaux qui ne doit jamais être ouvert, ce rend sur la planète de la première maison avec Gideon comme cavalière. Gideon est une orpheline, guerrière qui ne souhaite qu’une chose : quitté la neuvième maison pour s’engager dans l’armée. Elle a grandi comme seule enfant de la neuvième maison avec Harrowhark et sa haine de la nécromancienne est énorme.

La paire bien mal assortie devra apprendre à coopérer si elle espère survivre aux épreuves de la première maison.

Gideon the Ninth est un roman qui présente un univers séduisant entre technologie et nécromancie. Le lecteur se retrouve a tourner les pages du roman pour savoir comment tous cela va se finir et quels secrets cachent chacun. Hélas, l’histoire se perd en tours et détours et oscille entre moment où l’on se demande quand il va se passer quelque chose et de moments de nombreuses révélations.

Au final Gideon the Ninth, premier tome d’une trilogie, a plein d’atout mais souffre d’un rythme inégal et d’un style manquant de fluidité.

The Nobody People

États-Unis de nos jours, Avi, un reporter de guerre qui a perdu sa jambe, enquête sur deux attentats étranges. Rapidement il va être contacté par un groupe d’individus qui se présentent comme des résonants. Des êtres humains ayant de naissances des habilités particulière : télékinésie, génie des inventions, télépathies, pyrokinésie, etc. Ils veulent qu’Avi révellent au monde leur existence; le fait que la fille d’Avi soit elle aussi une résonante, et probablement une très puissante, n’est pas étrangère à leur choix.

De ce point de départ, Bob Proehl propose un roman aux nombreuses trames narratives qui suit la manière dont les États-Unis découvrent l’existence des résonants et répondent à cette découverte. The Nobody People a clairement comme inspiration principale les X-Men et les différentes sagas mutantes de Marvel. Le lecteur ne pourra que reconnaitre chez Bishop, le télépathe chef des fils des résonants et directeur d’une école pour eux, et ses anciens élèves qui collaborent avec lui, Charle Xavier et les premiers X-men. Par contre point ici de super-héros en costume ou de vigilants faisant régner leur loi dans les rues.

Le roman reprend également plusieurs thématiques développées chez Marvel : naissance d’une nouvelle subculture/race, peur de l’autre, résistance pacifique ou armée, racisme, camps gouvernementaux, etc.

En suivant plusieurs personnages (Avi et sa femme, Bishop et ses proches, la volée de terminale de l’école, des terroristes résonants) Proehl propose un roman complexe mais riche. En plaçant également son histoire sur plusieurs années, il montre l’évolution de la situation et la manière dont les fronts d’une lutte que l’on sent de plus en plus inéducable se forment.

Le roman se termine sur une situation de guerre civile imminente en laissant plusieurs mystères et questions sans réponses, une suite semble indispensable à cet excellent roman.

Le roman de Jeanne

En s’inspirant de figures historique, Lidia Yuknavitch propose un récit futuriste apocalyptique en trois actes qui suivent la fin de l’humanité et sa possible renaissance.

Alors que la Terre n’est plus qu’un espace stérile et mourant, dans le ciel le reste de l’humanité, sous les ordres de Jean de Men, réduite à des albinos stériles et asexués survit en pompant ce qui reste de ressource de notre planète. Christine Pizan est une artiste, elle est passée maître dans l’art de scarifier les tissus. Dans un acte de défiance face au pouvoir de Jean de Men, qui a fait condamné à mort l’homme qu’elle aime, elle décide de mettre en place une grande fresque retraçant l’épopée de Jeanne, la mystérieuse jeune femme qui semble être au centre de ce qui a détruit la Terre.

Parallèlement à cela, le lecteur découvre peu à peu la vie de Jeanne, une petite fille qui se retrouve habitée par une étrange lumière bleu qui lui permet de communier avec la planète. En plus de lui donner de grands pouvoirs, cette lumière est la clef de la fin de la vie et peut-être de son renouveau.

Habillement écrit en trois actes, Le roman de Jeanne aborde bon nombre de thématiques “à la mode” : écologie, culture, genre, etc. Le tout formant un roman que je qualifierai de sous-Bordage (les thématiques de Bordage, l’improbabilité de certains ressorts narratifs mais sans la magie de l’écriture de ce dernier) qui est passablement indigeste.