The book of dragons

Cette anthologie centré sur les dragons proposes une trentaine de textes (nouvelles et poèmes)  traitant de ces créatures mythiques.

Sans détailler l’ensemble des textes, je l’admet cette chronique sera très, trop, courte, je peux néanmoins vous dire que l’anthologie vaut le détour. La majorité des textes vont du bon au très bon, et le nombre de textes qui m’ont moins plus est très faible.

Les différents auteurs proposent des textes de fantasy, mais également de science-fiction d’anticipation ou de fantasy urbaine. La figure du dragon est de plus utilisée parfois dans une acceptation plus métaphorique. Bref, The book of dragons est une bonne anthologie thématique que je ne peux que vous conseiller.

PS : un petit mot pour ceux qui ont apprécier Passing Strange de Ellen Klages, une des nouvelles de l’antho se passe à San Francisco et voit passé une des personnages de la novella (une histoire d’entrée dans l’âge adulte où Terremer de Leguin joue un rôle importe).

[TAG] Les incontournables (récents) en SFFF

Une petite liste estivale regroupant une dizaine de titres “incontournables” en Imaginaire récent, c’est-à-dire paru en VO avant 2000; c’est le défis lancé par Vert sur son blog. Et comme une petite liste c’est toujours sympathique, je m’y colle aussi.


Après le problème des listes c’est qu’on oublie toujours un livre et qu’on veut toujours en mettre plus; et du coup je ne ferais pas exception en proposant une grosse liste. Mais bon pour ne pas à voir l’aire de trop tricher je vais la diviser entre Fantasy et reste de l’imaginaire; la Fantasy ayant une place à part dans mon cœur de lecteur cela me permet de tricher avec “élégance” (ou essayer du moins).

Un dernier mot avant la liste : c’est du 100% subjectif et si je devais en refaire une demain ou dans une semaine elle serait sans doute différentes.

Fantasy

Les contes de la tisseuses / Musiques de la frontière de Léa Silhol. J’aime beaucoup les écrits de Silhol et je trouve qu’elle est à son meilleur niveau dans les nouvelles. Ces deux recueils sont non seulement bien écrits mais super interessant : l’un est une ré-écriture des mythes, l’autre un recueil d’Urban Fantasy : pour moi un combo gagnant.

Le sentier des astres de Stefan Plateau une serie de Fantasy en court d’inspiration nordique et indienne qui bénéficie d’une très belle écriture.

Des nouvelles du Tibbar de Timothée Rey. Un recueil des nouvelles dans un monde de Fantasy loufoque. C’est très bien écrit et très drôle.

Le cycle de La terre fracturée de N. K. Jemisin. Une trilogie brillante, froide et violente qui propose à la fois un monde original, une histoire interessante et un système d’oppressions glaçant de réalisme.

Janua Vera de Jean-Philippe Jaworsky impose en quelques nouvelles un style exigeant et une voix forte.

Le cycle Le bâtard de Kosigan de Fabien Cerutti est une Fantasy historique, ou plutôt dans la “vraie version” de l’histoire, qui est aussi bien écrit que agréable à lire.

Perdido Street Station de China Miéville est un gros roman qui redéfinit quasiment tous ce que l’on peut attendre d’un roman de Fantasy; pour le coup parler d’un roman “original”, qui n’oublie de plus pas d’être passionnant, est justifié.

Un pont sur la brume de Kij Johnson est une novella simple et humaine sur les changements apporté par la construction d’un pont.

La brève et mystérieuse vie d’Oscar Wao de Junot Diaz est un roman de réalisme magique qui synthétise à merveille l’expérience du geek et de l’immigrant.

Finalement un recueil bonus où je triche beaucoup. En effet Kalpa Imperial de Angelica Gorodischer est sortit au début des années 80 (pas donc un incontournable récent) et est un recueil de nouvelles qui appartient pour moi à ce qui s’est écrit de meilleur dans le genre. Mais voila, il n’est sortit en français qu’en 2017, donc vu son importance et le fait qu’il n’était pas accessible au lecteur francophone avant je triche !

Autres incontournables de l’imaginaire

Anatèm de Neal Stephenson est un gros roman dont l’écriture joue sur le langage et qui propose un futur différent où les ordres monastiques ne sont pas religieux mais scientifique.

Serpentine de Mélanie Fazi est un recueil de nouvelles fantastiques. Chaque texte est un petit bijou.

Mes vrais enfants de Jo Walton est une double uchronie tout en sensibilité qui suit les deux vies possibles d’une femme anglaise dans deux mondes qui évoluent différemment.

The Trees  de Ali Shaw n’a malheureusement pas été traduit en français. C’est un roman post-apocalyptique où l’apocalypse est l’apparition soudaine d’une forêt recouvrant le monde. L’histoire d’une poignée de survivant est à la fois onirique et passionante.

Before Mars de Emma Newman fait partie d’une série de quatre romans de science-fiction  (à ce jour), dont deux traduits en français, qui ont la particularité de traiter avec brio de problèmes mentaux.

Existence de David Brin est un roman d’anticipation qui s’interesse à donner une réponse possible au paradoxe de Femi sur la vie extraterrestre, le tout en proposant une histoire interessante.

Terra Ignota de Ada Palmer est une tétralogie en cours de publication qui présente un XXVe siècle fasciné par les lumières. Une histoire d’abord exigeant qui ne plaira pas à tous le monde, mais c’est brillant.

The Deep de Rivers Solomon

Court roman / novella de Rivers Solomon, mais aussi projet transmédia avec une chanson (que je ne suis pas allé écouter je l’avoue), The Deep narre un pan de vie de Yetu une sirène (enfin cela y ressemble beaucoup).

Le peuple de Yetu est sont les enfants des esclaves enceintes jetées par dessus bord des bateaux les transportant d’Afrique en Amérique. Le poids du passé étant si lourd à porter que seulement une personne de ce peuple porte la mémoire de tous : Yetu est cette personne.

Mais Yetu veut retrouver son innocence et fuit laissant son peuple avec le souvenir de son histoire tragique. Le reste est l’histoire à la fois d’un peuple et d’une jeune femme qui doit apprendre à vivre avec son origine tragique. Le résultat est une novella belle et triste à la fois dont la sortie français est prévu à la rentrée.

Contes et récits du Paris des merveilles

Proposant six nouvelles se déroulant dans l’univers du Paris des merveilles de Pierre Pevel, Contes et récits du Paris des merveilles est un sympathique recueil qui ouvre l’univers de Pevel à d’autres plumes.

Deux nouvelles du recueil sont de Pevel lui même et reprennent les personnages des romans (l’une d’entre elle est inédit il me semble alors que l’autre avait déjà été publié), les quatre autres nouvelles (de la plume de Catherine Loiseau, Bénédicte Vizier, Sylvie Poulain et Benjamin Lupu) sont également très biens.

Reprenant des personnages secondaires des romans ou de nouveaux personnages, toutes les nouvelles sont des histoires d’enquêtes ou de cambrioles mettant en scène Paris et la part de magie qui y est présente depuis la révélation de l’existence des mages et de la Féerie.

Un bien beau recueil qui devrait en amené d’autres.

The other animals une anthologie

The other animals est une anthologie, disponible pour l’instant seulement sous format audio, de huit nouvelles, sous la direction de Rachel Hamburg. Les huit nouvelles proposées, par Ken Liu, Daniel Mallory Ortberg, R. Eric Thomas, Lulu Miller, Shruti Swamy, Max McClure, Kaeli Swift, et Kelly Weinersmith proposent de suivre le point de vu d’un animal.

L’ensemble est plaisant à audio-lire avec des nouvelles qui vont du sympathiques à l’excellents. Le passage du point de vu d’un animal (cela va de l’insecte, en passant par le parasite, l’oiseau ou encore le scorpion) est parfois déroutant mais le résultat final est fort sympathique.

Si vous comprenez l’anglais et que le format audio vous attire je ne peux que vous inviter à y jeter une oreille.

Légendes des Nephilim

Né d’une levée de fond pour la nouvelle édition du jeu de rôle Nephilim, Légendes des Nephilim est un recueil de cinq nouvelles mettant en scène ces esprits élémentaires venus du fond des âges condamnés à occuper des corps humains et qui sont à la recherche de connaissances ésotériques pour retrouver leur forme originel.

La perspective de ce recueil de nouvelles me réjouissait et je dois dire qu’au final je suis très mitigés du résultat.

Cinq nouvelles donc qui sont profondément inégal aussi bien en style qu’en qualité. Bien au dessus de toutes les autres ont retrouve Fabien Clavel avec une nouvelle reprenant les personnages de son cycle de l’hepta parus il y a quelques années chez Mnémos, personnages qui combattent à nouveau les R+C, leur ennemis de toujours.

La nouvelle de Tristan Lhomme mettant en scène une Selenim est également très sympathique et fleure bon le terroir. Ensuite Nicolas Le Breton propose une balade mystique, un peu onirique à Lyon; une nouvelle bien écrite mais que j’ai trouvé par moment un peu confuse, ésotérique même (ce qui d’une certaine manière est dans le thème….).

Finalement deux nouvelle anecdotiques : une sur la transformation d’un Nephilim en Selenim de Yoann Berjaud et le retour de personnage d’une ancienne trilogie, Le chant de la Terre, parue au début des éditions Mnémos, pour une petite nouvelle.

Au final donc, Légendes des Nephilim est un recueil globalement dispensable, qui plaira aux connaisseurs du jeu de rôle et dont la nouvelle de Clavel prolonge ses romans sur les Nephilm de fort belle manière.

Forward une anthologie

Forward est une anthologie de six nouvelles, parues en numérique et en version audio (mon choix de lecture pour cette anthologie), qui propose des visions du futurs. Globalement les différentes nouvelles vont du sympathique au brillante.

“Ark” de Veronica Roth suit une scientifique qui catalogue des plantes pour les vaisseaux arches qui évacuent la population terrienne alors qu’un astéroïde s’approche inexorablement de la Terre. Parmi le dernier contingent humain sur la planète elle va découvrir une nouvelle espèce de fleur et en apprendre plus sur elle même. Une histoire prenante sur ce que cela veut dire d’être humain et l’importance des petites choses.

“Summer Frost” de Blake Crouch suit l’évolution d’un PNJ dans un jeu informatique qui devient conscient, et d’un développeur qui suit ses progrès. Là aussi une nouvelle sur ce que cela signifie d’être “humain”.

“Emergency Skin” est encore une brillante nouvelle de N. K. Jemisin. Elle suit une mission d’un descendant d’humain ayant fuit la Terre qui doit y retourner afin d’y récupérer un composant vital pour la survie de sa planète. Protéger par une combinaison équipée d’une IA, l’explorateur va découvrir que la Terre n’est pas si morte que cela et ceux qui l’on fuit ne sont pas les héros qu’il pensait. Une nouvelle qui propose une jolie réflexion avec humour.

“You have arrived at your destination” de Amor Towles suit un homme se rendant dans une clinique d’aide à la conception d’enfant qui propose une expérience en immersion de ce que pourrait être la vie du futur enfant basé sur la génétique et ses parents : un futur tous tracé ou bien une manipulation ?

“The last conversation” de Paul Tremblay suit un homme qui se réveille sans mémoire dans une pièce d’hôpital (?) et qui peut à peut va, avec l’aide de sa thérapeute, retrouver la mémoire. Mais est-ce que c’est bien la vérité et qu’est-ce que l’identité d’un individu. Une nouvelle glaçante.

“Randomize” de Andy Weird se déroule à Las Vegas dans le monde des machine à sous et sur un ordinateur quantique qui protège par son algorithme la sécurité des tirages. Le système est inviolable, mais l’est-il vraiment. Une sympathique nouvelle qui va moins sur la réflexion de ce qu’être humain mais plus sur l’impact des développements de l’informatique sur une activité humaine : les jeux d’argent.

Utopiales 2018

Comme chaque année avec l’automne, un des grands raouts du monde de l’imaginaire revient : les Utopiales.

Ayant lieu à la cité des congrès à Nantes du mercredi 31 octobre au dimanche 4 novembre (avec une journée réservée aux étudiants le lundi 5 novembre), l’événement propose moult conférences, des expositions, des projections de films, du jeux de rôle et de sociétés, une librairie d’imaginaire montée pour l’occasion ( la plus grande de France sur le genre)…

C’est à la fois l’occasion de s’instruire mais aussi celui de croiser plein de gens et de passer pas mal de temps au bar (cela tombe bien cette année il y en aura un de plus).

Bref j’y serais du jeudi au dimanche matin et j’espère passer un bon moment.

Le thème de cette année est Le Corps dans toutes ses dimensions (physiques, virtuels, sociales, psychologiques, etc.). De quoi donner lieux à des conférences et tables rondes interessantes.

Des invités en pagailles, dont des auteurs “internationaux” tel que Steven Erikson, Andreas Eschbach, Kij Johnson, Christopher Priest, John Scalzi, Karin Tidbeck, etc.. Et de nombreux auteurs francophones. La liste complète se trouve sur le site des Utopiales.

Venez si vous pouvez, sinon guetter le site de ActuSF qui mettra sans aucuns doute en ligne les enregistrements des conférences.

La cinquième saison, de NK Jemisin, Prix Planète-SF 2018

Comme certains le savent peut-être je suis membre du jury du Prix Planète-SF des blogueurs.

Et le prix 2018 vient d’être attribué. Avec une short liste alléchante, le choix de cette année a été cornélien.

Mais aussi difficile que le choix ait pu être, il a bien fallu choisir; et c’est N. K. Jemisin, déjà auréolée de nombreux prix (dont trois Hugos, une première) qui a eu notre faveur en gagnant le prix 2018 avec La cinquième saison.

Voici le communiqué officiel :

Le jury PSF a délibéré le lundi 10 septembre. Il a décidé d’attribuer le Prix Planète-SF 2018 à La cinquième saison, de NK Jemisin.

Choisir est de tous les actes l’un des plus douloureux, car choisir c’est renoncer. Renoncer à cette autre chose qu’on voulait pourtant aussi, chasser cette autre chose hors de la lumière de l’intérêt manifesté et la renvoyer dans l’obscurité des potentialités non réalisées.

De ce point de vue, la délibération 2018 a sans doute été la plus douloureuse de toute l’histoire du Prix Planète-SF.

Quatre livres étaient en lice ; quatre livres qui tous, chacun pour une raison différente, méritaient de gagner. Méritaient de gagner, ce qui signifie, d’abord « méritaient de ne pas être éliminés lors de la délibération ».

Mais il ne peut en rester qu’un, et, phase de vote après phase de vote, la shortlist fut réduite par le jury jusqu’à son essence primordiale. A la fin ne restait plus que La cinquième saison, premier tome de la trilogie de La Terre fracturée de N.K. Jemisin.

La cinquième saison, de N. K. Jemisin. Un livre mémorable. Prix Hugo 2016, Prix Sputnik 2016, nominé Nebula et World Fantasy. Un palmarès impressionnant, confirmé par les Hugo 2017 et 2018 obtenus par les tomes 2 et 3 de la trilogie. Trois Hugo consécutifs pour les trois tomes d’une trilogie, c’est une première historique.

Les jurés du Prix Planète-SF auraient pu vouloir se démarquer de la clameur générale. Ils auraient pu considérer que Mme Jemisin avait une notoriété à laquelle ils ne pouvaient plus rien ajouter. Ils auraient pu vouloir se distinguer d’un Hugo que son caractère grand public rend parfois sensible aux emportements du moment.

Mais, Rousseau l’écrivait lui-même il y a deux siècles : « la volonté générale est toujours droite & tend toujours à l’utilité publique…Si, quand le peuple suffisamment informé délibère, les Citoyens « n’avaient » aucune communication entre eux, du grand nombre de petites différences « résulterait » toujours la volonté générale, et la délibération « serait » toujours bonne. »

Elle le fut pour le Hugo 2016. Elle l’a été aussi pour le PSF 2018. La cinquième saison gagne le prix PSF 2018 car c’est un excellent roman. Worldbuilding, construction, personnages, traitement thématique, écriture, rien ne peut être reproché à ce texte, bien au contraire, tout peut y être loué. Cette histoire de cataclysme, de préjudice, de désespoir et de vengeance est un sans faute intégral. Elle mérite à ce titre d’être une fois encore mise à l’honneur, maintenant en France et dans la version traduite par Michelle Charrier.

Bravo à N. K. Jemisin pour ce livre, bravo à Michelle Charrier pour la traduction, et bravo à Nouveaux Millénaires et singulièrement à Thibault Eliroff pour le choix de publier en France ce roman majeur qui entre dans l’Histoire du genre et y restera comme un tournant.

Iron Council

Troisième, et dernier roman, de la série Bas-Lag, Iron Council revient, par rapport au tome précédent (il se lit d’ailleurs de manière indépendante), en la cité de Nouvelle-Crobuzon.

Roman révolutionnaire, Iron Council suit deux histoires parallèle : celle de Judah, un golemiste de talent (il peut animer des golems faits de différentes matières) qui a participer, il y a de cela longtemps, à une révolte d’ouvriers qui construisaient un chemin de fer. Après avoir pris contrôle d’un train, ces derniers ont pris la fuite avec devenant le mythique Conseil de de fer. Judah lui est rentré à la Nouvelle-Crobuzon mais est parti à nouveau à la recherche du train pour les pervenir qu’ils sont en danger.

L’autre histoire est celle de Ori, un révolutionnaire qui prend par à des activités de plus en plus subversive avant de se retrouver au centre et en marge d’une des plus grandes révolutions que connaît la Nouvelle-Crobuzon.

Le tout alors que la cité-état est en guerre face à un ennemis qui semble déterminé à tous pour gagner la guerre…

Iron Council est un roman oscillant entre l’étrange, la Fantasy et la révolution industrielle. Avec une thématique éminemment politique, le roman est une réussite, bien qu’à titre personnel je trouve qu’au niveau des histoires racontées c’est le moins prenant de la trilogie.