Iron Council

Troisième, et dernier roman, de la série Bas-Lag, Iron Council revient, par rapport au tome précédent (il se lit d’ailleurs de manière indépendante), en la cité de Nouvelle-Crobuzon.

Roman révolutionnaire, Iron Council suit deux histoires parallèle : celle de Judah, un golemiste de talent (il peut animer des golems faits de différentes matières) qui a participer, il y a de cela longtemps, à une révolte d’ouvriers qui construisaient un chemin de fer. Après avoir pris contrôle d’un train, ces derniers ont pris la fuite avec devenant le mythique Conseil de de fer. Judah lui est rentré à la Nouvelle-Crobuzon mais est parti à nouveau à la recherche du train pour les pervenir qu’ils sont en danger.

L’autre histoire est celle de Ori, un révolutionnaire qui prend par à des activités de plus en plus subversive avant de se retrouver au centre et en marge d’une des plus grandes révolutions que connaît la Nouvelle-Crobuzon.

Le tout alors que la cité-état est en guerre face à un ennemis qui semble déterminé à tous pour gagner la guerre…

Iron Council est un roman oscillant entre l’étrange, la Fantasy et la révolution industrielle. Avec une thématique éminemment politique, le roman est une réussite, bien qu’à titre personnel je trouve qu’au niveau des histoires racontées c’est le moins prenant de la trilogie.

The Scar

Cela fait plusieurs années que je voulais terminer la série de trois romans (indépendant les uns des autres) de Bas-Lag de China Miéville. J’ai donc attaquer le second tome de la série, The Scar, en version audio.

Connecté lâchement au premier tome, la protagoniste principale doit s’exiler de la Nouvelle-Crobuzon car elle connaissait le personnage principal du premier roman, The Scar est une histoire maritime, d’exile et de démesure.

Elle suit les pas de plusieurs personnages, en ce centrant sur Bellis Coldwine une jeune linguiste, exilée volontaire de la Nouvelle-Crobuzon capturée par des pirates et amené sur la cité flottant de Armada.A

A partir de là, elle va tous tenter pour pouvoir rentrer chez elle, se retrouvant au cœur des intrigues de la cité flottante (une ville fait de bateaux entremêlés qui vogue lentement sur les océans de Bas-Lag ).

Invocation de créature des profondeurs, intrigues politiques, projets gigantesques et fous, The Scar emmène le lecteur dans un voyage incroyable et mouvementé sur les océans de Bas-Lag.

Auteur d’une Fantasy weird, industriel (ou magies et sciences se côtoient), China Miéville livre ici un, autre, grand roman de Fantasy.

The last days of New Paris & This Census-Taker

J’ai récemment écouter deux novellas de China Miéville, en anglais mais une est traduite en français : The last days of New Paris et This Census-Taker (Celui qui dénombrait les hommes en VF).

The last days of New Paris se passe dans un monde alternatif au notre dans lequel une bombe surréaliste a explosé dans Paris durant la seconde guerre mondiale. La ville est maintenant coupée du reste du monde et des phénomènes étranges et magiques, surréaliste, s’y déroule. Le lecteur suit en parallèle l’histoire qui mène à la fin de cette “Nouvelle Paris” et l’histoire qui a mené la fameuse bombe dans la ville lumière.
L’histoire est tout en étrangeté, avec des démons, des hommes et des manifestions vivante de l’art. C’est un texte étrange mais très agréable à lire qui est remplis de références plus où moins cachées (l’auteur termine d’ailleurs son texte, enfin le témoignage qui lui a été confié, par une explicitation de nombreuses référence). Un voyage qui vaut la lecture.
This Census-Taker vaut aussi le détour, et ce même si j’ai fais l’erreur de le lire en version audio. Pas que cette dernière soit mauvaise, bien au contraire, mais parce que j’ai découvert après cous que des clefs de lecture cachée étaient incluses dans la typographie du texte….
Là nous sommes dans une petite ville de montage, un homme, son épouse et son fils vivent à part dans la montage. Lui fait des clefs que de nombreuses personnes viennent cherchées (que font ces clefs, mystères mais elles semblent bien magique). Mais voila le fils, qui raconte l’histoire comme une autobiographie (avec des passages qui laissent entrevoir son devenir futur) a peur de son père et lorsque sa mère disparait l’accuse de son meurtre….
This Census-Taker est une plongée onirique dans un monde à mi-chemin entre le notre et un monde plus fantastique (certaines interprétations des lecteurs laissent entendre que le père viendrait de la Nouvelle-Crobuzon, cité de Fantasy apparue dans les premiers romans de Miéville). Il s’agit en tous cas d’une lecture aussi fascinante que mystérieuse….

Railsea

Depuis quelques années, China Miéville explore, à chaque nouveau roman, un genre littéraire différent en lui donnant un twist que la critique qualifie de “weird”. Le roman “young adult” Railsea, sorti en 2012, n’échappe pas à cette exploration; il s’agit d’un roman d’aventure maritime dans la lignée de livre comme Moby Dick ou l’île au trésor. Le twist étant qu’ici il y a pas d’océans et de mers parcourus par des poissons et autres baleines, mais une terre que sillonne d’innombrables rails (le railsea du titre) et qui est peuplée de taupes géantes et d’insectes nombreux.
C’est donc dans un monde ayant visiblement possédé une technologie avancée (il y a des ordinateurs par exemple) que des trains circulent sur une mer de rails. Celle-ci est entretenue par des trains mystérieux appelés les anges et qui est visiblement d’une technologie avancée. Sur cette mer de rail, parsemée d’îles rocheuses où vivent les hommes, des trains de chasse à la taupe, de commerce, de récupérateurs de technologie sur des trains “échoués”, des trains militaires, mais aussi des trains pirates circulent inlassablement. Les capitaines de trains chasseurs de taupe traquent leur “philosophie” sans relâche.
C’est dans ce contexte que le jeune Sham Yes ap Soorap embarque pour son premier voyage dans le train chasseur de taupe, comme assistant du médecin de bord, du capitaine Abacat Naphi. La découverte d’un train “échoué” et d’une série de photos gardée dans la carte mémoire d’un appareil photo le lancera sur les traces de deux adolescents puis, au péril de sa propre vie, sur celle du bord du monde et de ce qui se trouve au dela.
Difficile de parler du roman sans en déflorer l’intrigue, mais Miéville propose tous ce qui fait le sel des romans d’aventures marins avec la dextérité de son “worldbuilding”. Une lecture très agréable (et un roman dont il ne faut pas 50 pages pour y entrer, comme c’est souvent le cas chez Miéville) ponctuée de nombreux chapitre de mise en abyme sur la narration du récit lui même. La version audio est bien servi par une lecture agréable.

Embassytown

Embassytown est le dernier roman de China Miéville. Après avoir touché plusieurs genres, Miéville s’attaque à la SF avec un roman qui, à mon avis, sent le “Old School” tout en prouvant, une fois de plus, qu’il ne pense pas comme tout le monde.
Situé dans un futur où l’homme est devenu homo diaspora en colonisant les étoiles grâce à un mode de voyage utilisant le substrat de notre univers pour se déplacer. Si l’homme a rencontré plusieurs espèces extraterrestres intelligentes, aucune n’est aussi alien que les Ariekis. Ces derniers maitrises une technologie basée sur le vivant et parle la Langue. Un langage produit par deux bouches, qui a besoin d’une conscience derrière la prononciation pour être comprise (par les Ariekis), qui ne connait pas le mensonge, et qui utilise la réalité comme support. Un mot/ensemble de mots est ainsi toujours basé sur un objet du réel utilise comme base pour le langage.
A Embassytown, la ville où vivent les humains sur Arieka, les ambassadeurs sont les seules pouvant communiquer avec les Ariekis. Paire de clones identiques, reliés par de la cybernétique et entrainés à parler la Langue, ils sont les seuls aptes à se faire comprendre par les Ariekis. Avice est originaire de cette planète qu’elle a quittée comme pilote avant d’y revenir. Enfant, elle est devenu une comparaison dans la Langue et est ainsi “parlée” régulièrement par les Ariekis. La venu d’un nouvel ambassadeur atypique depuis une autre planète va provoqué une guerre, une révolution et des découvertes dont Avice sera partie prenante.
Si certain parle d’Embassytown comme le meilleur roman de Miéville (je ne peux l’y classer tant Perdido Street Station et The city & the city me paraissent nettement meilleur), il fait effectivement partie du “haut du panier”. Le parti pris, comme souvent chez Miéville, de ne pas donner d’entrée les clefs du monde décrit est assez déroutant durant les 50-60 première pages mais la persévérance s’avère payante. Décrivant une société ne connaissant pas le mensonge, Miéville propose une double réflexion sur les lien entre langage et processus cognitif, et langage et réalité. Le tout dans un enrobage SF “old school” agréable (à noter que les Ariekis ne sont pas totalement décrits et laissés ainsi dans le flou, choix volontaire d’après une interview dans le Guardian). Au final, une lecture exigeante au niveau de la langue mais très stimulante au niveau intellectuel et de l’imaginaire.

Kraken

Kraken, le dernier roman de China Miéville m’était tombé des mains lors de ma première tentative de lecture. Curieux quand même de pouvoir connaitre la suite et fin de l’histoire, je me le suis procuré en version audio pour le terminer.

Le pitch de base était prometteur : le calamar géant naturalisé du British Museum disparait sans laisser de trace. Un des curateurs du musée qui a naturalisé l’animal est propulsé bien malgré lui dans le monde magique et étrange de la Londres occulte. La lecture est plus laborieuse : le roman est écrit, comment souvent avec Miéville, dans une langue soutenue et le nombre abondant de protagoniste et de groupe donne parfois un peu le tournis.

Il n’en reste pas moins que Kraken est un excellent roman pour celui qui persévère; définitivement pas le meilleur de l’auteur, mais un excellent roman quand même. L’intrigue, qui se transforme rapidement en un enquête pour retrouver le calamar géant et éviter un apocalypse de feu que voient tout les voyants de la ville, mène le lecteur à la découverte de multiples cultes cachés dans Londres. L’enquête est compliqué par la guerre des gangs que se mènent deux parrains de la pègre (dont l’un est réputé mort et l’autre une tête tatouée dans le dos d’une victime innocente), par l’intérêt que porte certaines puissances élémentaires à l’enquête, par une grève des familiers magiques et par le retour du croquemitaine londonien que sont les personnages de Goth and Sobby.

Si l’intrigue foisonnante semble partir dans tous les sens, elle fini par faire sens avec l’avancée du roman. Miéville réussit à nouveau le tour de force de rendre l’improbable et le bizarre probable et quasiment normal. Le lecteur du roman a de plus une voix profonde et grave fort agréable à l’écoute. Un roman exigeant, complexe et un léger cran en dessous des autres romans de Miéville que j’ai pu lire, qui démontre néanmoins une grande maitrise de la part d’un grand auteur.

Un Lun Dun

Roman pour ados et jeunes adultes, Un Lun Dun est une plaisante lecture écrite par China Miéville. Dans la tradition d’Alice au pays des merveilles, du Magicien d’Oz, et comme Neil Gaiman ou Clive Barker, Miéville construit un monde fantastique où le merveilleux et l’insolite sont choses courantes.

Lorsque Zanna et son amie Deeba pas de Londres à Lombres (comme Un Lun Dun a été traduit en français), elle découvre une ville proche et différente. C’est dans cette dernière que viennent s’échouer les choses oubliées chez nous. Mais leur passage dans cette autre ville les change : les parapluies cassés sont vivants et obéissent à leur seigneurs, les bus volent, les fantômes hantes certain quartiers, les girafes sont dangereuses, etc.

Rapidement Zanna et son amie découvre que la ville de Lombres est menacée par le Smog, la polution qui ici est consciente et menace la ville. Mais une prophétie annone depuis toujours que Zanna sauvera la ville. Mais lorsque la prophétie est prise en défaut tout est chamboulé et c’est Deeba qui va devoir se lancer dans une course folle pour sauver la ville.

Ce roman, absurde par de nombreux côté et qui me fait fortement penser à Abarat, est bien mené et agréable à lire; il se permet même de jouer sur les clichés de la quête prophétique. Maintenant, ce n’est pas le meilleur livre de Miéville qu’il m’a été donné de lire et les points commun avec d’autres œuvre du genre sont plus importantes que les différences. Un bon roman bien écrit et agréable, mais qui, pour moi, a un petit air de déjà lu.

Looking for Jake

Looking for Jake and other stories est un recueil de nouvelles de mon “auteur du moment” : China Miéville.

Le recueil propose des nouvelles fantastiques, souvent un peu angoissante et qui m’ont fait régulièrement pensé à Lovercraft par leur thématique. On y trouve également de nombreuses nouvelles où le contexte urbain est un personnage à lui tous seul; visiblement une marotte, et une bonne, de Miéville.

Sans rentrer dans le détail, on trouve dans ce recueil :
– la ville de Londres (plusieurs fois par différentes créatures) en guerre contre un envahisseur puissant,
– des rues sauvages qui apparaissent et disparaissent,
– une fenêtre donnant vers ailleurs,
– une maladie exotique,
– la fin tragique de Jack Half-a-Prayer à New Crobuzon,
– beaucoup de fantômes,
– des miroirs,
– de l’informatique et des multinationales.

Au final un recueil fort sympathique avec, comme souvent dans ce genre d’exercice, de très bonnes choses et d’autres un peu plus faible. Mais dans l’ensemble c’est un must-read.

The City & the City

Second roman de China Miéville, mais le dernier paru, que je lis (après Perdido Street Station), et deuxième excellent roman. Contrairement à Perdido Street Station qui est un roman de fantasy, The City & the City est un roman noir.

Dans une cité imaginaire de l’Europe de l’Est, on suit, raconté à la première personne, l’enquête de l’inspecteur Borlú de la ville de Beszel sur l’assassinat d’une jeune étudiante en archéologie canadienne dont le corps a été retrouvé dans un parc de la ville. Une enquête qui pourrait sembler banale si le crime n’avait pas été commis à Ul Qoma. Le problème c’est que la ville d’Ul Qoma et de Beszel ne sont pas seulement deux villes rivales dont les relations politiques sont tendues mais également deux villes qui occupent le même espace physique. Les territoires des deux villes entremêlement dans l’espace et ses habitants ont l’habitude, et l’obligation, de ne pas voir l’autre ville et ses habitants.

Ce cadre étrange construit une double ville unique, deux cités fantastiques qui par leurs naturelles et absurdités me font penser à la “City” créée par Auster dans In the country of last things (Le voyage d’Anna Blume en français).

L’enquête de l’inspecteur Borlú prend une ampleur insoupçonnée lorsqu’il doit se rendre à Ul Qoma afin de résoudre l’enquête et comprendre ce qu’une légende locale, celle d’une troisième ville se trouvant entre les deux autres, “Breach” la mystérieuse et toute puissante police qui gère les brèches (toutes infractions qui nient la frontière psychologique entre les deux villes), des archéologues, des groupes nationalistes et des groupes unionistes (militant pour la réunification des deux cités en une) ont à voir dans le meurtre.

The City & the City est un roman formidable, d’une prouesse d’évocation impressionnante dans deux villes improbables. China Miéville est en train de rentrer par la grande porte parmi les auteurs qui m’ont marqué profondément. A vérifier avec ses autres romans, mais j’ai l’impression que c’est également un créateur d’univers, ou devrais-je dire de villes, de première ordre.

Perdido Street Station

Premier livre de China Miéville et gros choc. Je savais déjà que ce livre bénéficiait de critiques excellentes et qu’il avait reçu de nombreux prix, ce à quoi je ne m’attendais pas c’est qu’il soit si bon.

Perdido Street Station narre l’histoire d’Isaac, un scientifique humain aux théories radicales à qui un Garuda (des hommes ailés à tête de rapace) ayant perdu ses ailes demande de l’aider à pouvoir voler à nouveau. De là les recherches d’Isaac vont involontairement libéré sur la cité de New Crobuzon des prédateurs si dangereux que même le gouvernement se retrouve sans ressources pour y faire face.

Ce résumé ne rend pas justice à l’écriture agréable de Miéville, ni surtout au monde étonnant qu’il met en scène : la ville de New Crobuzon est une métropole du début du XXe siècle ou la magie (conçue comme sciences) côtoie des sciences plus traditionnelles. Dans ces rues se croisent des races non-humaines ayant peu à voir avec les canons de la fantasy traditionnelle. Cette Weird Fantasy (puisque c’est le nom du courant auquel Miéville “appartient) porte bien son nom. Cette fantasy doit autant au Steampunk, à la SF qu’au écrits horrifiques de Lovercraft. C’est tout simplement brillant.

Et en me relisant, je réalise que j’ai oublié de parler du vrai héros de ce récit : la ville de New Crobuzon. Cette dernière transparait à chaque page et ce sont ces nombreuses déscriptions qui font sans doute de Perdido Street Station un roman étonnant, brillant et vraiment à part.