Provenance

Nouveau roman de Ann Leckie, dont la trilogie des Chroniques du Radch est parue en français en 2016 et avait fait coulé pas mal d’encre (en bien et en mal) dans la blogosphère, Provenance se déroule dans le même univers, quelques temps après la trilogie, mais se lit de manière totalement indépendante.
J’avoue avoir eu un avis un peu mitigé sur Les Chroniques du Radch, c’est donc avec une curiosité teintée de prudence que je me suis attaqué à la version audio. Et bien, pour faire court, Provenance est un bon roman que j’ai pris grand plaisir à lire.
Le lecteur y suit Ingray, une jeune femme adoptée dans une puissante famille, qui, pour se faire bien voir, monte un plan audacieux afin de libérer de prison le fils d’une autre puissante famille qui a volé des reliques de valeurs; son but est de découvrir où ces dernières ont été cachées et de pouvoir les retrouver.
Evidement son plan ne va pas se dérouler comme prévu. Son retour chez elle, avec le prisonnier libérer, va lui faire prendre conscience des biais de la société dans laquelle elle vit. Les conséquences des Chroniques du Radch (la destruction d’une porte stellaire et l’organisation d’une réunion des races pensantes) vont se faire sentir sur sa planète. Devant faire face à une invasion et à l’intérêt de l’ambassadeur d’une race extraterrestre, Ingray aura fort à faire pour garder le contrôle sur sa vie.
Provenance est certes un roman à l’intrigue sympathique et bien menée, mais c’est aussi une réflexion sur l’identité d’une culture; et plus précisément sur les artefacts qui fondent cette identité. Le format plus court (il s’agit d’un roman pas d’une trilogie) évite également de diluer le propos. Provenance est donc pour moi une réussite.

Ancillary Sword & Mercy

Respectivement second et troisième tome (en fait première et seconde partie d’un gros roman) de la série d’Ann Leckie (après le très moyen Ancillary Justice) Ancillary Sword et Ancillary Mercy ont été de très bonnes surprises. Les deux livres, la première et la seconde moitié d’une même histoire, sont non seulement très agréable à lire (mention particulière pour la lectrice des livres audios VO qui donne une excellente prestation) mais également intéressant.
 
Breq, l’unique ancillaire survivant d’un vaisseau de guerre détruit, a partiellement obtenu vengeance sur  le Seigneur du Radch (un empire qui contrôle de nombreux systèmes) en rendant visible le fait que les différentes facettes de son être (le Seigneur à de nombreux clones qui sont des copies de lui même et qui forme un tous) sont en désaccord, déclenchant ainsi une guerre civile. Nommée capitaine d’un vaisseau, adoptée dans la famille du souverain, Breq est chargée de supervisé et maintenir le calme sur un système.
 
Ancillary Sword propose ses premiers pas dans ce rôle et présente un système où les castes dirigeantes stigmatise et exploite une partie de la population, une station dont une partie a été abimée à la construction, n’a jamais été réparé et échappe au contrôle de l’IA de la station. L’arrivée de Breq, et son sens de la justice, va secouer l’édifice sociale du système. Si on ajoute à cette situation, la mort accidentel d’un émissaire des Presger (une race extraterrestre dont les humais savent peu de chose si ce n’est qu’elle leur est technologiquement largement supérieur) et les rumeurs de la guerre civile qui commence à déchirer le Radch, l’ancien vaisseau aura fort à faire.
 
Ancillary Mercy fait suite directe à Ancillary Sword et voit les événements se précipiter :  l’arrivée d’un nouvel émissaire des Presger, un vaisseau de l’époque avant l’avènement du Seigneur du Radch et l’arrivée de la guerre civil dans le système vont avoir un impact non prévu sur l’ensemble du Radch.
 
Les deux romans en proposant des intrigues somme toute très “régionales” donnent une direction plus claire à l’histoire. Les divers retournements et la conclusion, logique, mais surprise de la trilogie ouvre également des perspectives intéressantes. Pour moi il est claire que ces deux romans sont supérieurs au premier. Mes seules réserves seraient éventuellement l’accumulation de personnages “particuliers” et la sous-exploitation de plusieurs d’entre eux et la capacité démesuré du personnage principal à faire changer les choses. Il n’en reste pas moins que Sword et Mercy proposent clairement une fin de cycle supérieur à son premier tome.

La Justice de l’ancillaire

Premier tome, couronné pas de nombreux prix outre-Atlantique, d’une trilogie, La Justice de l’ancillaire suit le chemin vers la vengeance d’une IA de vaisseau de guerre.
 
Le vaisseau “Justice of Toren” a passé plus d’un millénaire à servir l’Empire du Radch d’annexion de planète en annexion. Composé d’un équipage humain et de plusieurs corps (des prisonniers lobotomisés) qu’elle peut contrôler (les ancillaire qui sont des extensions d’elle-même), le vaisseau était un puissant vaisseau de guerre et de pacification. Aujourd’hui détruit, il ne reste de “Justice of Toren” qu’un ancillaire qui recherche depuis vingt ans un moyen de pouvoir tuer une Anaander Mianaai (le seigneur du Radch dont la conscience est distribuée entre plusieurs ancillaires).
 
Le roman débute alors que l’ancillaire est sur le point de mettre la main sur une arme capable de l’aider à accomplir la mission qu’elle s’est donnée. L’ancillaire, sur une planète loin de tous, trouve un de ses anciens lieutenants qui a passé plusieurs centaines d’années en animation suspendue dérivant dans l’espace. Ce premier tome se concentre sur la vengeance de l’ancillaire et sur les raisons qu’il la pousse à vouloir se venger.
 
Si j’ai apprécié la lecture de  La Justice de l’ancillaire, j’ai un faible pour les IA de vaisseau, et qu’objectivement le roman est bien écrit; force m’est d’admettre qu’Ann Leckie produit ici une SF militariste somme toute assez classique et peu imaginative dans sa conclusion. Le gimmick consistant à ne pas distinguer le genre des protagonistes dans l’histoire (l’Empire Radch ne fait pas la distinction)  a surtout fait couler pas mal d’encre chez nos voisins américains mais, en soi, n’apporte pas vraiment un plus à l’histoire. Au final, donc, un roman sympathique mais classique.