Au bal des actifs : demain le travail

Au bal des actifs : demain le travail est une anthologie de douze nouvelles, parue fin février dernier aux éditions La Volte, qui propose le regard de douze auteurs de science-fiction sur la monde du travail.
Arrivé à la fin de la lecture de ce gros recueil (624 pages tous de même) deux constats s’imposent : la qualité des nouvelles est excellente et la vision du travail de demain que le lecteur a au travers d’elles est bien sombre.
La précarité est là dans les nouvelles d’anticipations : comme “Pâles Mâles” de Catherine Dufour qui pousse au maximum la logique d’überisation du travail en suivant une jeune femme qui vit, mal, de petits boulots, mandats peu payés (et parfois assez étranges), ou “Canal 235” de Stéphane Beauverger  qui suit un gigolo qui a gagné un procès pour viol (comme victime) dans un futur où là aussi précarité, petits-boulots et invasions de la vie privé sont légion. C’est le cas également de “Nous sommes une grande famille” de Ketty Steward où les chômeurs sont suivis à distance et évalués.
Le travail comme finalité ou au service d’une élite dans les dystopies de Karim Berouka, “Nous vivons tous dans un monde meilleur” où monde dirigé par un ordinateur ne tourne que autour du travail, de la traque aux syndicalistes et à l’ascension sociale (par le travail et la conformité), ou de Emmanuel Delporte, “Vertigeo” où il faut monter toujours plus haut en construisant la Tour.

La toute puissance des multinationales dans “La Fabrique de cercueils” de L. L. Kloetzer où des travailleurs traitent, à la chaine, des individus en animation suspendu en vu de leur envoie dans l’espace, ou de “Le profil” de Li-Cam où les multinationales sont devenus de tribus auquel les individus s’identifient complétement.

La gamification du travail, avec une évaluation des individus, est au centre de “coÊve 2015” de Norbert Merjagnan, et transparait également dans la nouvelle de Karim Berouka.

La créativité est au centre de “Serf-made-man ? ou la créativité discutable de Nolan Peskine” de Alain Damasio qui montre que même dans ce qui semble une Utopie (revenu universel pour tous, automatisation du travail qui libère les individus du travail lui même) la parte de sens et la compétition forcenée des élites est aliénante.

Finalement deux nouvelles qui discutent du travail de l’écrivain même : le très surprenant “Le Parapluie de Goncourt” de Léo Henry qui consiste aux allers retours entre l’écrivain et ses relecteurs et éditeurs pour arriver à la nouvelle en question, et ” Parfum d’une mouffette” de David Calvo qui propose un échange entre un auteur et les différents services de son éditeur dans un futur proche (ou comment mettre en avant le statut précaire de l’auteur sous couvert de la science-fiction).

Au final donc un recueil de qualité, dont le seul défaut est peut-être la vision très sombre sur le devenir du travail et des travailleurs; réalisme, avertissement ou pessimisme l’avenir le dira….

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