The Will to battle

Troisième tome de la tétralogie Terra Ignota de Ada Palmer, The will to battle est un roman dense dont il est difficile de parler sans dévoiler en partie l’intrigue des deux premiers tomes.
L’utopie qu’est notre planète au XXVe siècle est en effet en train de s’écrouler, après les révélations des tomes précédents les différents “groupes” qui ont remplacé les nations se regardent en chien de faïence et la guerre semble inévitable. Le lecteur suit les tentatives pour éviter, ou du moins retarder, le conflit.
Toujours servi par un narrateur dont l’objectivité et la santé mentale sont douteuse, le roman plonge dans les méandres de la politique du future, avant un final à la fois logique, abrupte et assez surprenant.
Oscillant entre discussion de philosophie politique, de jeu d’alliance, du poids du passé et de la meilleure manière d’organiser politiquement une société mondiale, ainsi que de sauver le futur lors d’un conflit pouvant potentiellement mener à la fin de la race humaine, The will to battle est un roman vertigineux. Le lecteur étant maintenant familier de l’organisation sociale du XXVe siècle, Ada Palmer peut alors développer d’avantage son propos.
Souffrant peut-être de quelques longueurs et d’une narration qui camoufle sous les oripeaux de la fiction des discussions de philosophie politique, The will to battle reste pour moi un roman marquant qui par son propos, sa richesse et sa complexité le font se rapprocher de classique tel que Dune ou Hypérion.

Seven Surrenders

Second volume de la série Terra Ignota, Seven Surrenders fait suite direct à Too Like the Lightning. Difficile de réaliser une chronique d’un second tome, d’autant plus de passer après l’excellente chronique de Gromovar.
Si le premier tome peut être vu comme un tome d’exposition, à la fois une manière de faire découvrir le monde du 25ème siècle (plus d’état nations, mais il y a des restes, une structure par affinité avec des grands groupes supranationaux, plus de famille nucléaire mais un groupe d’individus proche, un monde en paix depuis près de 300 ans, la Lune habitée et mars en cours de terraformation, une économie dont la colonne vertébrale est un réseau efficace de voitures volantes, …) et de présenter les différents protagonistes de l’histoire en posant une situation de base, le second tome met tous les éléments en mouvement.
Et quel mouvement ! Complots révélations, actions, un vrai feu d’artifice pour un roman qui n’oublie jamais d’être intelligent et bien écrit. Les questions posées sont philosophiquement importantes et vertigineuses : quel est le prix de la paix ? comment gouverner une société hautement technologique ? quel est le poids du passé ? de la religion ? du genre sur nos vies ? ….
Le tout servi par un narrateur parti prenant des événements, ce qui fait que son témoignage n’est ni omniscient, ni omnipotent et pourrait donc bien servir ses propres objectifs. La question notamment de l’existence de miracles est laissé à l’appréciations des lecteurs. D’une certaine manière les deux romans sont à la fois un témoignage “historique”, les mémoires d’un des protagonistes et une Bible (au sens religieux) pour le croyant….
La version audio de ce roman est de bonne qualité et très agréable à écouter. Je regrette juste le changement de lecteur (le narrateur restant le même) entre le premier et le second tome.
Bref Seven Surrenders, et le premier tome Too Like the Lightning sont des chefs d’œuvre qui méritent clairement de rentre dans la liste des meilleurs œuvres de science-fiction. Un tome supplémentaire est prévu (et je l’attend avec impatience) mais les deux premiers tomes se tiennent très bien ensemble.

Too Like the Lightning

Difficile de chroniquer Too Like the Lightning, premier tome d’une duologie de Ada Palmer. Gromovar est passé avant moi dans le monde francophone avec une chronique de très bonne qualité ou il reconnait lui même la difficulté de l’exercice.
Il est déjà possible de dire que ce roman est très intéressant et immersif, qu’il a besoin de son second tome (qui sort en 2017) pour pouvoir être complet. Que dire ensuite ?
Déjà que l’histoire se déroule au XXVè siècle sur Terre, que si l’homme en lui même reste relativement le même, la société à bien changer : le concepts de famille est devenu celui de bash’es et regroupe un nombre d’individu plus important pas forcement lié par le sang, les états-nations, dont il y a quelque reste, se sont effacé au profit de grand groupe “transnationaux”, les Hives, qui regroupe des individus par un jeu de loyautés et d’affinités, qu’un système de transport aérien collectif et individuel permet de se déplacer aux quatre coins de la planète rapidement, que ce système est une infrastructure vitale, que la Lune est habitée en permanence et que Mars est en cours de terraformation, que la religion est tabou et interdite (suite à des guerres), que les philosophies des Lumières sont importantes, …
Dire ensuite que tous ces éléments, et plus encore, ne sont pas donnés aux lecteurs mais se dévoile au fils de la lecture. Obligeant à une gymnastique mentale certes exigeante, mais qui donne toute sa grandeur au roman.

Dire encore que le narrateur principal, Mycroft Canner, est un criminel condamné, qui vit, comme tant d’autres, en liberté pour servir la communauté. Qu’il a de nombreuses connections parmi les puissants, qu’il est au centre de plusieurs intrigues qui semble pouvoir faire vaciller la société.

Dire finalement qu’un vol d’une liste des personnalités les plus influentes est volée, que ce vol déclenche des enquêtes qui tourne autour du bash’es qui gère le système de transport aérien. Que ce bash’es des secrets (dont un enfant au pouvoir apparemment miraculeux) et que les puissants restent les puissants même au XXVè siècle.

Dire en conclusion que  Too Like the Lightning ouvre une duologie exigeantes et passionnantes qui, si le second tome est au niveau du premier a toute les qualités pour devenir un roman marquant dans le champ de l’imaginaire.