Victimes et Bourreaux

Troisième anthologie des Imaginales, Victimes et Bourreaux présente des nouvelles de fantasy, mais pas seulement, tournant autour de son titre. Comme souvent dans les anthologies, il y a du très bon et du moins bon; mais globalement le niveau de Victimes et Bourreaux est bon, bien qu’un peu en dessous des deux premières. On y trouve donc, dans l’ordre :

La stratégie de l’araignée de Charlotte Bousquet une histoire d’inspiration africaine pour cette nouvelle narrant les tourments d’une femme accusée de sorcellerie. Mais le bourreau et la victime sont-ils vraiment ceux que l’on croit ? Une très bonne entrée en matière.

Qjörll l’assassin de mIchel Robert propose un western de fantasy où une équipe de chasseurs de prime tente de ramener un assassin à la civilisation alors qu’ils sont poursuivis par la version local des Indiens. C’est épique et très sympa à lire !

Porter dans mes veines l’artefact et l’antidote de Justine Niogret est une nouvelle de science-fiction se déroulant dans un cirque. Narrant à la première personne les tourments d’un cheval végétale et de sa cavalière. Si l’histoire m’a laissé froid, j’ai trouvé à l’écriture et à la narration une poésie envoutante qui rattrape la faiblesse de l’histoire.

Que justice soit faite ! de Maïa Mazaurette plonge le lecteur au moyen age et dans les tourments d’un prêtre devenue fou cherchant la justice des hommes en torturant un survivant de la peste noire. Ce n’est pas la meilleure nouvelle du recueil mais ce n’est pas la pire non plus.

Qui sera le bourreau ? de Pierre Bordage est une intéressante nouvelle de fantasy où un empereur cruel est jugé par ses victimes. Mais sont-elles si blanches que cela ? Une nouvelle fort agréable.

Ton visage est mon cœur de Nathalie Dau propose une réflexion sur la jalousie et l’amour aux travers des yeux d’un nouveau noble. Une fable champêtre bien sympathique également.

Frères d’armes de Jeanne-A Debats est une histoire d’amitié, d’amour et de mort dans une citadelle qui forme des défenseurs du monde qui le protègent contre une invasion venue d’ailleurs. Il se dégage de cette nouvelle un sentiment d’étrangeté pour moi tant le monde décrit est étrange et peu décrit (le format imposant ce là). Une lecture sympathique mais « étrange » pour moi.

Désolation de Jean-Philippe Jaworski est pour moi la meilleure nouvelle du recueil ! Une histoire de nains et de gnomes se rendant dans une cité abandonnée habitée par un dragon… à moins qu’un lourd secret se cache dans ses murs. Un excellent récit du Vieux Royaumes.

Le deuxième œil de Sam Nell est un récit « boudhisant » où une jeune femme cherche la sagesse auprès d’un boudha en devenir. Sauf que celui-ci est un cyclope et qu’il lutte un combat contre les élèments. Une nouvelle sympathique mais le mélange fantasy et exotisme prend assez mal.

Au-delà des murs de Lionel Davoust est une nouvelle qui me laisse un sentiment mitigé. Présentant la réhabilitation d’un soldat ayant perdu la mémoire dans un monde magico-steampunk. Elle m’a semblé vaine durant quasiment toute sa lecture jusqu’à la chute final très bien trouvée. Mitigé je suis donc.

Le démon de mémoire de Paul Beorn ne m’a pas accrochée. Elle m’a si peu accrochée que je l’ai laissé tombée après quelques pages. Peut-être un effet de la lecture des deux précédentes nouvelles qui m’ont peu enclin à persevéré ?

Mazabaleh de Xavier Mauméjean est un récit biblique de Dieu et du Diable jouant (surtout Dieu) pour tester la foi de la création. Très sympathique et orignal.

Le livre des choses perdues

Gagné dans le cadre d’un concours des éditions J’ai Lu, le livre des choses perdues s’est révélé être une excellente surprise. Sorte de Labyrinthe de Pan se déroulant non pas, comme le film de Guillermo del Toro, en Espagne durant la guerre civil, mais à Londres au début de la seconde guerre mondiale.
David est un jeune garçon au porte de la puberté lorsque sa mère décède des suites d’une maladie. Son père se remarie rapidement et la naissance d’un petit frère suit dans la foulée. Introverti et aimant lire, David vit mal la cohabitation avec sa belle-mère et son demi-frère. Par moment les livres semblent lui murmurer des secrets. Passant dans un interstice d’un des murs du jardin, David est projeté dans un monde de conte de fées ou des versions sombres de nos contes vivent. Recherchant le roi et son mystérieux livre des choses perdues, David cherche un moyen de rentrer chez lui. En chemin il vivra plusieurs péripéties qui le feront grandir alors que les Sir-Loups et leur meute le poursuivent et qu’un « homme biscornue » semble vouloir lui proposer un bien curieux marché.
Le livre des choses perdues est un livre remplis de sombre magie où l’imaginaire reflète les tourments intérieurs d’un jeune garçon et la violence de la seconde guerre mondiale. Une vrai réussite à mi-chemin entre le Labyrinthe de Pan et le monde de Narnia.

La mission de l’ambassadeur

Après une trilogie et une prequell, Trudi Canavan revient au monde de Fantasy qu’elle a créé avec un classique du genre, sans doute suggérer par Bob afin d’augmenter ses chiffres de vente, la trilogie « 20 ans après ».

C’est ainsi que la mission de l’ambassadeur, le premier titre de cette nouvelle trilogie débute vingt ans après la fin de la première. La cité d’Imardin a changé durant se laps de temps : la Guilde des mages s’est ouvert au bas peuple et de fortes tensions existent entre mages d’origines nobles et mages plébéiens.; la cité a subit des modifications et les voies souterraines connus sous le nom de voie des voleurs sont devenus un endroit « dangereux »; une nouvelle drogue a fait son apparition dans les rues de la ville; et les rapports diplomatiques avec le puissant voisin du nord ont timidement repris.

On suit les deux héros de la trilogie précédente et, grand classique, leurs enfant dans trois récits qui, pour le moment du moins, n’ont pas vraiment d’impact l’un par rapport à l’autre : une vague d’assassinats perpétrés par un mage renégat contre les voleurs de la ville, une ambassade en terre Sachaka, et une lutte de pouvoir au sein de la Guilde. C’est bien écrit (la traduction m’a semblé aussi fluide que les quatre autres romans de l’auteure que j’avais lu en anglais), vite lu et … très convenu.

En effet, aucune nouveauté renversante dans la mission de l’ambassadeur. Il s’agit d’une Fantasy « commerciale » de bonne facture qui reprend de titre en tire les recettes du genre. C’est bien apprêté, c’est sympa à lire, il y a quinze ans j’aurais trouvé cela génial, aujourd’hui je trouve juste cela divertissant à petite dose.

The Graveyard Book

The Graveyard Book (traduit en français par L’Étrange Vie de Nobody Owens, au lieu d’une traduction plus littéral par « livre du cimetière« ) est un ouvrage « jeune adulte » de Neil Gaiman. Il s’agit d’une version contemporaine du Livre de la jungle où la jungle est habillement remplacé par un cimetière et ses nombreux animaux par des esprits, vampire et autres créatures.
Il débute par le meurtre de tout une famille sauf celle d’un petit garçon qui va être recueilli par les « habitants » du cimetière voisin qui vont lui donner le nom de Nobody Owens. Le roman décrit sa vie de son plus jeune âge jusqu’à l’adolescence. De nombreuses aventures avec les différents habitants surnaturelles du lieu et les autres vivants émanent son enfance.
Loin d’un ouvrage lugubre, The Graveyard Book est au contraire un livre palpitant et lumineux. Un peu de mystère, de nombreux personnages truculent et le plaisir d’écouter Neil Gaiman lui même lire son roman. Une vraie réussite.

Résurgences

Résurgences est la suite direct de Transparences. Il débute quelques année après ce dernier par l’assassinat d’AnnX et l’enlèvement de Stephen, le criminologue qui l’a traquée puis aimée, par les services secrets français.
Débute alors une nouvelle traque : celle du Marksman, un tireur d’élite qui semble à même de reconnaitre AnnX sous tous ses déguisements et qui sème, lui aussi, une trace sanglante sur la planète. Un jeu psychologique complexe débute également entre Stephen et le représentant des services secrets qui le retient prisonnier. Le tout sous fond de révolte sociale grondante suite à l’élection d’un nouveau président de droite. Toute l’équipe du premier tome se remet au travail afin de déjouer les différents complots des services secrets et arrêter le Marksman.
L’écriture de Résurgences est aussi agréable à lire que le premier tome. L’histoire est allaitante et j’ai tourné les pages avec un plaisir non feint. Maintenant Résurgences a les même défauts que Transparences : des personnages tous surdoués capables de tout comprendre et de tout analyser. J’ai également le sentiment qu’Ayerdhal, l’auteur, se laisse un peu porter par sa critique du sarkosysme triomphant. Les critiques en termes lourd de Sarkosy alourdissent fortement le récit. Une bonne suite donc mais qui ne vaut pas le premier tome.

Embassytown

Embassytown est le dernier roman de China Miéville. Après avoir touché plusieurs genres, Miéville s’attaque à la SF avec un roman qui, à mon avis, sent le « Old School » tout en prouvant, une fois de plus, qu’il ne pense pas comme tout le monde.
Situé dans un futur où l’homme est devenu homo diaspora en colonisant les étoiles grâce à un mode de voyage utilisant le substrat de notre univers pour se déplacer. Si l’homme a rencontré plusieurs espèces extraterrestres intelligentes, aucune n’est aussi alien que les Ariekis. Ces derniers maitrises une technologie basée sur le vivant et parle la Langue. Un langage produit par deux bouches, qui a besoin d’une conscience derrière la prononciation pour être comprise (par les Ariekis), qui ne connait pas le mensonge, et qui utilise la réalité comme support. Un mot/ensemble de mots est ainsi toujours basé sur un objet du réel utilise comme base pour le langage.
A Embassytown, la ville où vivent les humains sur Arieka, les ambassadeurs sont les seules pouvant communiquer avec les Ariekis. Paire de clones identiques, reliés par de la cybernétique et entrainés à parler la Langue, ils sont les seuls aptes à se faire comprendre par les Ariekis. Avice est originaire de cette planète qu’elle a quittée comme pilote avant d’y revenir. Enfant, elle est devenu une comparaison dans la Langue et est ainsi « parlée » régulièrement par les Ariekis. La venu d’un nouvel ambassadeur atypique depuis une autre planète va provoqué une guerre, une révolution et des découvertes dont Avice sera partie prenante.
Si certain parle d’Embassytown comme le meilleur roman de Miéville (je ne peux l’y classer tant Perdido Street Station et The city & the city me paraissent nettement meilleur), il fait effectivement partie du « haut du panier ». Le parti pris, comme souvent chez Miéville, de ne pas donner d’entrée les clefs du monde décrit est assez déroutant durant les 50-60 première pages mais la persévérance s’avère payante. Décrivant une société ne connaissant pas le mensonge, Miéville propose une double réflexion sur les lien entre langage et processus cognitif, et langage et réalité. Le tout dans un enrobage SF « old school » agréable (à noter que les Ariekis ne sont pas totalement décrits et laissés ainsi dans le flou, choix volontaire d’après une interview dans le Guardian). Au final, une lecture exigeante au niveau de la langue mais très stimulante au niveau intellectuel et de l’imaginaire.

Midnight’s Children

Difficile de résumer ce foisonnant roman de Salman Rushdie qu’est Midnight’s Children. En effet, cette fresque, appartenant au genre du réalisme magique, retrace la vie de Saleem Sinai, un Indien né exactement à minuit le jour de l’indépendance de l’Inde.
 Sa vie, qu’il narre lui même, est une suite d’événements assez rocambolesques qui le place au center de l’histoire indienne (de l’indépendance au début des années 80, le roman étant paru en 81).  Il est tour à tour le jouet, l’instigateur ou le reflet de l’histoire : indépendance, coup d’état, partition du Pakistan, guerres, soubresauts politiques et économiques.
Mais Saleem Sinai partage avec d’autres enfants né à l’indépendance un pouvoir surnaturel. Lui peut lire dans les esprits et communiquer par l’esprit, d’autres peuvent voler, changer le plomb en or, etc. C’est aussi un peu leur histoire qui est narré dans Midnight’s Children.
Difficile d’en dire plus tant le roman est riches et les rebondissements nombreux. J’ai personnellement beaucoup apprécié son écoute, car oui je l’ai écouté et non lu. La version d’Audiolib est bien narrée et j’ai pris grand plaisir à la voix du narrateur. Maintenant si j’ai aimé ce roman, mon manque de connaissances concernant l’histoire de l’Inde m’a sans doute fait passer à côté de beaucoup de chose.

De la voiture au vélo

Bon, lorsque j’ai indiqué les différents ouvrages qui m’intéressaient pour la dernière édition de Masse Critique, j’ai coché l’ouvrage De la voiture au vélo : en route vers le changement. Mon récent achat d’un vélo à assistance électrique n’est pas étranger à ma curiosité.

Ma foi bien mal m’en a pris. Alors certes l’ouvrage se lit vite (une petite heure en lisant tranquille), mais que de poncifs : un chapitre sur les avantages de faire du vélo (de côté sportifs en passant par l’écologie et être tendance), un autre sur les difficultés rencontrées (le mauvais temps, la volonté, le manque d’exercices physiques, etc.), une apologie de bonheur d’être cycliste, un chapitre sur la manière « d’accompagner le changement », un autre sur les profils de cycliste et finalement un chapitre (sans doute le plus intéressant) sur les différents types de vélo.

Ce n’est pas que c’est mauvais mais ce qui m’a agacé c’est que l’ouvrage, écrit par un cycliste convaincu, me semble plus être une apologie du vélo qu’une vraie réflexion sur la mobilité urbaine au XXIe siècle. Et en fait c’est probablement d’un malentendu que surgit ma déception : je m’attendais à une réflexion élevée et sympa sur la pratique du vélo et je me suis retrouvé avec un ouvrage plein de bon sens, partisan et avec un niveau de réflexion un peu simple à mon goût. Dommage pour moi !

Transparences

Il y a quelques mois, en lisant le recueil d’entretiens Voix du Futur, je découvre l’existence d’un roman d’Ayerdhal, auteur que je n’avais jamais lu, appelé Transparences et qui semble être un cross over entre Les futurs mystères de Paris et Nikita. Mon âme de lecteur n’a fait qu’un tour et je m’étais promis de lire ce roman.
C’est maintenant chose fait et je ne le regrette pas. Transparences suit le parcours de deux personnes d’exception entre fin 1997 et septembre 2001. Ann X, une jeune femme mystérieuse au passé trouble qui sème avec une terrible efficacité la morte sur la planète entière. Particularité de Ann X : un don de transparence et de mimétisme impressionnant. Son visage apparait flou sur les clichés et les vidéos et elle est capable de prendre presque n’importe qu’elle apparence et de singer n’importe qu’elle attitude faisant d’elle un fantôme, un être transparent. Trouver et comprendre cette Nikita invisible est le principal enjeu du roman.
La seconde personne est un criminologue canadien travaillant à Interpol. Stephen est criminologue, chargé par Interpol de reprendre les nombreux dossiers en suspends. Ses recherches le mènent sur la piste d’Ann X et il engage avec elle une danse complexe afin de comprendre qui elle est et comment l’arrêter. Le tout est compliqué par l’implication de plusieurs services secrets, dont ceux américains, et par un jeu de piste aussi dangereux que fascinant. Stephen et Annx entretiennent une relation ambigüe qui semble pouvoir basculer à tout instant.
Transparences est un bon roman dont le chapitre d’ouverture est excellent et m’a scotché au livre durant plusieurs heures. La touche de fantastique constituée par les pouvoirs de transparence d’Ann X est bien gérer et ne déborde pas la force du récit. Je regrette peut-être une intrigue à tiroirs parfois un peu chargée et le côté « je sais tous /super intelligence » des principaux protagonistes. Je trouve toujours un peu agaçant le type de personnage capable, après cinq minutes, de décrire en détail la psychologie d’un individu.
Mais ces quelques bémols ne masquent pas le fait que Transparences est un excellent roman à l’écriture et l’histoire captivantes. J’ai ouïe dire qu’il y avait une suite que je vais sans doute pas tardé à me procurer.

L’être de l’autre monde

Huitième volume de la série des douze royaumes (après la mer des ombres, Le rivage du labyrinthe, la majesté des mers, le vent de l’infini, les ailes du destin, les rives du crépuscules , le royaume de l’idéal), l’être de l’autre monde se déroule dans notre monde. Il décrit en fait le second « exil » de Taiki, le kirin du royaume de Tai, né dans notre monde et qui y retourne après avoir été ramené une seconde fois sur Terre.

L’être de l’autre monde est, à mon avis, un roman destiné à ceux qui ont déjà lu le reste du cycle des douze royaumes. Il n ‘est, en effet, vraiment compréhensible que pour quelqu’un qui sait ce qui c’est passer dans les royaumes et qui connait Taiki. Ce dernier a en effet perdu la mémoire. Devenu adolescent, c’est un jeune polis mais solitaire qui fréquente un lycée japonais. Auréolé d’une rumeur de malédiction, ces gardiens vont se déchainer et tracer un sillage de morts et de destruction autour de lui. Un jeune stagiaire va se lier d’amitié avec lui et tenter de le protéger de la tourmente médiatique qui se déchaine tout en tentant de comprendre les aspects surnaturels de Taiki.

C’est un roman sombre, lent et mélancolique qui se dévoile au lecteur. Définitivement pas un de mes préférés de la série, il jette néanmoins un regard intéressant sur la période d’exil de Taiki, et propose une ambiance plus proche du roman fantastique que de Fantasy qui tranche aussi avec le reste de la série.