Manesh

Premier roman, et premier tome d’une trilogie, de Stefan Platteau, Manesh est un roman de fantasy non seulement bien écrit et agréable à lire, mais également passionnant.
Dans un monde qui emprunte aussi bien aux mythologies celtiques et nordiques qu’aux mythologies indiennes, et le mélange prend étonnement bien, le lecteur est invité à suivre le récit de l’expédition du capitaine Rana qui remonte un fleuve, à travers la nordique forêt du Vyanthryr, afin de trouver le mythique Roi-diseur, un oracle, afin de faire basculer le cours de la guerre civile qui voit s’affronter un puissant royaume à sa suzeraine afin d’obtenir son indépendance. Parallèlement à ce récit, narré du point de vue du barde de l’expédition, le lecteur découvre, en même temps que le barde, le récit de la vie de Manesh, un jeune homme trouvé à moitié mort dérivant sur le fleuve par l’expédition.
Contant son histoire à son rythme, Manesh dévoile, au fil de son récit, une vie peu ordinaire marqué par ses origines particulières. En effet, Manesh fait partie des rares enfants d’un géant. Ces dernier, solaires, lunaires ou des profondeurs, ont quitté le monde il y a longtemps suite aux guerres durant lesquelles les hommes les ont presque décimés. L’héritage des géants marquent pourtant profondément le monde et ses habitants. Enfant d’un géant solaire, Manesh possède des aptitudes hors du communs et une soif de comprendre le sens de sa vie.
Malgré l’utilisation de tropes commun en fantasy (les races antiques disparues mais pas totalement, la guerre entre royaumes, le voyage/la quête, le descendant des anciennes races), Manesh est un formidable roman qui se déroule au rythme du fleuve tout en proposant suffisamment de mystères pour pousser la lecteur à tourner frénétiquement les pages.

Lagoon

Lagoon, le dernier roman en date de Nnedi Okorafor, est une histoire de premier contact entre humains et extraterrestres se déroulant dans la capitale nigérienne de Lagos. Le roman mélange avec bonheur les éléments traditionnels du « premier contact » avec l’imaginaire nigérien et les luttes de pouvoir du pays.
Lagoon suit les pas des trois personnages, un rappeur ghanéen, un militaire et une biologiste marine, qui se retrouvent réunis par le hasard (ou pas) sur une plage de Lagos alors que des extraterrestres amerrissent dans la baie. Contactés par leur émissaire, une jeune femme qui peut changer d’apparence, entre autres choses, ils se lanceront dans une odyssée dans la ville de Lagos afin de permettre à l’émissaire de rencontrer le président nigérien.
Le roman est divisé en plusieurs parties qui correspondent à des changement de ton dans l’histoire. Ainsi si la première partie met surtout en avant les différents groupes nigériens qui sont intéressés par exploiter/approcher l’extraterrestre (l’armée, une église évangélique, des ravisseurs intéressés par l’argent, un groupe trans, etc.) et a un ton plutôt comique, les parties suivantes montre Lagos au proie à des émeutes incontrôlées jusqu’à la rencontre tant attendue et aux changement quis e dessinent pour le Nigéria.
Lagoon utilise le Nigéria réel et fantasmé, les extraterrestres côtoient ainsi les esprits locaux et les sorciers et sorcières sont également une réalité. Dans ce sens le roman est une représentation de la réalité nigérienne perçue et vécue par ses habitants.
Si le roman a une fin un peu abrupte, mais néanmoins bien menée, il constitue une bonne lecture qui reprend et réinterprète dans le contexte africain un trope de la littérature (et des films) de science-fiction.
Lu dans le cadre du challenge SFFF au féminin

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Happy Hour In Hell

Débutant quelques jours après la fin de The Dirty Streets of Heaven, Happy Hour In Hell suit toujours les aventures de Boby Dollar, un ange vivant dans la ville imaginaire de Saint-Judas et travaillant comme avocat pour défendre les âmes des trépassés.
A la fin du premier tome de la série, Boby se trouve dans une position délicate : il est tombé amoureux d’une démone, son meilleur ami, un ange également, a fait défection pour créer, avec l’aide d’un mystérieux archange et d’autres anges, une « troisième voie » entre l’Enfer et le Paradis, il est sous enquête par la hiérarchie angélique, un Grand Duc des Enfers s’intéresse à lui car il a en sa possession la plume d’un archange, mais lequel ?, qui a passé un accord avec le Grand Duc. En plus de tous ses problèmes, un démon qui avait été supposément détruit réapparait et menace Boby afin de savoir où se trouve la plume.
C’est dans ce contexte que Boby décide de se rendre aux enfers afin de délivre sa petite-ami des griffes du Grand Duc. Happy Hour In Hell est donc avant tous le récit des pérégrinations de Boby aux enfers ; pérégrinations qui ne seront pas de tous repos et qui laisseront à Boby un gout amer.
Si cette série m’intéresse toujours et que j’ai pris plaisir à l’écoute de ce second tome, je dois bien avouer que la décente aux enfers occupent beaucoup trop d’espace dans un roman qui est avant tous une grande parenthèse durant laquelle les intrigues concernant la troisième voies et la politique angélique sont relégués au second plan. C’est bien dommage car les questions que ces intrigues soulèvent me semblent le plus intéressant dans la série. J’espère que le troisième tome apportera plus de réponses et de développement de ce côté-là.

Les griffes du Grogneur & Gros-Œuf et Petit-Œuf

Pour ceux qui hésiteraient à se lancer dans le roman policier-pré-historique de Timothée Rey Les Souffles ne laissent pas de traces, les éditions des moutons électriques proposent en téléchargement libre deux nouvelles qui, ensemble, rendent bien l’ambiance des romans.
La première, « Gros-Œuf et Petit-Œuf », est un conte mythologique, du type de ceux du roman, qui narre l’histoire de deux Œufs, au début du monde, qui deviendront la lune et le soleil. Le conte est bien écrit avec une bonne dose d’humour.
Le second, « Les griffes du Grogneur », est une enquête de N’a-Qu’un-Œil se déroulant lors d’un rassemblement entre son clan et un autre pour une cérémonie religieuse. Les deux protagonistes de la cérémonie sont retrouvés mort à l’issue de celle-ci alors qu’ils se trouvaient dans une grotte sacrée. N’a-Qu’un-Œil doit enquêter et décider s’il s’agit d’une intervention des esprits où d’un meurtres.
J’ai bien apprécié ces deux textes, comme j’avais apprécié le roman, je pense qu’ils font une bonne lecture pour qui veut se faire une idée du roman ou pour celui qui veut retourner dans cet univers prés-historico-humoristique.
Les deux nouvelles peuvent être téléchargées sur le site des Moutons électriques.

Claire of the Sea Light

Dernier roman en date d’Edwige Danticat, Claire of the Sea Light est un roman qui se déroule en Haïti et qui suit les destins de plusieurs personnes, liées entre elle, dans la ville haïtienne de Ville Rose.
Le roman débute et se termine avec le destin de Claire Limyè Lanmè, fille d’un pécheur et dont la mère est morte en couche. Son père tente chaque année, le jour de son anniversaire, de la confier au soin de la propriétaire d’un magasin de tissus, veuve, dont la fille est morte le jour de la naissance de Claire et qui l’a nourris durant ses premiers jours.
A partir de cette première trame, le roman suit ensuite de proche en proche le destin de plusieurs personnages de la ville, dans le présent du roman et dans le passé : la propriétaire d’un magasin de tissus, un jeune des quartiers pauvres de la ville, le fils d’un notable de la ville (directeur et propriétaire de l’école que fréquente Claire), l’amante du père et présentatrice radio, la mère de l’enfant du fils du notable,…
Claire of the Sea Light tisse ainsi le portrait de Ville Rose au travers des connections et de liens qui lient plusieurs des ses habitants. Un roman fascinant, même si je l’ai trouvé un cran au dessous des ses autres écrits.

The Tropic of Serpents

The Tropic of Serpents: A Memoir by Lady Trent est le second volume des mémoire de Lady Trent, une biologiste étudiant les dragons dans un monde fantastique qui ressemble fortement au monde du dix-huitième – dix-neuvième siècle.
Ainsi, après avoir narré le début de sa carrière dans le premier tome, Lady Trent (puisque la série est écrite à la première personne, ce qui rend admirablement bien en livre audio) continue la présentation de ses mémoires avec le récit des années qui suivent son retour en « Angleterre » de première expédition et sa seconde expédition qui se déroule dans les marais/jungles « d’Afrique ».
Le lecteur trouvera ainsi le récit de cette seconde expédition organiser afin d’étudier les grands serpents africains. Au menu : politique étrangère, long mois dans des marais hostiles, apprentissage auprès de la population locale, épreuves initiatiques, conflits et découvertes sur la biologie des dragons.
J’aime toujours autant cette série d’aventure fort sympathique.
Lu dans le cadre du challenge SFFF au féminin

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Kalpa Imperial

Kalpa Imperial fait partie de ces rares livres que je relis régulièrement à quelques années d’écart. A chacune de mes relectures je suis toujours surpris de réaliser à quel point j’apprécie ce livre d’une auteure pourtant inconnus dans le monde francophones et dont seulement deux ouvrages ont été traduits en langues anglaise (celui-ci par Ursula K Leguin et Trafalgar) avec plus de 20 ans de délais.
Pour en revenir à Kalpa Imperial, il s’agit de onze récits, fortement inscrit dans un style proche de l’oralité, qui raconte des événements de la longue et vaste histoire de « l’empire le plus vaste qui n’ait jamais existé. »
Je suis toujours un peu emprunté quand il s’agit de parler des nouvelles de ce recueil. En effet, bien que ne formant pas une histoire cohérentes et pouvant se lire de manière individuelle, elles ont néanmoins une unité et font apparaître en les lisant ensemble, une unité dans la manière dont elles sont narrées et des thématiques abordées : oralité, le pouvoir (la manière d’y arriver, de s’y maintenir, de l’exacerber ou de le et de s’y perdre), une réflexion sur l’histoire et l’Histoire, sur l’importance des petits actes.

Si tous les textes du recueil sont de bonnes factures j’ai quand même une inclinaison particulière pour :
« Acerca de ciudades que crecen descontroladamente » qui raconte l’histoire d’une ville de sa fondation à la période durant laquelle son histoire est contée. Avec la prise et la perte (et la re-prise et la de-perte) d’importance de la cité durant le temps de son histoire.

« Y las calles vacías », une autre histoire de ville mais nouvelle cette fois ci, dont la construction fut ordonnée sur un coup de tête par un Empereur et qui resta vide suite aux sanglantes manigances du suivant…

« Así es el sur » un récit sur une des nombreuses révoltes du sud de l’Empire, une région jamais totalement pacifiée et aux mœurs bien différentes du Nord. Une nouvelle sur la différence, la peur de l’autre et une manière de vie différente (celle du Sud 😉 )

« El estanque » une nouvelle sur un médecin observateurs, la fin d »un Empereur et une jeune femme séditieuse. C’est une nouvelle où il ne se passe pas forcément beaucoup à de choses, mais qui dégage une puissance et un calme qui me marque à chaque fois.

J’aurais en fait, je m’en rend compte l’envie de citer chaque nouvelle individuellement, au final je vais me contenter de vous conseiller la lecture de ce recueil. En espagnol, sa langue d’écriture, si vous le pouvez ou en anglais, si vous le pouvez, autrement. Ami éditeur si tu traduit (bien) ce recueil je te promet de l’offrir à plein de monde.

Lu dans le cadre du challenge SFFF au féminin

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L’une rêve et l’autre pas

L’une rêve et l’autre pas est une novella de Nancy Kress se déroulant dans un futur proche où il est possible, moyennement finance, de modifier génétiquement les embryons afin d’obtenir des caractéristiques particulières chez les enfants.
Un riche financier le fait pour sa futur fille et demande une modification génétique encore en phase expérimentale : la suppression du sommeil. La modification est fait de manière satisfaisante mais, la mère de l’enfant se retrouve enceinte de fausse jumelle : une modifié, l’autre pas. Débute alors l’histoire de Leisha (la modifiée sur laquelle se focalise la narration) et Alice (la fille « normal »). Alors que Leisha reçoit toute la tendresse et l’attention de son père, Alice elle est mise un peu de côté.
La novella montre l’enfance de Leisha et son parcours scolaire, puis universitaire, brillant bien sur. Elle met également en évidence la manière dont le monde réagit à l’apparition d’une nouvelle forme d’humains, n’ayant pas besoin de dormir, dont le gêne du non-sommeille est dominant et qui jouit d’une grande réussite scolaires et professionnelles. La montée de la haine et de la méfiance est frappant avec la tentation pour les non-dormeurs de se replier sur eux-même.
L’une rêve et l’autre pas est une novella intelligente et bien construite qui joue à la fois sur les relations familiales (notamment entre deux sœurs) et les modifications de l’humaine pour l’améliorer. La fin est néanmoins un peu abrupte et m’a laissé sur ma faim. En version original, la novella est devenu une série de plusieurs livre, je vais essayer de déterminer quelle version Actu-SF a traduit et me procurer les suites/expansions en anglais afin d’avoir une œuvre plus complète.
Lu dans le cadre du challenge SFFF au féminin

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The Gospel of Loki

The Gospel of Loki est une ré-écriture de l’histoire des dieux norses (Odin, Thor, etc.) du point de vue, et raconter par, le dieu Loki.
Présenté en plusieurs livres, avec avant chaque chapitre une leçon / maxime que Loki a appris durant l’épisode raconté, The Gospel of Loki reprend, de ce que j’en connais en les modifiant très peu voir pas du tous, les différents éléments de l’histoire d’Asgard et des dieux qui y vivent. Loki raconte dont la création du monde, la montée en puissance d’Odin, la manière dont celui-ci l’a fait venir dans le monde, la guerre entre les Ases et les Vanes, l’époque plus calmes des « aventures et voyages » des dieux, puis l’arrivée du Ragnarök et Ragnarök lui même. The Gospel of Loki se veut la présentation de l’histoire du point de vue de Loki qui justifie ses différentes actions, souvent négatives, contre les Dieux.
Le roman est bien écrit et très divertissant à lire. La version audio ajoute sans doute beaucoup à l’expérience de lecture tant le roman, écrit à la première personne, se prête bien à la lecture à haute voix; le narrateur est de plus excellent. Bien que The Gospel of Loki ne ré-écrive pas fondamentalement le mythe, il reste une lecture très agréable qui m’a beaucoup plus.
Lu dans le cadre du challenge SFFF au féminin

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La brûlure de la nuit

La brûlure de la nuit, premier tome de la série Sainte Marie des Ombres, est un roman de Bit-lit francophone de Sophie Dabat.
Il se déroule dans les années 2060 alors que cela fait une vingtaine d’années que sont apparus les Dévorantes, des créatures dont l’humanité ne sait presque rien, qui surgissent, la nuit et en pleine aire, des ombres et dévorent littéralement les êtres qui ont le malheurs d’être à leur portée. Seul la lumière les faits fuir, même une petite quantité. L’humanité s’est adapté à cette menace et la vie continue. La série est centrée sur la tatoueuse Lily. Cette dernière est en fait celle que la presse à surnommée Sainte Marie des Ombres. Marie, son vraie nom, est la première victime connue des ombres et la seule qui ait survécu (la morsure des ombres est empoisonnée et même une petite morsure peut, sur la durée, tué). Après avoir passé une partie de son enfance comme sujet de laboratoire, elle a pu s’enfuir, en perdant ses parents, et vit maintenant sous une autre identité.
Elle a su refaire sa vie avec Anne, sa mentor qui connait son passé, une tatoueuse qui a perdu sa fille, probablement dévorée par les Dévorantes, il y a quelques années en arrière. Toujours accompagnée de son chien, Lily vit une histoire d’amour avec Thomas, un vétérinaire à qui elle n’a pas dit la vérité et avec qui elle garde une certaine distance. Survivante, Marie a également un caractère bien trempé.
Dans La brûlure de la nuit, la vie de Marie/Lily est mis à mal lorsqu’une série de meurtres sanglant, impliquant de laisser aux Dévorantes les victimes, a lieu dans son quartier. Son identité d’emprunt menacée, ses amis en danger, Marie/Lily décide de faire la lumière sur ces crimes.
La brûlure de la nuit est un roman classique de Bit-Lit : une héroïne au passé trouble, à part (ici son immunité aux morsures des Dévorantes), à la vie amoureuse compliquée, un roman qui fait la part belle à l’action avec quelques scènes de sexe (description légère par rapport à d’autres romans du genre et ne prenant pas le pas, trop, le pas sur l’intrigue principale). Le roman se lit vite et plaira sans aucuns doutes aux amateurs/trices du genre. C’est un premier tome donc les mystères entourant l’immunité de Marie ne sont absolument pas éclairés (ce qui est très frustrant). Ceux que la Bit-Lit n’interesse pas ou qui ne l’apprécie pas peuvent passer leur chemin. Une dernière chose, si la couverture est inspirante, elle est trompeuse et, après avoir lu le roman, je ne vois pas son rapport à celui-ci (la voyant je m’attendant à lire un roman qui ferait appel au Vaudou, à la Nouvelle-Orléans ou aux traditions mortuaires mexicaines, ce qui n’est absolument pas le cas).
Lu dans le cadre du challenge SFFF au féminin

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