De Brocéliande en Avalon

De Brocéliande en Avalon est une anthologie proposant des nouvelles réécrivant le mythe arthurien en le plaçant à l’époque contemporaine. La majorité des neuf nouvelles de ce recueil ont été créées spécialement pour l’occasion. Ces nouvelles sont, dans l’ensemble, excellentes et agréables à lire.
« Retour sous le hêtre », de Jean Millemann, voit un écrivain prendre des vacances à Brocéliande et rencontrer une mystérieuse femme qui va peu à peu faire revenir des souvenirs anciens à sa mémoire. Ou quand Merlin et Viviane reviennent au XXIe siècle.
« Lancelot aux enfers », de Adam Roy, est une farce absurde où Lancelot se retrouve propulsé dans notre siècle à la recherche de Guenièvre. Le tout alors que deux agents français, parodies de Mulder et Sculy, mènent l’enquête. Objectivement une bonne nouvelle, personnellement je ne l’ai pas appréciés énormément, la moins bonne du recueil.
« Près du mur », de Deirdre Laurin, propulse l’histoire d’amour de Morgane et d’Arthur dans un futur incertain où deux pays, l’un démocratique, l’autre totalitaire vivent une guerre froide. La situation des deux pays me fait penser aux deux Corées dans laquelle une histoire d’amour improbable, reflet du passé prend place.
« Locataires découpés », de Rachel Tanner, voit une vielle Morgane lutter pour ne pas être expulsé de l’immeuble parisien où elle est locataire. Une nouvelle où apparait Merlin et qui est écrite sur un ton comique.
« Owein », de Nathalie Dau, reprend des personnages moins célèbres de la toile arthurienne et les met face à leur mémoire et leur amour.
« L’île close », de Lionel Davoust, nous mène là où les mythes vivent : sur l’île d’Avalon. Là Arthur et ses chevaliers rejouent sans cesse le mythe. Et pour certains d’entre eux la révolte gronde, ils veulent que cela cessent. Une réflexion sur l’imaginaire humain et sur les variations du mythe arthurien.
« Le quadragénaire et la dame d’argent », de Megan Lindholm, met en contacte un descendant de Merlin et une vendeuse de lingerie travaillant dans un grand magasin. Et soudain la magie opère et le quotidien prend une autre saveur… à moins bien sur que tous cela ne soit que le fruit d’une imagination débordante.
« Fort 53 », de Pierre Bordage, rejoue la rencontre ratée entre Perceval et le Graal, sous fond d’une guerre de tranché entre l’Europe chrétienne et le monde musulman. La fin de la guerre est-elle possible ?
« Désaccordé (Tuned in DAGDAD) », de Léa Silhol, pose une nouvelle pièce dans la toile qui éclaire les actions des cours féériques et des anges déchus sous un autre jour tout en étant totalement compréhensible en soi. Perceval, Galhad et Bohort reviennent aujourd’hui, Galhad souhaite vivre sa vie et est devenu un musicien, alors que ses deux compagnons souhaitent reprendre la quête. Sur le coup je suis partiale, j’adore Silhol, mais c’est selon moi la meilleur nouvelle du recueil.
Une bibliographie commentée du mythe arthurien clôt l’anthologie.

The Tempest

Bon, voila une pièce de Shakespeare en plus à mon tableau de chasse. Lecture pour un séminaire universitaire. La pièce est sympa, mais je dois dire que j’ai été un poil dessus. Je m’attendais à quelque chose de magique et de bien construit. Si pour la magie j’ai été bien servi la construction de la pièce n’est, je trouve, pas super. Certains personnages (Prospero, par exemple) se contredisent plusieurs fois dans la pièce et certaines répliques semblent être en trop.

Pas une mauvaise pièce, mais, à ma grande surprise, j’ai préféré Hamlet.

Dingo

Dingo est le dernier ouvrage de Charles de Lint, auteur canadien et figure incontournable de la Urban Fantasy.

Ce, court (~200 pages), roman nous entraine dans une petite ville proche de la ville imaginaire de Newford. Miguel un jeune-homme de 17 ans y fait la rencontre de Lainey, une australienne de son âge dont il tombe immédiatement amoureux. Mais voilà, Lainey n’est pas une jeune fille ordinaire : elle et sa sœur jumelle sont des esprits animaux, capable d’être humaine et/où dingo. Pourchassée par leur père pour le compte d’un ancien esprit dingo très puissant enfermé dans un arbre. Miguel, Lainey, sa sœur et Jonny, le dur à cuire de l’école, devront déployé des talents d’ingéniosité et de courage afin de protéger les deux sœurs.

Résumé comme cela, Dingo fait penser à un roman pour adolescents/jeunes adultes; et ma fois il l’est. C’est un livre que j’aurais sans aucun doute adoré lire à ce moment là. Il est truffé de références discrètes qui parleront à ce public là (WOW par exemple). Néanmoins il peut également intéresser des adultes tant l’écriture de de Lint est agréable et ses talents de conteur éprouvés. Bien que parfois un peu simpliste (de peur de choquer le public cible ?), Dingo est un livre que j’ai pris plaisir à lire et que je conseil à toute amateur d’Urban Fantasy qu’un tout petit peu de « mièvrerie » adolescente ne fait pas peur.

Fo/Vea

Ceux qui me connaissent savent que je suis un grand fan de Léa Silhol, j’aime beaucoup la grande trame qu’elle tisse dans ses romans et ses nombreuses nouvelles. Fo/Vea ajoute un nombre substantiel de fils à la trame; fils qui sont aux limites des changements de couleurs de la trame.

A titre personnelle j’ai bien aimé les nouvelles de ce recueil. Elles font des liens entre divers pans de la trame silholéenne, et mettent en lumière des liens nouveaux. Je ne peux néanmoins m’empêcher de penser que la plupart des nouvelles (environs la moitié) sont en partie incompréhensible pour ceux qui ne connaisse pas un minimum l’œuvre de Léa Silhol.

La forme du recueil est également intéressante : il est en effet émaillé de nombreuses photos et puzzles divers. D’après l’auteur, il y a la matière à décoder certain pan de son œuvre. Détestant les codes dont je n’ai pas les clefs, j’ai tactiquement sauté cela afin de ne lire que les nouvelles. Une erreur peut-être, mais ma paix de l’esprit passe par cela.

Notre Dame aux Ecailles

Ce second recueil de nouvelles de Mélanie Fazi est à même de ravir tout amateur de fantastique. Avec une plume maniant les mots brillamment, Mélanie Fazi donne, avec Notre Dame aux Écailles, treize nouvelles, dont la plupart sont inédites, aux accents fantastiques plus ou moins marqués.

Elle nous mène pèle mêle de la France aux États-Unis en passant par la Sérénissime. Elle brosse un portrait de personnage plus ou moins torturés qui doivent faire fasse à un élément fantastique toujours amené avec tact.

Il ressort de ce recueil un sentiment de maitrise et un sens de la faille qui, à mon avis, place Mélanie Fazi au niveau de l’autre grand auteur fantastique français : Michel Pagel. Un recueil à lire absolument.

In the country of last things

Premier Paul Auster que je lis, In the coutry of last things est une très bonne surprise. Un roman noir, situé à la limite de l’anticipation, où l’on suit, à travers une lettre à son frère, les péripéties d’Anna Blume. Cette jeune fille est partie à la « City », une ville dont on ne connait pas le nom, afin d’y retrouver son frère journaliste disparu.

Le récit qui suit est surréaliste : dans la « City » la vie des hommes est broyée par le système. Des hordes de sans-abris vivent de la récupération, l’énergie est produite en réutilisant les corps des morts, un gouvernement totalitaire isole la ville de l’étranger par des murs de protection, etc. Tout dans la ville est à la fois absurde et familier ; en effet c’est notre système capitaliste poussé à son maximum, c’est l’effet destructurant de notre mode de vie à son paroxysme. Ce qui donne au final un roman étrange, avec une ambiance noire bien particulière qui me fait penser à celle du film Dark City, sans les éléments fantastiques (quoique…).

Une excellente lecture, bien écrite et vite lue, et qui, en tous ce fut le cas pour moi, ne laisse pas tout à fait indemne.

La fraternité du Panca I : Frère Ewen

Ewen vit une vie heureuse avec sa femme enceinte et sa fille dans les montagnes de la planète où il a décidé de s’installer. Mais voila Ewen est un frère du Panca, une fraternité mythique reparti dans l’univers dont le but est la sauvegarde du genre humain. Un jour, à travers un implant cérébrale, Ewen est appelé, il doit quitter son monde pour en rejoindre un autre, distant de 80 ans de voyage, afin de donner son implant à un autre frère pour constituer le premier maillon de la mythique chaine quinte. Car l’humanité est en danger.

Au même moment, Olem, un jeune garçon quitte avec sa famille son village pour un voyage qui doit le mener dans le même système qu’Ewen. Son chemin semé d’embuches lui fera rencontrer l’amour, la belle Sayi, et frère Ewen.

Ce space-opèra de Bordage qui alterne deux focus de narration (Ewen et Olem) n’est pas en soi original; en effet Bordage ne fait que raconter encore et toujours la même histoire : une menace universelle sur la race humaine, un héro improbable qui doit se mettre en quête pour la contrer, une vision humaniste de l’expansion de la race humaine. Et pourtant, Bordage est un tel conteur, propose une vision si chatoyante de l’univers, que son roman se lit avec délice et plaisir. C’est d’ailleurs le premier d’un cycle qui en contiendra 5.

Faery City

Faery City n’est pas vraiment un roman comme les autres, en effet Mathieu Gaborit, l’auteur, c’est fait accompagné par Amandine Labarre aux illustrations. Au final, cette ouvrage est donc un court roman, presque une nouvelle, illustré.

On y suit les aventures de Brune, une jeune fille de 19 ans qui, suite au décès de sa grand-mère, part à la recherche de ses origines. Elle découvrira un Paris parallèle, refuge des êtres merveilleux depuis la Saint Bartélhémy où ceux-ci ont été sauvagement massacré. Elle devra également découvrir la signification d’un mystérieux tarot afin de prendre la place qui lui est due dans les Arcanes de ce monde féérique.

Cette histoire d’Urban Fantasy vaut surtout pour ses belles illustrations. L’histoire intéressante ressemble plus à un prologue ou une introduction à une histoire plus vaste. Personnellement je en peux qu’espérer qu’elle cette dernière sera racontée.

The Chosen Place, the Timeless People

Lorsque j’ai commencé ma lecture de ce roman de Paule Marshall, je dois bien avoué qu’il m’est tombé des mains et que j’ai du m’y reprendre à trois fois avant de pouvoir dépasser la quatrième page. Ma fois, bien m’en a pris car ce roman est un véritable petit bijou.

Le roman suit la trajectoire de plusieurs personnages : un anthropologue juif américain blanc, sensible et ouvert d’esprit; sa femme une bourgeoise américaine blanche; un jeune anthropologue américain; un jeune noir des Caraïbes et une femme mure, également des Caraïbes, au lourd passé. Ces personnages se retrouve dans la région pauvre de Bourne Islande : Bournhills. Cette région et cette île imaginaire des Caraïbes servent de creuset pour une réflexion très fine et très intelligente sur le colonialisme, le néo-colonialisme, le sous-développement, l’aide au développement, etc.

Il est difficile de retracer l’intrigue de ce roman tant il est riche. L’écriture est riche et complexe et l’auteur alterne avec bonheur les points de vue narratif selon le personnage dont elle parle. Une lecture au final donc peut-être un peu difficile mais qui vaut largement la peine tant ce roman est riche et profond.

Northern Lights

En prévision de l’adaptation cinématographique, prévue en décembre, de Northern Lights (The Golden Compass au ciné), premier volet de la trilogie His Dark Materials, j’ai décidé de le lire avant de voir le film.

L’histoire, tous d’abord, est une quête « classique ». Une jeune fille, aux origines peu claire, élevée à Oxford, part pour un voyage afin de sauver un de ses amis enlevé par une mystérieuse organisation. En chemin, elle rencontre des alliés et des ennemis, et lève peu à peu le voile sur le mystère de sa naissance et les butes de l’organisation. Au final, une histoire connue, permettant l’identification des adolescents à l’héroïne de l’histoire. L’originalité n’est pas là.

L’écriture n’est pas originale non plus, mais est d’excellente qualité, Northern Lights est agréable à lire; rien à redire de ce côté là.

L’originalité se niche dans l’univers : un XIXe siècle parallèle, ou une église fragmentée est toute puissante. Chaque humain est lié à un daemon, un fragment de son âme qui prend une forme animale et accompagne toute sa vie « son humain », lui donnant un compagnon intelligent. Un monde où se trouve également un peuple d’ours blanc intelligent, véritable machine de guerre sur pattes. Un monde surtout où les scientifiques et religieux s’interrogent sur l’origine et les propriétés du « Dust ». Et c’est là toute l’originalité de ce premier livre, les autres se déroulent en partie sur d’autres monde : un Univers original, décalé mais pas trop. C’est également une critique voilée de l’extrémisme religieux et du fanatisme.

Au final, peut-être pas un chef d’œuvre, mais définitivement un livre à part dans l’abondant production actuelle.