L’ambassade des anges

L’ambassade des anges un court roman (un peu moins de 200 pages) à l’ambiance onirique et, relativement, intimiste.
Dans un continent peu défini (l’on sait juste qu’il y a plusieurs pays dont les gouvernements se sont faits la guerre de nombreuses fois), d’un niveau technologique proche du XIXe siècle, Le Sanctuaire et une cité diplomatique, construite de toutes pièces, sur un plan géométrique, au milieux d’une grande forêt et dont la seul route qui y mène est longue de cent kilomètres.
C’est dans cette ville que deux cartographes sont appelés par leur ambassade. Leur fonction n’est pas seulement prestigieuse, elle est aussi indispensable à la diplomatie et au maintient de la paix ; c’est en effet en se basant sur leurs précieux atlas que les disputes frontalières sont réglées.
Les deux cartographes arrivent chacun avec un jour d’écart dans la cité. Le premier est victime d’une surdité soudaine et aire dans la ville dans un état proche du rêve, alors que l’autre, plus joyeux et sociable, se rend directement à son ambassade.
Les deux cartographes partagent un passé commun et se jalouse l’un l’autre. Les deux hommes seront néanmoins confrontés aux même interrogations : pourquoi la cité se vide-t-elle de ses habitants ? D’où vient cette odeurs de poudre et ses bruits de tonner qui envahissent les nuits de la cité ? Quelles sont les vrais raisons de leur convocation par l’ambassade ?
Si le début du roman laisse une saveur étrange où le lecteur a du mal à percevoir les intentions de l’auteur, la fin ne laisse planer aucun doute sur les enjeux du récit. Un excellent roman à la fois pour son atmosphère onirique et pour sa réflexion sur les liens entre la Carte, le territoire, la guerre et la paix.

Or et Nuit

Mathieu Rivero plonge le lecteur, avec Or et Nuit, dans le monde des Milles et une nuit. Shéhérazade a quitté le palais de son mari en y laissant ses deux enfants afin de parcourir le monde et vivre ses propres histoires. Alors qu’elle se dirige vers les terres des Djinns, Shéhérazade est capturée par un brigand et garée prisonnière dans une grotte.
Faisant honore à sa réputation, la reine raconte une histoire au brigand : l’histoire du Sultan-Dragon. Le petit fils d’un Sultan ayant, d’après sa propre légende, bu le sang d’un dragon. Shéhérazade raconte la vie de ce jeune homme vivant caché dans son propre palais, ne connaissant pas l’étendu de ses pouvoirs et formant une alliance avec la cité de Babylone.
Le jeune homme évoluera jusqu’à devenir le Sultan-Dragon des légendes. En chemin il connaitra l’amours, l’amitié et la guerre. Evidement les histoires de Shéhérazade et du Brigand rejoignent au final celle du Sultan pour une fin un peu rapide.
Au final Or et Nuit est une fantasy oriental, peuplé de Sultan, de ghuls et de djinns. Si l’histoire racontée par Rivero est plaisante, j’ai eu le sentiment tous le long de ma lecture qu’il manquait quelque chose à ce roman. Après réflexion, j’ai le sentiment que c’est une qualité d’écriture qu’il manque. Si il est agréable à lire, il manque une vraie pate littéraire au roman à même de sublimer l’histoire ; un jeu sur l’oralité par exemple au travers de la manière dont Shéhérazade narre et tisse son histoire.
En l’état Or et Nuit est un divertissement agréable sans plus.

La Maison des derviches

Après un roman se déroulant au Brésil et traitant d’univers parallèles, un autre en Indes traitant d’IA, Ian McDonald propose, avec La Maison des derviches, un roman sur les nanotechnologies se déroulant à Istanbul.
Gagnant de plusieurs prix (dont celui du Planete-SF), La Maison des derviches est un roman bien écrit et agréable à lire. Il suit plusieurs personnage dans une Istanbul quelques années dans notre futur. Tous les personnages vivent, travaillent ou on un lien avec une ancienne maison de derviches transformées en groupement d’appartements.
Les différents personnages qui sont les points focaux des différents chapitre (un trader, un jeune garçon, un vieil informaticien, une vendeuse d’arts, une jeune diplômée en marketing, un jeune homme fuyant son passé) se croient dans divers intrigues qui, une fois le roman terminée, ont toutes un lien (plus ou moins grands) avec une menace terroriste. Le roman s’ouvre d’ailleurs par l’explosion d’une bombe dans un tramway de la ville.
La Maison des derviches est objectivement un roman bien écrit et agréable à lire ; malheureusement je trouve que les différentes intrigues des personnages principaux ne s’accordent entre elles que de manière très lâche. La menace représentée par les nanotechnologies, bien que présente, n’est elle aussi traitée que de manière très légère. Un roman bien écrit et maitrisé au final, mais qui manque d’une intrigue forte pour le porter.

L’apprenti assassin

Premier tome de la célèbre série l’assassin royal de Robin Hobb, l’apprenti assassin est une fantasy très classique agréable à lire.
Dans un monde de Fantasy peuplé d’humains, Fitz est le bâtard d’un prince de sang royal. Non reconnu par son père, le prince héritier qui s’est retiré depuis l’apparition de son fils, Fitz est élevé à la cours par le palefrenier royal. Secrètement il est aussi préparé à devenir l’assassin du Roi. Maitrisant une magie mal aimée, le Vif, qui lui permet de communiquer/communier avec les animaux, Fitz manifeste aussi des dons pour la magie.
Dans ce premier tome, le lecteur suit son enfance et son apprentissage. Apprentissage ponctué de courtes missions, des « vikings » menacent les côtes du royaume et réserve un sort pire que la mort aux villages qu’ils attaquent, Fitz prend peu à peu la mesure des ses compétences mais également le danger qu’il représente pour certains membres de la cours qui sont près à la faire disparaitre.
Agréable à lire, c’est un ouvrage qui m’aurait probablement fortement marqué si je l’avais lu durant mon adolescence (ma grande période « Fantasy classique »), aujourd’hui j’en garderai le souvenir d’une lecture plaisante. Je lirai peut-être la suite un jour, mais son côté beaucoup trop classique et la perspective d’un cycle composé de beaucoup trop de volumes tempère un peu mon envie d’en savoir plus.

L’instinct du Troll

Derrière une magnifique couverture de Gilles Francescano, L’instinct du Troll de Jean-Claude Dunyach promet quatre histoire humoristique autour d’un troll.
 
Force m’est de constater que même si Jean-Claude Dunyach écrit bien, je ne dois pas être le bon publique pour ce recueil. J’ai trouvé, en effet, les quatre histoires qui le composent navrantes; un humour potache de mauvais goût et de multiples petits éléments qui m’ont fait sortir plus d’une fois de l’histoire.
 
Le lecteur suit les missions d’un troll, contremaître dans une mine naine, qui travaille pour une grosse « firme » où les humains forment le management. Pourvu d’un stagiaire, le neveu de son supérieur, le troll part chercher ses notes de frais, participe à la mise à jour de l’équipement d’une armée, à un mariage, etc.
 
Cela se veut drôle et probablement bourré de références geeks diverses : cela ne l’est pas et c’est un gros pétard mouillé.

Help fund my robot army

Help fund my robot army (& Other Improbable Crowdfunding Projects !) est une anthologie, financée via Kickstarter, qui propose de nombreux projets fictifs de crowfunding.
La maquette de chaque faux projet reprend celle des sites de crowfunding :un intitulé, la somme demandée, le nombre de participants, la somme déjà obtenus, le délais, etc. Il contient également la présentation du projet, avec parfois la retranscription de la « vidéo de présentation », les différente contres-parties, des updates et des commentaires des participants.
L’anthologie propose une trentaine de projets qui vont du bons au très bons : le ton est bon et certains projets sont, de manière très troublante, criant de vérité. De manière générale il y a plusieurs chose dans ce recueil : des projets scientifiques (constructions de robots, transferts de consciences, voyage sur mars), dystopique (un mémorial pour des victimes du terroriste dans une autre Amérique), domination du monde/fin du monde (une armée de robots, une grandeur nature post-apo impliquant l’élimination de la population mondiale, la construction d’une machine à voyager dans le temps pour dominer le monde), de l’amour (aller dans le monde des morts pour ramener une sœur, construire un robot pour y mette la conscience de son mari), sur les crowfunding (un projet pour donner des updates réguliers : le ton est tellement proche de certains projets que j’en ai pleuré, jaune, de rire), etc.
Il faut bien le dire : j’ai été vraiment surpris en bien par cette anthologie. Elle propose un contenu de qualité sous une forme un peu différente de la nouvelle traditionnelle. Je ne peux que la conseiller fortement.

Le Château des millions d’années

Premier tome d’une trilogie, Le Château des millions d’années est une excellente surprise. Récit d’un contact entre des extraterrestres là depuis très longtemps et un homme, Le Château des millions d’années est aussi un récit fascinant d’un officier de renseignement SS qui a été proche d’Hitler depuis le début de sa carrière politique.
 
Le récit se construit par des allers retours dans le temps (une date et un lieux sont donnés à chaque fois) qui font à la fois avancer l’histoire et éclaire celle-ci en révélant le passé du personnage principal : Friedrich Saxhäuser. Officier SS, homme de main de Hitler dès le début, brutal et efficace mais également cultivé, Saxhäuser a voyagé dans le monde entier au service du Reich et a de plus en plus de doutes sur ses missions et son allégeance; mais cynique et/ou professionnel il continu malgré tous. Le roman suit une expédition, peu avant le début de la guerre, en Irak durant laquelle Saxhäuser fera une découverte à même de changer le cours de la guerre, et peut-être l’histoire humaine.
 
Le roman est sacrément bien écrit et donne l’impression d’une très bonne maitrise historique (je n’ai pas les compétences pour tous juger, mais l’ensemble est très convaincant ce qui me suffit amplement). Le choix de construire l’histoire du point de vu allemand est également une bonne idée, l’auteur ayant eu en plus le doigté nécessaire pour ne pas cacher l’horreur de l’idéologie nazi, ni ne faire passer tous les Allemands pour des monstres. La face extraterrestre du récit ne se dévoile que très lentement et m’a un peu laissé sur ma faim quand à leurs motivations. Je suis curieux de lire le second tome.

Quatre Voies de la Main Gauche

Recueil numérique de quatre nouvelles (déjà parues ailleurs) se déroulant dans l’univers de la trilogie Léviathan de Lionel Davoust, Quatre Voies de la Main Gauche est un recueil très agréable à lire qui m’a laissé un goût de « j’en veux plus ». Il est centré sur des individus qui arrivent, grâce à leur volonté, à plier le monde à leur désire, faire de la magie en somme.
 
« Nuit de visitation » conte l’histoire d’un vieil homme mourant qui voit un ami perdu de vu lui rendre visite à l’hôpital pour le libérer d’une vielle culpabilité. L’ami en question est adepte de la main gauche et a été lancé dans sa quête par une dispute lorsque les deux hommes étaient jeune : un texte intimiste.
 
« La Voie du Serpent » est une courte nouvelle décrivant une leçon entre un maitre de la main gauche et son apprenti. En utilisant une parabole indienne, la nouvelle éclaire entre la vision de la main gauche et celle de la main droite.
 
« La Terre comme témoin » suit les pas d’un adolescent mal dans sa peau et souffre douleur de son école qui, en découvrant un journal ayant appartenu à son grand-père, entraine sa volonté afin de modifier le monde autour de lui. Histoire d’un « coming of age », cette nouvelle est subtile car si l’ado développe sa volonté, il n’en reste pas moins le soufre douleur de sa classe. Elle capture la fragilité de l’adolescence et les possibles de l’entrée dans la vie adulte.
 
« Regarde vers l’ouest » est le meilleur texte du recueil, et le plus dérangeant. Un homme passe plusieurs années de sa vie à rechercher son ex qui a disparu avec son fils qu’il a peu connu et qu’il ne voulait pas. Sculpteur il semble vouloir forger une nouvelle relation avec son enfant, mais que n’est-il pas près à faire pour obtenir du pouvoir, du vrai pouvoir… Une exploration de la relation parent-enfant et de ce que l’un peut faire à l’autre, glaçant.

The Three-Body Problem

Il y a en ce moment, aux États-Unis, un mouvement de traductions de textes de science-fiction du mandarin à l’anglais (ce que je trouve super). C’est dans ce contexte que Ken Liu a traduit le premier tome d’une trilogie de science-fiction de Liu Cixin.
 
The Three-Body Problem se déroule dans un futur proche, le roman suit deux scientifiques chinois, un ingénieur en nanotechnologie, dont l’histoire se déroule dans le présent du roman, et une astrophysicienne qui, après avoir subit la révolution culturelle chinoise, travaille dans un projet secret de l’armée; son histoire, en lien avec le présent du roman, est raconté dans le passé.
 
The Three-Body Problem est un roman à mystère : des scientifiques de haut vol se suicident en grand nombre, des militaires semblent penser qu’il y a une guerre en cours, certaines expériences scientifiques donnent des résultats aberrants et certains modèles théoriques semblent ne plus être valides, un mystérieux jeu online proposent de comprendre comment fonctionne un système solaire très différents du notre qui fait alterner des périodes de climats stables et d’autres de climats chaotiques…
 
Ces différents éléments sont évidements liés et le roman dévoile peu à peu les différents éléments de son intrigues. Si vous voulez être surpris je vous conseil donc de sauter le reste de ce paragraphe. Le roman décrit en fait ce qui est le premier stage d’une futur invasion extraterrestre et comment ces derniers ont découvert l’existence de la Terre.
 
Comme roman The Three-Body Problem est un bon roman de science-fiction que j’ai pris plaisir à lire. J’attends avec curiosité la traduction des second et troisième tomes afin de pouvoir les lire.
 
Gromovar en a fait une critique bien plus construite que je n’en suis capable (elle dévoile par contre beaucoup plus d’information sur l’intrigue)

Eyes like Leaves

Eyes like Leaves est un roman de Fantasy écrit par Charles De Lint au début des années 80 alors qu’il était au début de sa carrière. Non publié à l’époque afin de ne pas positionner son auteur comme « écrivain de Fantasy », il a été ressortit des cartons au XXIe siècle. De Lint lui a redonner une coup de « polish » et il a été publié.
 
Il s’agit d’un roman plaisant et bien écrit qui propose une Fantasy en prise avec l’époque à laquelle il a été initialement écrit : à la lecture, on pense à Tolkien, Eddings, Lackey etc. Dans un monde de Fantasy peuplé d’humaine et où les autres races ne sont que d’ancienne légende, comme la magie d’ailleurs, Eyes like Leaves invite à suivre  la quête de Tarn, un dhruide (magicien de la nature). Il se sent appelé, comme son maitre l’avait prédit, et se dirige vers le nord afin d’escorter une jeune femme vers son destin. Parallèlement, le lecteur suit le chemin similaire pris par le maitre de Tarn, un dhruide sans âge qui escorte un jeune homme également vers le nord.
 
Le monde d’Eyes like Leaves subit le règne alterné de l’été et de l’hiver, deux divinités frères qui ne s’apprécient guère. Le focus de pouvoir du dieu de l’été a été détruit et son frère menace le monde. Les différents protagonistes sont lancés dans une quête afin de sauver le monde, même s’ils ne savent pas exactement comment.
 
Eyes like Leaves m’a fait passer un bon moment, il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’un roman de Fantasy très classique, bien écrit, mais à l’intrigue convenue. S’il n’avait été écrit par un écrivain reconnu comme Charles De Lint, sa sortie en 2012 m’aurait paru incongrue; en l’état c’est un roman que je recommanderais plutôt aux fans de l’auteur ou de la Fantasy « année 80 ».