Les Noëls électriques

Un recueil de nouvelles de Noël destiné aux adultes, voila un livre qui m’a intrigué. C’est donc avec impatience que j’ai ouvert ce livre et lue les différentes nouvelles qui ce cachent sous une magnifique jaquette dorée.

Comme tous recueil de nouvelles, Les Noëls électriques cache des perles et des nouvelles que je me serais passé de lire. Mais c’est avec plaisir que je reconnais qu’il y a ici plus de perles que nouvelles à oublier.

« Adaptation » narre l’histoire d’un libraire, ancien comptable, père d’une petite fille, et divorcé qui, la veille de Noëls, fait la connaissance des fantômes de Noël. Ces derniers ne sont plus que l’ombre d’eux même, mais ils seront néanmoins capable de lui apporter un peu de joie.

« Un contrôle de Noël » est un nouvelle jouissive sur une famille contrôlée par la brigade de respect des traditions de Noël. Une nouvelle déjantée mais c’est tellement bon !

« Noir comme neige » est une nouvelle noir sur le remord, le passé et la mort. Le tout dans un hôpital durant la nuit de Noël.

« Un léger moment d’absence » voit un lutin du père Noël consulté un psychiatre pour des problèmes d’identités. Une excellente nouvelle écrite au vitriol.

« L’arbre et les corneilles » nous parle de transmission des valeurs à une nouvelle génération. Une femme enceinte se soumet à une tradition familiale, et les corneilles lui apportent des fragments de son passé.

« Tchingumabob » fait partie des quelques nouvelles que je n’ai absolument pas aimées. Une histoire de voyage virtuel avec des créatures puissantes sur fond d’histoire d’amours. Vraiment mauvais !

« Evasion à Gui 5 » ou lorsque un ancien père Noël ayant péter un plomb s’échappe de l’asile et menace de tuer tous les enfants pas sage du monde. Les elfes auront fort à faire pour sauver Noël !!! Une autre nouvelle écrite au vitriol.

« Du chauffage au sol considéré comme arme d’attaque » est une enquête policière s’inspirant de Sherlock Holmes. Saint Nicolas mène l’enquète sur fond de guerre avec les pères Noël.

« Dans l’antre du docteur Coppelius » ou quand un draguer impénitent doit surveiller un enfant d’un magasin géant de jouets. J’aurais pu dire, ou comment faire une nouvelle d’horreur sur Noël.

« La mort des joujoux » la naissance et la déchéance du père Noël sur un ton humoristique. Pas mal, mais un cran au dessous du reste du recueil.

« Les harpes d’or », la guerre des tranchés de la première guerre mondial durant la nuit de Noël, poignant et dur.

« Noël dans la cathédrale de Reims » est une nouvelle composite formée de témoignage sur la fin de Noël, lâchés par l’ensemble de la communauté internationale et par l’économie.

« Soudain tout à changé » est une sympathique nouvelle sur la mort, les souhaits qu’on a lors de son vivant et le père Noël.

« Bienvenue à C*** Island » une nouvelle étrange, faisant pensé à la série « le prisonnier », se déroulant sur Christmas Island. Pas mal, mais également un cran en dessous.

« Le père Noël à des principes », le père Noël a été assassiné pour une banal histoire d’adultère. Une nouvelle policière fort sympathique.

« Le poney » est une autre nouvelle d’horreur (diffuse) sur Noël. Ou comment réagir quant des cadeaux assouvissant les souhaits profond de ceux qui les reçoivent comment à apparaitre.

« l’étoile du nord » est une nouvelle d’anticipation sur l’état de notre monde d’ici quelques décennies vu par les yeux d’un enfant. Touchant !

« Mystère et boules de Noël » une nouvelle sympathique, mais également un cran au dessous, sur l’amitié entre un chat et un lutin.

« Winter Wonderland Inc. » clôt le recueil sur une nouvelle qui dépeint au vitriol la multinationale tentaculaire de Noël au travers du récit d’un de ses employés (la personne chargée d’analyser les lettres au père Noël). Un récit fort sympathique.

Les Noëls électriques se termine par un texte d’analyse survolant les différentes traditions de Noël dans le monde.

Au final, je ne peux que conseiller ce superbe recueil qui ferrait, je le pense, un très jolie cadeau de Noël.

Comme un roman

Hier, alors que je parlais de ce bouquin, j’ai été pris d’une envie soudaine de le relire. Aussitôt pensé, aussitôt fait ! Et Comme un roman est toujours aussi bon que dans mes souvenirs.

Pennac offre ici à la fois une réflexion sur la lecture et sur ce qu’est « être lecteur », mais également sur la pédagogie et l’école qui, parfois (souvent ?), tue le plaisir de la lecture. Tous cela d’une écriture fluide et agréable. Même si je ne suis pas convaincu à 100% par certaines de ces remarques (notamment sur celle pour redonner le gout à la lecture), ce roman (essaie ?) touche juste. Il n’a, de plus, presque pas vieilli : et si le langage des « jeunes » à changer, il exprime, dans le fond, toujours la même chose : la révolte adolescente et le rejet de ce qui est imposé.

Je ne résiste pas ici de reproduite « Les droits imprescriptibles du lecteur » :

1. Le droit de ne pas lire.
2. Le droit de sauter des pages.
3. Le droit de ne pas finir un livre.
4. Le droit de relire.
5. Le droit de lire n’importe quoi.
6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible).
7. Le droit de lire n’importe où.
8. Le droit de grappiller.
9. Le droit de lire à haute voix.
10. Le droit de nous taire.

Musiques de la Frontière

J’adore les romans de Léa Silhol, et j’aime encore plus ses nouvelles. Son écriture est à la fois gracieuse, complexe, évocatrice et me capture à chaque lecture. La semaine dernière j’ai donc eu envie de relire le recueil Musiques de la Frontière.

Au fils des différentes nouvelles de ce recueil émerge l’histoire du peuple Fay. Ces enfants de l’homme, nés à notre époque, enfermé car trop sublime, trop différent, dévoile ici leur histoire : la conquête de leur ville, Frontière, ville hors du temps et de l’espace, la terre promise des Fay que l’on doit trouver avant de pouvoir y entrer; des histoires tragiques, de fureurs, de glamours et de beautés, des histoires d’apaisement, d’amour et de paix retrouvée enfin. Au final une histoire qui se raconte dans ce superbe recueil, devenus, hélas, difficile à trouver.

L’écriture de Léa Silhol puissante et belle convient parfaitement à ces histoires de Fantasy urbaine. Un must pour tous les fan d’imaginaire et de littérature française.

The Dew Breaker

Après avoir lu Krik? Krak!, je me suis lancé dans la lecture d’un autre recueil de nouvelles d’Edwidge Danticat, nouvelles qui sont égallement liées entre elles (même d’avantage que dans Krik? Krak!). Ce lien est si fort que pour une fois je ne passerais pas chaque nouvelle en revue.

Les histoires qui se croisent dans the dew breaker confronte un Tonton Macoute « rangé » à des victimes de la violence de la dictature des Duvalier. La plupart des nouvelles se déroulent aux USA et posent des questions telles que la vie après la violence, le poids du passé pour la génération suivante et la capacité de l’homme à l’oubli, au pardon et à la vengeance.

Ces nouvelles qui se répondent, et au final forment un cercle ou la fin du recueil croise son début, sont tous simplement superbes. Bien écrites, elles vous prennent à la gorge, aux tripes et au cœur. The dew breaker vous laisse, au final, lessivé et sans voix. Une lecture forte et sublime qui laisse des traces.

Annie John

Ce court roman raconte la sortie de l’enfance et l’entrée dans l’âge adulte de Annie John une adolescente au caractère bien trempé vivant sur l’île d’Antigua. Chaque chapitre conte une anecdote, un bout de vie qui montre la transformation progressive de la petite fille vers la femme. Transformation qui passe par le rejet de valeurs maternelles, la découverte d’un lesbianisme latent (mais toujours en restant dans la subtilité).

Franchement je ne sais pas pourquoi j’aime cette nouvelle, l’histoire n’est pas spécialement trépidante, mais la puissance de l’écriture et l’universalité de son thème mon profondément touché. Une très bonne lecture, courte et rapide qui plus est.

La majesté des mers

Troisième volume du cycle des douze Royaumes (mais situé chronologiquement avant la mer des ombres et Le rivage du labyrinthe), la majesté des mers narre les premières années du règne du roi de En « actuel ». Le royaume de En est resté longtemps sans souverain et a donc sombré dans l’anarchie. C’est donc un royaume affaiblit et hautement corrompu que le nouveau roi a découvert, ce dernier étant, comme son Kirin, originaire du Japon et non des douze Royaumes. Pour compliquer le tout : le nouveau roi semble bien indolent et le Kirin doute des mérites de la royauté.

C’est dans ce contexte que le royaume devra faire face à une rébellion et à l’enlèvement du Kirin. Cette rébellion sera un test pour le nouveau roi qui devra démontrer sa capacité à gouverner.

Le roman est plaisant à lire, même si j’avais trouvé la traduction des deux volumes précédant plus fluide. L’histoire est bien menée et les personnages sont haut en couleur et originaux. Une très bonne lecture pour de la fantasy différente et de saveur asiatique.

Le vendeur de sang

Premier livre d’une série de livres en rapport avec la Chine que je dois lire pour un cours. D’emblée, je dois dire que si le vendeur de sang se lit facilement ce n’est pas un livre qui m’a plut.

Il raconte l’histoire de Xu Sanguang, de sa jeunesse jusqu’à l’âge de ses 60 ans. Ce Chinois de classe modeste, se mariera, aura trois enfants (dont un bâtard qui n’est pas de lui, mais cela il ne le sait pas au départ) et traversera l’histoire chinoise de la seconde moitié du XXe siècle. La grande constance de sa vie, c’est que à chaque problème (disette, maladie, etc.), il ira vendre son sang, le liquide qui le relie à ses ancêtres.

Ce roman est avant tous une chronique de la vie ordinaire d’un Chinois de classe modeste. Elle est ponctuée du petits évènements tragico-comiques. Objectivement le roman est plutôt bon; une fois de plus, il ne m’a pas vraiment plus.

La malédiction d’Old Haven

La malédiction d’Old Haven est un roman étrange. Bien écrit, il est sortit dans une collection pour adolescent mais ceux-ci risquent de ne pas avoir la culture nécessaire afin d’en comprendre toutes les subtilités. Mais en même temps ce n’est pas dramatique car l’histoire n’a pas besoin que ces subtilités soient comprises pour l’être.

Ainsi donc, le lecteur suit les péripéties de Mary, une orpheline de 17 ans qui découvre le monde après être sortie du couvent/orphelinat où elle a été élevée. Le monde parlons en : il s’agit de l’Amérique du Nord des années 1720. Mais une Amérique du Nord bien différente du notre monde. Des dragons y vivent, la sorcellerie existe, un Empereur, aidé par l’Inquisition, règne sur l’Amérique du Nord, des femmes y vénèrent des entités anciennes et aliens, et la technologie y est plus développée que dans la réalité historique (les automates par exemple.)

Mary part donc à la découverte du monde et devra rapidement faire face aux secrets de ses origines. Elle découvrira ainsi peu à peu l’histoire du village d’Old Haven, les secrets de ses origines, la sorcellerie, et sera amener à jouer un rôle majeur dans l’histoire du continent. Tous cela alors que de nombreuses personnes la traquent et la recherchent. Le livre est ainsi écrit comme un journal intime, écrit à postériori, narrant ces évènements.

Si l’histoire est plaisante à lire, elle souffre, à mon avis, d’un manque de fluidité dans les transitions entre les différents évènements qui y sont narrés. Par contre le patchwork improbable d’inspirations utilisé par Fabrice Colin prend très bien. Et ce n’était pas gagné; parmi les inspirations que j’ai pu identifier, et je suis sur d’en avoir manquées plusieurs, il y a l’œuvre de Lovercraft (extrêmement présentant), les mythes américaines (Jack O’Lanterns, par exemple), l’anime Cobra, Batman, les sorcières de Salem, etc.

Au final, donc, un livre, certes parfois un peu décousu et souffrant de certaines faiblesses (notamment dans la première partie), inventif, agréable à lire et plus profond qu’on ne pourrait le croire.

Anansi Boys

Fat Charlie mène une vie médiocre mais tranquille à Londres : un boulot de comptable minable, une fiancée avec une futur-belle mère exécrable, et surtout il vit loin de son père. Mais au final Fat Charlie n’est pas mécomptant de sa vie. Mais voila qu’un beau jour son père décède alors qu’il chantait une chanson dans un karaoké. Ce jour là la vie de Fat Charlie bascule.

Elle bascule, car son père n’est pas n’importe qui : c’est Anansi l’araignée des mythes africains. Et non contant d’avoir un dieu comme père, Fat Charlie a aussi un frère, Spider, qui s’invite dans sa vie et la met sans dessus dessous : plus de travail, plus de fiancée, et la police qui s’intéresse à lui. Fat Charlie doit réagir pour sauver sa vie et, qui sait, découvrir sa propre nature.

Gaiman livre ici un roman dans la droite ligne de American Gods. Seulement il est beaucoup plus léger, on rit beaucoup et on suit avec plaisir une histoire bien ficelée et, malgré la légèreté du propos, joliment documenté. Une lecture très très agréable.

Krik? Krak!

« Krik? » demande le publique, « Krak! » répond le conteur avant de commencer son histoire. C’est par ces deux mots que commence la narration d’une histoire à Haïti, et c’est par ces deux mots que Edwidge Danticat a décidé de nommer son recueil de nouvelles. Des nouvelles qui nous parles de Haïti et des femmes. L’écriture puissante de Danticat et les thèmes qu’elle aborde font que chaque nouvelle est un coup de point que l’on reçoit. Un recueil fort donc, mais d’une beauté sublime et d’un écriture limpide et évocatrice.

« Children of the sea » narre le destin tragique d’un boat people perdu en mer et de sa petite-amie restée à Port-au-Prince, alors qu’une sanglante révolution vient d’avoir lieu.

« Nineteen Thirty-Seven » raconte les derniers jours d’une femme emprisonnée, le destin de sa fille, et le rituel secret qui les lient.

« A wall of fire rising » suit la vie familiale d’une famille pauvre, de l’amour d’une mère pour son fils jusqu’au rêve impossible d’un père sans estime de soi.

« Night Women » : la vie d’une mère et prostituée dans sa « cabane » à la fois lieu de vie avec son fils le jour et lieu de travail la nuit.

« Between the pool and the gardenias » : une femme, employée domestique à Port-au-Prince, trouve un nourrisson abandonné, elle le prend, il meurt, son amour pour lui aura de tragique conséquence pour elle.

« The missing peace » : une femme à la recherche de sa mère, un village et son charnier, une adolescente qui devient femme. Une histoire de maturité et de tragédie.

« Seeing things simply » : une adolescente pose nu pour une peintre française. Une plongée dans les mentalités haïtiennes et dans l’estime de soi d’une femme en devenir.

« New York day women » : une Haïtienne à New York voit sa mère dans la rue, elle la suit et découvrira un pan de la vie de sa mère qu’elle n’aurait jamais soupçonné.

« Caroline’s wedding » : une longue nouvelle qui narre les préparations du mariage d’une américaine d’origine haïtienne, ses relations avec sa mère et sa sœur, née en Haïti. Une nouvelle sur la perte d’une fille, sur la transmission de l’identité et, quelque part, sur l’exil et la nature humaine.

« Epilogue: Women like us » : un épilogue en forme de plaidoyer pour l’écriture et la mémoire ancestrale.