Quatre Voies de la Main Gauche

Recueil numérique de quatre nouvelles (déjà parues ailleurs) se déroulant dans l’univers de la trilogie Léviathan de Lionel Davoust, Quatre Voies de la Main Gauche est un recueil très agréable à lire qui m’a laissé un goût de « j’en veux plus ». Il est centré sur des individus qui arrivent, grâce à leur volonté, à plier le monde à leur désire, faire de la magie en somme.
 
« Nuit de visitation » conte l’histoire d’un vieil homme mourant qui voit un ami perdu de vu lui rendre visite à l’hôpital pour le libérer d’une vielle culpabilité. L’ami en question est adepte de la main gauche et a été lancé dans sa quête par une dispute lorsque les deux hommes étaient jeune : un texte intimiste.
 
« La Voie du Serpent » est une courte nouvelle décrivant une leçon entre un maitre de la main gauche et son apprenti. En utilisant une parabole indienne, la nouvelle éclaire entre la vision de la main gauche et celle de la main droite.
 
« La Terre comme témoin » suit les pas d’un adolescent mal dans sa peau et souffre douleur de son école qui, en découvrant un journal ayant appartenu à son grand-père, entraine sa volonté afin de modifier le monde autour de lui. Histoire d’un « coming of age », cette nouvelle est subtile car si l’ado développe sa volonté, il n’en reste pas moins le soufre douleur de sa classe. Elle capture la fragilité de l’adolescence et les possibles de l’entrée dans la vie adulte.
 
« Regarde vers l’ouest » est le meilleur texte du recueil, et le plus dérangeant. Un homme passe plusieurs années de sa vie à rechercher son ex qui a disparu avec son fils qu’il a peu connu et qu’il ne voulait pas. Sculpteur il semble vouloir forger une nouvelle relation avec son enfant, mais que n’est-il pas près à faire pour obtenir du pouvoir, du vrai pouvoir… Une exploration de la relation parent-enfant et de ce que l’un peut faire à l’autre, glaçant.

The Three-Body Problem

Il y a en ce moment, aux États-Unis, un mouvement de traductions de textes de science-fiction du mandarin à l’anglais (ce que je trouve super). C’est dans ce contexte que Ken Liu a traduit le premier tome d’une trilogie de science-fiction de Liu Cixin.
 
The Three-Body Problem se déroule dans un futur proche, le roman suit deux scientifiques chinois, un ingénieur en nanotechnologie, dont l’histoire se déroule dans le présent du roman, et une astrophysicienne qui, après avoir subit la révolution culturelle chinoise, travaille dans un projet secret de l’armée; son histoire, en lien avec le présent du roman, est raconté dans le passé.
 
The Three-Body Problem est un roman à mystère : des scientifiques de haut vol se suicident en grand nombre, des militaires semblent penser qu’il y a une guerre en cours, certaines expériences scientifiques donnent des résultats aberrants et certains modèles théoriques semblent ne plus être valides, un mystérieux jeu online proposent de comprendre comment fonctionne un système solaire très différents du notre qui fait alterner des périodes de climats stables et d’autres de climats chaotiques…
 
Ces différents éléments sont évidements liés et le roman dévoile peu à peu les différents éléments de son intrigues. Si vous voulez être surpris je vous conseil donc de sauter le reste de ce paragraphe. Le roman décrit en fait ce qui est le premier stage d’une futur invasion extraterrestre et comment ces derniers ont découvert l’existence de la Terre.
 
Comme roman The Three-Body Problem est un bon roman de science-fiction que j’ai pris plaisir à lire. J’attends avec curiosité la traduction des second et troisième tomes afin de pouvoir les lire.
 
Gromovar en a fait une critique bien plus construite que je n’en suis capable (elle dévoile par contre beaucoup plus d’information sur l’intrigue)

Eyes like Leaves

Eyes like Leaves est un roman de Fantasy écrit par Charles De Lint au début des années 80 alors qu’il était au début de sa carrière. Non publié à l’époque afin de ne pas positionner son auteur comme « écrivain de Fantasy », il a été ressortit des cartons au XXIe siècle. De Lint lui a redonner une coup de « polish » et il a été publié.
 
Il s’agit d’un roman plaisant et bien écrit qui propose une Fantasy en prise avec l’époque à laquelle il a été initialement écrit : à la lecture, on pense à Tolkien, Eddings, Lackey etc. Dans un monde de Fantasy peuplé d’humaine et où les autres races ne sont que d’ancienne légende, comme la magie d’ailleurs, Eyes like Leaves invite à suivre  la quête de Tarn, un dhruide (magicien de la nature). Il se sent appelé, comme son maitre l’avait prédit, et se dirige vers le nord afin d’escorter une jeune femme vers son destin. Parallèlement, le lecteur suit le chemin similaire pris par le maitre de Tarn, un dhruide sans âge qui escorte un jeune homme également vers le nord.
 
Le monde d’Eyes like Leaves subit le règne alterné de l’été et de l’hiver, deux divinités frères qui ne s’apprécient guère. Le focus de pouvoir du dieu de l’été a été détruit et son frère menace le monde. Les différents protagonistes sont lancés dans une quête afin de sauver le monde, même s’ils ne savent pas exactement comment.
 
Eyes like Leaves m’a fait passer un bon moment, il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’un roman de Fantasy très classique, bien écrit, mais à l’intrigue convenue. S’il n’avait été écrit par un écrivain reconnu comme Charles De Lint, sa sortie en 2012 m’aurait paru incongrue; en l’état c’est un roman que je recommanderais plutôt aux fans de l’auteur ou de la Fantasy « année 80 ».

Le Maelstrom

J’ai pas mal hésité avant d’écrire une chronique sur le recueil d’articles et d’entretiens (publiés sur le Net, sauf pour un inédit, entre 2006 et 2014) de Romaric Briand. Il s’agit de réflexions et d’analyses sur le jeu de rôle qui sont minutieusement construits. Mes hésitations viennent du fait que je n’ai pas le temps d’argumenter avec la même profondeur que l’auteur et donc que je crains que ma chronique ne soit perçue comme trop superficielle. Ceci étant dit, lecteur, te voila prévenu, je peux maintenant écrire ma chronique l’esprit en paix.
Romaric Briand est philosophe de formation, spécialisé en métaphysique, et roliste. Il propose ses réflexions sur le jeu de rôle qui sont pour lui une manière de philosopher dans le sens où la pratique du jeu de rôle permet d’apprendre des choses sur l’humain et sur notre réalité (il est d’ailleurs créateurs d’une série de jeux, que je n’ai pas lu, qui pousse à cela).
Les réflexions qu’il propose dans ses articles et interviews portent donc sur ces différents éléments. Il réfléchit par exemple à ce que cela signifie de créer un univers fictif de jeu de rôle et un système de résolution des actions (la question est d’ailleurs posée de savoir si ces deux éléments sont vraiment distincts). Il discute également de l’impossibilité de créer/interpréter un personnage différent du joueur, en argumentant, de manière convaincante, que le personnage ne se différencie seulement que dans le sens où il est une réduction du joueur, une stéréotypassions d’un aspect de ce dernier.
L’auteur discute également de sa vision du marché de l’édition du jeux de rôle. Une vision, dont l’évolution est clairement perceptible dans la lecture chronologique du recueil, qui se porte avant tous sur un versant le moins commercial (dans l’acceptation capitaliste du terme) possible de la culture.
Finalement, et principalement dans le dernier article, inédit, du recueil, il développe le concept de Maelstrom pour décrire l’aspect fictionnel de ce qui est créer dans une partie de jeux de rôle. Le Maelstrom étant à la fois la production fictionnelle de la partie, mais également l’ensemble des fictions possibles pour chaque joueur durant le jeu.
Le recueil, pour qui s’intéresse à le « jeuxderologie », est intéressant à lire. Il est cependant souvent agaçant. L’auteur a une manière d’écrire et de présenter ses idées qui semblent pédant et élitiste. En réfléchissant sur ce qui me donnait cette impression, j’en suis arrivé à la conclusion que cette impression nait de l’absence de précaution oratoire de la part de Romaric Briand. Il donne en effet le sentiment de détenir la Vérité et que son analyse est la seule pertinente. Hors il s’agit d’une analyse d’un philosophe, sa validité est donc comprise dans le champ de la philosophie. Sa manière d’ignorer les apports possibles des autres disciplines (sociologie, littérature comparée, etc) est désagréable et, pour moi, nuit à son propos.
Il est possible de se procurer l’ouvrage sur le site de son auteur.

Trigger Warning

Dernier recueil de nouvelles parues de Neil Gaiman, Trigger Warning réunit, avec un inédit, les productions de l’auteur depuis la sortie de l’anthologie précédente. Les vingt-quatre nouvelles sont toutes de bonne facture.
L’introduction, comment souvent chez Gaiman, est très intéressante et éclaire sur les intentions ayant menés à l’écriture de chaque nouvelle. Formant un ensemble assez disparate, si ce n’est la propension de Gaiment à proposer des textes qui ne sont jamais ni tout à faire blanc, ni tout à fait noire, le lecteur trouvera dans ce recueil de la poésie, du fantastique (en quantité), des contes, un peu de Fantasy, de texte très courts, d’autre un poil plus longs.
Je me contenterai de mettre en avant un texte de Fantasy sur une vengeance (« The Turh is a cave in the Black Mountains… », une réécriture troublante de la Belle au bois dormant (« The Sleeper and the Spindle »), une histoire d’horreur courte mais très efficaces (« Click-Clack the Rattlebag »), une aventure de Sherlok Holmes (« The case of death and honey ») et une nouvelle inédit sur Shadow, le héro de American Gods (« Black Dogs »).
Bref au final une très bonne anthologie de la part d’un écrivain qu’on ne présente plus.

Hypérion et La Chute d’Hypérion

 Hypérion et La Chute d’Hypérion (les deux tome se suivent exactement) est une œuvre majeure de la science-fiction qui avaient, jusqu’à maintenant échappé, à ma lecture. Voici la chose réparée et je dois dire que la réputation des romans n’est pas exagérée.

Se déroulant plusieurs siècles dans notre futur, alors que l’humanité, suite à la destruction de la Terre, à coloniser de nombreuses planètes dans d’autres systèmes. En utilisant des technologies, inventées par les hommes, combinant animation suspendue et vitesse supra-luminique l’humanité peut continuer très lentement son expansion. Mais les IA qui forment collectivement le « technocore » ont mis au point une technologie qui permet de créer des portes entre deux points distants dans l’univers. Les différents mondes reliés entre eux par cette méthode forme l’Hégémonie.

La planète Hypérion est une colonie humaine périphérique qui n’est pas membre de l’Hégémonie (c’est-à-dire qu’on ne peut l’attendre que par vaisseau). Ce monde à la particularité d’abrité les « tombes du temps », un ensemble de constructions construites dans le futur et qui voyage « à rebours dans le temps ». Le lieu est considéré comme sacré par une Eglise qui vénère une entité vengeresse qui résiderait dans les tombes : The Shrike. Les tombes sont également un lieu de pèlerinage important.

Quand débute Hypérion, les tombes sont sur le point de s’ouvrir et un dernier pèlerinage est organisé par l’Hégémonie. Il est composé de sept pèlerins qui, en suivant une structure de récit identique aux Contes de Canterbury, vont chacun leur tour raconter leur histoire. Mises bout à bout, elles permettent au lecteur de comprendre les enjeux du pèlerinage. Elles sont également chacune une variation sur les grands thèmes de la Science-Fiction.

Hypérion se termine avec l’arrivée des pèlerins aux tombes, ce qui se passe ensuite est narrée, de manière plus traditionnelle et chronologique, dans La Chute d’Hypérion. Les points de vu oscille entre celle des pèlerins et de ce qui se passe au cœur de l’Hégémonie qui doit faire fasse à une invasion sans précédent de la part de la partie de l’humanité qui a choisi de vivre en nomade de l’Espace.

Hypérion et La Chute d’Hypérion forme une histoire passionnante (bien que le premier tome, de mon point de vu, est sans doute le plus original et mieux maitrisé des deux) qui touchent à de nombreuses thématique de la Science-Fiction : les IA, l’exode de l’humanité dans l’Espace, la religion et le divin, le voyage dans le temps… C’est une lecture qui se range, à mon avis, parmi les classiques du genre.

Trois Oboles pour Charon

Trois Oboles pour Charon est une réécriture du mythe de Sisyphe : pour avoir voulu transcender sa condition d’homme, il est condamné à ne jamais pouvoir payer l’obole demander par Charon pour le conduire dans le monde des morts et à revenir éternellement à la vie, sans souvenirs, et dans des situations où l’humanité est la plus vivante : la guerre.

Le lecteur suit donc des épisodes de la vie de Sisyphe qui revient à la vie, le corps bardé de cicatrices, sur des champs de batailles. Les chapitres oscillent entre une de ces résurrections et son passage par le monde des morts et sa relation complexe à Charon, à la fois geôlier et condamné.
Le roman amène le lecteur de la Rome antique à notre future au travers de batailles violentes et meurtrières. Le roman est agréable à lire et propose une relecture intéressante du mythe. Seul bémol, mais cela est inhérent à l’histoire, c’est le côté parfois un peu répétitif des chapitres.
 
Rentre dans le cadre du challenge Winter Mythic
 
http://rsfblog.fr/2014/12/13/winter-mythic-fiction-saison-2/

Skin Deep

Deuxième novella mettant en scène Stephen Leed, un génie qui peut apprendre n’importe quoi en très peu de temps, sauf qu’il « externalise » se savoir en créant des aspects de lui même qui sont autant d’hallucinations qu’il est le seul à percevoir et qu’il ne contrôle pas vraiment.
Dans Skin Deep, Stephen Leed se lance dans une enquête pour retrouver le corps d’un scientifique, décédé accidentellement dans un accident de ski, qui travaillait sur l’utilisation des cellules humaines comme dispositif de stockage de donnée. C’est d’ailleurs les données qu’il a pu enregistré en lui même qui intéresse le commanditaire de l’enquête.
Novella très agréable à lire, Skin Deep ajoute par petites touches des éléments à la condition de Stephen Leed et me laisse avec une très forte envie d’en lire/apprendre d’avantage.

The Bone Clocks

Conseillé par Gromovar, la lecture de The Bone Clocks m’a laissé un sentiment mitigé.
Côté pile, il y a un roman dense, très bien écrit et qui m’a tenu en haleine de la première à la dernière page. Le lecteur y découvre, en toile de fond, une guerre entre deux sociétés secrètes d’immortels possédant des pouvoirs psychiques qui s’affrontent. Cette guerre n’apparait que de manière détournée dans le roman et il faut atteindre assez longtemps après le début de la lecture pour en avoir les tenants et aboutissant.
Ce que le roman raconte également c’est la vie de Holly Sykes, personnage qui est à un rôle, à son insu, très important dans la guerre, mais qui est également présent durant tous le roman. C’est aussi, à l’image de Cloud Atlas du même auteur, un roman qui présente, au fil de ses six parties, la vie de plusieurs personnages durant la fin du XXe siècle et le début du XXIe : Une jeune Holly Sykes qui fugue en 1984, un mois de vie d’Hugo Lambs riche étudiant britannique et sociopathe en 1992, le récit de d’un journaliste de guerre, maris de Holly, tous juste revenu d’Irak en 2004, plusieurs années de vie du romancier Crispin Hershey entre 2015 et 2020, la lutte entre les deux sociétés secrètes vu par un de ses membres en 2025, puis finalement quelques jours dans la vie d’Holly Sykes dans un monde quasi post-apocalyptique en 2043. Chaque fragment de vie ainsi donné au lecteur est très intéressant à lire et éclaire à la fois le conflit fantastique et la vie de Holly Sykes.
Côté face, The Bone Clocks est un roman, je trouve, qui semble hésiter entre plusieurs intrigues sans jamais vraiment se décider : une intrigue fantastique, la présentation d’instantané de vie de plusieurs personnages, le récit de la vie de Holly Sykes. C’est un choix qui n’est pas dénué d’intérêt, mais je trouve qu’il donne au roman l’impression désagréable d’être « le cul entre deux chaises ».
Finalement, il y a la fin du roman qui présente un monde sur le déclin où les errements de l’humanité ont conduit à l’effondrement de sa Civilisation. Même si cette fin n’est pas dénué d’intérêt, je dois dire que je la trouve inutilement pessimiste.
Au final donc, un roman intéressant qui m’aura marqué mais dont la construction ne m’a pas entièrement convaincue.

Sovok

Second roman de Cédric Ferrand, Sovok est une sorte de cyberpunk soviétique. Le roman se déroule à Moscou dans un futur non identifié et uchronique (entre système libérale, technologie cyberpunk de seconde zone, contestations, nostalgie du système communiste et services et biens qui vieillissent (mal)).
L’histoire est centrée sur trois employés de la compagnie d’ambulances volantes (oui, oui comme dans Le cinquième élément ou l’éclaire noir), modèle Jigouli d’occasion « quasiment » neuf, Blijni : un pilote expérimenté également représentant du personnel, une urgentiste cynique ancienne médecin et un juif, ancien soldat, originaire d’une province lointaine et « exotique » nouvellement employé/stagiaire.
Le roman se déroule sur une période d’une semaine cruciale pour Blijni, la Russie et le destin de ces trois anti-héros, citoyens à la vie compliquée qui naviguent entre boulot, vie privée et petits arrangements pour pouvoir finir le mois. Faisant le tour de nuits, l’équipage de la Jigouli ont fort à faire pour soigner les petits et grands bobos d’une population de la débrouille, alors que les hôpitaux manquent de tous, que les tracasseries administratives sont nombreuses et que la concurrence de la compagnie européenne Last Chance (et ses véhicules flambants neufs et sur-équipés) menace Blijni de faillite.
Ferrand montre visiblement un attachement, comme dans Wastburg, pour l’homme de la rue, pour la vision de la Grande histoire par la petite porte. Il balade ainsi, dans Sovok, ses personnages de galère en galère construisant le portrait d’une Moscou sur le point de sombré sous le poids du libéralisme, de l’administration et des magouilles des politiciens.
Le roman est agréable à lire et le lecteur s’attache aux trois pauvres urgentistes qui dégustent sévèrent. Arrivé à la fin du roman, je n’aurais qu’un souhait : une nouvelle présentant le quotidien des urgentistes européens de Last Chance !

L’avis de Gromovar