Gagner la guerre

Gagner la guerre est le second ouvrage de Jean-Philippe Jaworski, comme son premier, Janua Vera, il se déroule dans l’univers médiéval-renaissance du Vieux Royaume et suive les aventures de Benvenuto Gesufal, assassin dans la bonne ville de Ciudadela (et déjà présent dans le recueil cité ci-dessus) au service de son éminance le Podestat Ducatore.

Difficile de résumer cet épais volume, écrit de la main même de Benvenuto, et qui narre sa vie durant la guerre entre Ciudadela et le royaume de Ressine, mais également son implication dans les plus sordides complots de la ville durant les mois qui suivirent la victoire. L’histoire qui nous aie compté est tortueuse, riche en action et en coup bas et n’épargne pas son héros (enfin si l’on peut qualifier de héros, un assassin à la morale douteuse et qui tente avant tous de sauver sa peau). Si la grande partie de l’histoire se déroule à Ciudadela, elle se déplace également en mer et dans les campagnes environnantes. La magie est même présente, bien qu’en touche relativement subtile, et est amenée avec doigté dans la narration.

Je ne peux ainsi que vous conseillez ce livre qui émane de la plume d’un des deux ou trois meilleurs écrivains francophone du genre merveilleux en activité. Il ne me reste donc au final qu’ à formuler quatre vœux qui resteront, pour certain, sans doute pieux :

  1. De lire rapidement à nouveau la prose du sieur Jaworski.
  2. De lire un jour d’avantage sur Bourg-Preux, cité qui n’a sans doute pas livré ici tous ses secrets.
  3. De voir un jour le Vieux Royaume s’incarner en jeu de rôle (le giron d’où il est né).
  4. D’être accueilli à la table de jeu de l’auteur, qui doit être un sacré bon MJ.

PS : si vous n’êtes toujours pas convaincu vous pouvez toujours aller lire la critique du même ouvrage chez Effele.

Little Brother

Little Brother, sorti en 2008, est un 1984 adapté à l’aire du temps : Marcus est un adolescent de 17 ans qui vit à San-Francisco et qui est un petit génie de l’informatique (du genre à monter lui même son PC portable ou a bidouiller les ordinateurs de l’école afin de pouvoir contourner leurs pare-feux). Il mène une vie normale avec sa bande de pote et s’adonne régulièrement à un jeu en ligne qui implique des enquêtes IRL. Lors d’une de ces enquête, Marcus et ses amis se retrouvent au mauvais moment au mauvais endroit. Alors que San-Francisco subit une attaque terroriste digne du 11 septembre 2001, il se fait arrêter par le département de sécurité d’état et après une courte détention et un interrogatoire musclé il est relâché. Il découvre alors que sa ville est devenu un bastion sécuritaire et qu’un de ses amis n’est pas revenu du centre de détention. Il décide alors de lutter contre la privation des libertés en mettant en place un réseau (internet) clandestin de lutte.

Ce roman est bien écrit et tout à fait dans l’aire du temps. La combinaison attentat/terrorisme, « Big Brother », jeunesse et internet/informatique est très bien rendue et l’histoire s’enchaine de manière logique et agréable. Little Brother est narré à la première personne, par Marcus, qui donne régulièrement des explications sur les technologies qu’il met en œuvre; si cela ralentit par moment la lecture, cela en fait également un roman particulièrement abordable puisque les éléments les plus cryptiques sont décriptés pour le lecteur. De plus deux poste-faces, dont une de l’auteur, reviennent sur la génèse du roman et sur la sécurité informatique de manière fort intéressante.

Je ne sais pas comment Little Brother vieillira, mais aujourd’hui c’est sans conteste un roman passionnant à lire dont les thématiques sont de première importance dans nos sociétés contemporaines.

PS : une autre, bonne, critique du roman peut être trouvé chez Gromovar.
PPS : une autre, bonne, critique peut également être lue chez Efelle.
PPPS : et si vous n’êtes toujours pas convaincu : Cory Doctorow, l’auteur, est un fervent défenseur de la liberté de diffusion des œuvres culturelles sur le net. On peut donc télécharge ce roman, et ses autres écrits, gratuitement et en toute légalité depuis son site.

Ojos azules

Ojos azules est une nouvelle de Pérez-Reverte qui vient de faire l’objet d’une publication sous la forme d’un petit livre illustré (fort joliment d’ailleurs). La nouvelle narre la « noche triste » du 30 juin 1520 lorsque Cortés et ses hommes doivent fuir, de nuit, sous la pluie et poursuivi, la ville de Tenochtitlán. Prenant comme focale un conquistador aux yeux bleus, Pérez-Reverte livre une nouvelle admirablement maitrisée qui, en grand aficionado de l’auteur et des Amériques, m’a conquis.

Le seul bémol que je puisse faire à ma critique est de nature pratique. Le prix de l’ouvrage est bien élevé pour une seule nouvelle. Sa qualité, de mon point de vue, vaut la dépense mais certain trouveront sans doute le rapport qualité/prix comme n’en valant pas la chandelle. Tant pis pour eux !

Le royaume blessé

Le royaume blessé est un gros roman (près de 800 pages) de low-fantasy. Il se déroule dans le même univers que les deux autres romans de fantasy de Kloetzer, mais là où ces dernier étaient centrés sur la ville de Dvern, le royaume blessé ambrase presque l’intégralité du monde.

On y suit deux histoires en parallèle qui finiront par se rencontrer. L’histoire d’un petit secrétaire impériale qui, par intérêt propre et pour sa maitresse, nonne impériale, va mener des recherches sur Eylir Ap’Callaghan le jeune frère de la version locale, et celte, d’Alexandre le Grand (Allander Ap’Callaghan). Ses recherches produisent la seconde histoire, celle d’Eylir tour à tour fils de noble, chef de guerre, mendiant, mercenaire, bandit et grand roi. le tout dans un univers où le fantastique se fait discret mais est bien là.

Difficile de résumer ce roman tant il est riche et varié. Si le début est un roman de guerre et de conquête, le second tiers est plus intimiste et la fin du roman très fantastique. J’ai beaucoup aimé, même si à certains, rares, moments l’histoire devient un peu confuse et que la richesse du récit donne parfois un peu le tournis. Si vous aimez la fantasy par petite touche, les destins épiques et les histoires envoutantes, bien écrites et construites : ce roman est pour vous.

Géopolitique de l’alimentation

Ce petit essai (une centaine de page) fait le tours des différents enjeux liés à la géopolitique de l’alimentation. L’auteur, au nom semble-t-il prédestiné (G. Fumey), débute ainsi son ouvrage en abordant l’exemple de la pomme de terre qui en quelques siècle c’est imposée comme un des aliments de base d’une grande partie de la population mondiale. Il poursuit son ouvrage par une discussion sur l’industrialisation de l’alimentation et le formatage des gouts qui en découle. Il conclut par des chapitres sur les politiques agricoles et les marchés de l’alimentation. S’attardant passablement sur les relations dissymétriques Nord/Sud et sur les risques de la monoculture et de la destruction de tissu agricole.

Au final, cet ouvrage me laisse sur un avis très mittigé : le sujet est intéressant et et l’auteur laisse entrevoir des pistes de réflexions passionnantes, mais dans le même temps le format court du livre l’oblige à faire des choix dans les exemples qu’il traite. Et là je ne suis pas sur qu’il aie choisit les exemples les plus à même de me marquer. Finalement, j’ai trouvé le ton de l’ouvrage agaçant, l’auteur oscille sans cesse entre la volonté scientifique d’un chercheur en sciences humaines et le ton pamphlétaire d’un militant engagé qui lutte contre l’industrialisation de l’alimentation et les politiques agricoles des pays du Nord. J’ai donc plus l’impression d’avoir lu un pamphlet éclairé que l’ouvrage scientifique que je recherchais.

Divergences 001

Divergence 001 est une anthologie de nouvelle appartenant au genre de l’uchronie parue dans une collection pour adolescent. Néanmoins, les nouvelles pourraient plaire à un public plus adulte.

C’est avec une grande curiosité que j’ai entamé la lecture de cette anthologie (des noms tels que Fabrice Colin ou Michel Pagel apparaissant au sommaire) et c’est avec un avis mitigés que je l’ai refermé.

Passons rapidement sur l’introduction de bonne facture et la postface plus préoccupée de voyages temporels que d’uchronies, pour nous attardé sur les nouvelles. Dans l’ensemble elles sont plutôt moyennes, bien écrites mais pas toujours intéressantes et fleuretant parfois avec le fantastique.

Mes préférées sont « le serpent qui changea le monde » de Fabrice Colin, une uchronie médiévale ou l’Afrique est le continent dominant suite à la mort d’Auguste et la survie de Cléopatre; « Le petit coup d’épée de Maurevert » de Michel Pagel (la meilleure nouvelle de l’anthologie selon moi) ou suite à la mort d’Henri de Bourbon la France est divisée entre catholiques au sud et protestants au nord; « De la part de Staline » de Roland C. Wagner qui suit trois adolescents dans un monde ou le rideau de fer coupe la France en deux, et « Une histoire très britannique » de Paul J. McAuley qui réécrit l’histoire de la conquête spatiale en mettant les Britanniques au centre de celle-ci, on obtient une nouvelle déjantée qui convoque de grands noms de la science-fiction pour leur donner des rôles bien différents que celui d’écrivains.

Les autres nouvelles sont de facture moyenne, à noter que les deux plus mauvaises du recueil sont les deux premières, le lecteur avisé passera outre ou se fera violence pour continuer sa lecture.

De l’inégalité parmi les sociétés

De l’inégalité parmi les sociétés est un volumineux essai du géographe/biologiste américain Jared Diamond tentant de répondre à une question simple (mais dont la réponse est d’une complexité infinie) : pourquoi est-ce les Européens qui ont conquit le monde ? ou, formulé autrement, est-ce que la prédominance occidentale au niveau historique est un hasard de l’histoire ou a-t-elle une origine plus précise ?

Pour répondre à cette question Jared Diamond fait appelle à des éléments que l’on peut qualifier sans peine de déterministes. Il retrace ainsi la prédominance occidentale (càd européenne) à la bio-géographie de l’Eurasie. Il constate en effet que ce gigantesque continent était le mieux à même de permettre l’émergence de sociétés complexes ayant pu se doter, grâce aux surplus alimentaires de l’agriculture et de l’élevage, d’une technologie avancée (écriture, armes, mode de transport, etc.), d’une organisation politique efficace et de germes puissants (et des résistances immunitaires qui vont avec) capables d’exterminer des populations entières.

L’argumentaire de Diamond, grossièrement résumé ci-dessous, est exposé en détail et en prenant soins de justifier ses arguments. Il discute, par exemple, la naissance de l’écriture, la domestication des grands mammifères, les débuts de l’agriculture, la diffusion des idées et inventions etc. et convoque de nombreuses sciences, telles que la géographie, l’anthropologie et la biologie, dans son argumentaire. Il conclut son ouvrage par une réponse nuancée qui est également un plaidoyer pour l’histoire et qui ne fait pas l’impasse sur les problèmes méthodologique soulevé par son approche.

Au final, De l’inégalité parmi les sociétés est un ouvrage exigeant et complet qui propose une réflexion profonde et argumentée sur les déterminants et les tendances lourdes de l’histoire humaine. Un ouvrage donc passionnant mais réservé à un public qui n’est pas rebuté par les longues et minutieuses démonstrations.

La saveur des savoirs

Jean-Pierre Astolfi, avec son livre La saveur des savoirs, propose une réflexion de fond sur les pratiques enseignantes afin de « professionnaliser » d’avantage la profession et redonner la véritable « saveur » des savoirs à la fois aux enseignants mais également aux élèves.

Pour ce faire, il préconise l’utilisation des réflexions les plus récentes en pédagogique et sciences de l’éducation afin afin de redonner sens à l’enseignement, le constructivisme fait partie de ce qu’il faudrait faire. Mais au delà de ce constat, Astolfi construit sa réflexion autours du vocabulaire et des pratiques courantes dans l’enseignement (français). Chaque chapitre de La saveur des savoirs est ainsi consacrée à un aspect de sa réflexion.

Le premier chapitre est ainsi consacré à rappeler l’importance des constructions conceptuelles de chaque discipline dans la formation d’une vision du réel particulière. Astolfi rappelle que la nuance entre un mot du langage courant et son utilisation en tant que concept est fondamentale dans la compréhension d’une discipline. Il milite donc pour l’enseignement des particularité disciplinaire afin de proposer un large éventail de vision du réel aux élèves. Le second chapitre est une déconstruction/reconstruction des principaux concepts de l’enseignement souvent utilisé à tord et à travers. Le but est de doter les enseignant de concepts forts et partagés qui permettent une meilleurs professionnalisation de l’enseignement.

Les deux chapitres suivant sont une discussion du constructivisme dans l’enseignement aujourd’hui et de la manière dont ce dernier permet de redonner de « la saveur aux savoirs » et de replacer le processus d’enseignement dans le temps long. Les trois concepts de « champ-conceptuels », « d’objectifs-obstacles » et de « problèmes et problématisation » sont centraux pour réaliser cet objectifs.

L’ouvrage se conclut par plusieurs chapitres traitant de divers autres aspects de l’enseignement et qui sont des reprises de textes de conférences. Astolfi aborde ainsi l’apprentissage comme spécificité de l’espèce humaine, les liens entre oral et écrit, le savoir de l’information comme discipline, les contrats pédagogiques, sociaux et didactiques, et l’enseignement aux adultes illettrés.

La lecture de La saveur des savoirs me laisse une impression mitigée. D’un côté j’ai trouvé la réflexion brillante et enrichissante, particulièrement celle sur les spécificités disciplinaires et sur la déconstruction/reconstruction des concepts de l’enseignement. A ce titre j’ai l’impression d’être maintenant mieux outillés pour penser ma pratique de l’enseignement. Mais d’un autre côté, cet ouvrage souffre de deux défauts. Le premier, plus marginale, et la faiblesse de ses derniers chapitres , repris de divers conférences, qui me semble un peu parachuté et sans grandes unités de réflexion avec le début de l’ouvrage. Le deuxième, plus important, et qui, j’ai l’impression, est souvent présent dans les réflexions sur le (socio-)constructivisme que j’ai pu côtoyer, est l’absence de propositions pratiques et concrètes pour réaliser les objectifs ambitieux proposés. En effet, il est demandé aux enseignants de redonner la véritable « saveur » de ce qu’ils enseignent, de favoriser l’apprentissage et l’intériorisation des contenus disciplinaires par les élèves, le tout en stimulant leur intérêt (indispensable au point précédant) et en évitant les leçons dites frontales car ces dernières favorisent la passivité des élèves; mais nulles conseils ne sont donnés aux enseignants sur la manière concrète d’atteindre ses objectifs.

Un réflexion enrichissante donc qui me laisse somme tout bien seul au moment de concevoir et exécuter des séquences d’enseignement en classe qui devraient sortir des anciens schémas d’enseignement par trop scolaire.

Storytelling

Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits est un essai brillant sur la manière dont la fabrication d’histoire et les techniques de narration ont envahi le champ de la communication.

Salmon montre et démonte les mécanismes qui font qu’aujourd’hui, et ce depuis les années 90, l’important est de fabriquer des histoires auxquelles le public (l’électeur, le consommateur, etc.) puissent s’identifier et croire. Les conteurs ont ainsi envahi le monde de la communication et ce qui importe ce n’est pas la vérité ou les faits mais la force de l’histoire (re)créée pour l’occasion.

L’essai s’intéresse ainsi aussi bien à l’évolution des marques commerciales, à la communication d’entreprise (le management), à la politique (surtout américaine et un peu française), au journalisme (Fox News), à la propagande politique, et à l’armée. Au travers d’analyses de cas concrets (Enron, Nike, l’élection de Bush fils, les deux guerres en Irak, etc.), Salmon illustre son analyse théorique de façon passionnante.

Un essai en fin de compte qui changera radicalement ma manière de percevoir le monde de la communication contemporain. Mon seul regret au final est que, sortit en 2007, il n’y aie d’analyse de l’élection d’Obama.

Psychologie de l’éducation

Lecture quasi obligatoire de mes études actuels, Psychologie de l’éducation est synthèse présentant les différents courants psychologiques ayant abordé les problèmes de l’éducation (dans le sens d’éducation scolaire).

L’ouvrage aborde ainsi à la fois les courants les plus anciens, tel que l’empirisme et la rationalisme, en passant par les courants humanistes, le behaviorisme, le constructivisme et le cognitivisme. Chaque courant est longuement abordé et discuté.

De manière général, cet ouvrage est complet et bien fait. Au niveau de son contenu j’ai trouvé le dernier tier du livre, celui traitant du constructivisme et du cognitivsme, beaucoup plus intéressant et stimulant que le reste. Il ne n’en reste pas moins qu’il s’agit d’un ouvrage spécialisé qui n’intéressera de loins pas tous le monde.